Dimanche, 19 avril 2026
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    Fille de trans, l’autobio théâtrale de Marie-Claude D’Aoust

    Comment réagit-on à l’intolérance de la population face à un humain qu’on aime profondément? Les réponses à ces questions se trouvent dans Fille de trans, la pièce de Marie-Claude D’Aoust qui fait présentement le tour du Québec et qui s’arrête à la Cinquième Salle de la Place des Arts le 14 mars prochain.

    Pourquoi avais-tu eu envie de partager ton vécu de fille de personne trans?
    Marie-Claude D’Aoust : Durant la pandémie, je jasais avec une de mes amies qui me posait plein de questions sans filtre sur ma papa Sophia. À un moment donné, elle m’a dit : « T’es comme une encyclopédie de la transidentité. » Pourtant, je connais seulement la pointe de l’iceberg. À ses yeux, ma position de proche d’une personne trans me donnait accès à des informations et à des expériences que le commun des mortels n’a pas. Elle était d’avis que je devais trouver une façon de partager ça avec le monde. Une conférence? Un blog? Un podcast?

    Comment as-tu fait ton choix?
    Marie-Claude D’Aoust : Un jour, je me suis mis à écrire le premier jet de ce qui est devenu « Fille de trans » en quelques heures. Je racontais plein de choses que j’avais le goût de dire et que j’avais gardées pour moi à travers les années. Ensuite, j’ai organisé une lecture publique devant quelques centaines de personnes à Saint-Jérôme. Dans la salle, il y avait autant des inconnus que des proches. Les gens ont été secoués. On me disait que tout le monde devait entendre ça.

    De quelle façon ton parent trans (Sophie, ta papa) a réagi quand tu lui en as parlé?
    Marie-Claude D’Aoust : Sophia et moi, on travaille dans le milieu du spectacle depuis
    toujours. À l’époque où Sophia était Normand, elle était agent du spectacle, gérant d’artistes et producteur. J’ai baigné dans le milieu du showbiz. Donc, pour nous, utiliser les arts pour s’exprimer, c’est une convention qui n’est pas compliquée à comprendre. Quand je lui ai partagé mon idée et que je lui ai demandé si elle était game, elle a répondu : « Mets-en! Fonce! Si je peux faire quelque chose, dis-le moi. » Elle a été la première lectrice de mon texte.

    Quels éléments mets-tu en lumière dans la pièce?
    Marie-Claude D’Aoust : Notre évolution. Sophia nous a annoncé sa transition au début des années 2000, une époque où on ne parlait pas de transidentité. Un jour, ma sœur m’a dit : « Papa s’habille en madame, mais je ne veux pas qu’il sache qu’on sait, parce que je ne veux pas qu’il m’en parle. » Je ne m’y attendais pas du tout! Mon père était un homme à femmes assez viril. À l’époque, je pensais qu’il avait une déviance sexuelle et que ça ne me regardait pas. J’étais dans le déni. Ça a pris plusieurs années avant d’accepter de rencontrer Sophia.

    Donc, tu racontes aux gens d’où tu es partie et où tu es rendue aujourd’hui.
    Marie-Claude D’Aoust : Exact! Quand quelqu’un qu’on aime vit ce type de grands
    changements, comment on survit à ça? Je veux faire vivre mon histoire aux spectateurs et qu’ils réfléchissent au fait que leurs proches pourraient vivre la même chose que moi avec ma papa.

    Quel est le ton du show?
    Marie-Claude D’Aoust : C’est un témoignage avec beaucoup d’humour, de légèreté et de moments touchants. Mon but était que ce soit vrai et complètement dénué de filtre. C’est très cash. On vit mes colères, mes incompréhensions et mes peines aussi. Je ne connais personne qui est sorti de la salle avec les yeux secs à date, mais les gens ne m’en veulent pas. Ils me disent que c’est remuant, mais de la bonne façon.

    Tu tournes depuis déjà un an, de Sherbrooke à Montréal, en passant par Toronto et La Pocatière. Appréhendes-tu des réactions différentes à cette réalité qui fait tant réagir?
    Marie-Claude D’Aoust : Les gens qui viennent me voir ont déjà une certaine ouverture, alors ça facilite les choses. Au fond, c’est un récit profondément humain, peu importe si on a un lien avec la communauté trans. L’histoire parle vraiment à tout le monde. Quand les gens sortent de la salle, plusieurs me disent : « Wow, merci, je viens d’apprendre un paquet d’affaires et je me suis reconnue dans ton récit, même si je ne connais personne de trans. » C’est aussi l’histoire d’une fille qui travaille avec son père. On est tout l’enfant de quelqu’un. On a tous des relations avec nos parents.

    Comment vis-tu la récupération politique et la démonisation des personnes trans par les politiciens et commentateurs?
    Marie-Claude D’Aoust : Ça me fait capoter! Les personnes trans représentent moins d’un pourcent de la population et plusieurs discours politiques les ciblent en disant qu’elles sont des problèmes dans notre société. Voyons! C’est une grenaille dans l’engrenage de la vie. Ça me fait beaucoup de peine de voir ce qui leur arrive. Ça me pousse à vouloir continuer la tournée et à sortir le livre (en librairies depuis le 4 février) pour qu’il se retrouve dans plus de mains. On ne peut pas laisser parler si fort ces gens qui ont des discours haineux. Il faut qu’on parle plus fort. Ça me motive à continuer de porter mon message.

    Peux-tu me parler du projet d’adaptation au cinéma?
    Marie-Claude D’Aoust : C’est une fiction inspirée de Filles de trans co-scénarisée avec
    Judith Brès, une scénariste qui est maman d’un garçon trans. On vit toutes les deux cette réalité-là. C’est super intéressant de coécrire ensemble parce qu’il y a plein de choses qu’on vit exactement pareil. On se dit qu’on ne peut pas être les deux seules à vivre ça. On vient de finir la première version du scénario, donc on rentre dans le processus de recherche de réalisateur. Ensuite, on va commencer la quête de financement dans les prochains mois. On se croise les doigts pour que ça se passe rapidement, parce qu’on a l’impression que c’est important qu’on en parle maintenant.

    INFOS | Filles de trans – la pièce, le 14 mars à 19 h à la
    Cinquième salle de la Place des Arts, et en tournée au Québec :
    www.filledetrans.com

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