Arto mène une vie paisible comme serveur à l’Auberge de la Colline, un établissement fréquenté par toutes les créatures fantastiques du tranquille royaume de Dreodonora. Du moins, jusqu’au jour où un gigantesque dragon l’emporte dans ses griffes et l’entraîne jusque dans son antre.
D’entrée de jeu, il faut remettre les choses en perspective : dans ce royaume peuplé de créatures fantastiques, c’est Arto, en tant qu’humain, qui sort véritablement de l’ordinaire. Son père
adoptif est un orc ; Aurora, l’autre serveuse du café, est un elfe en couple avec une louve-garou et la clientèle se compose de trolls, de griffons, de gargouilles, de sorcières, de vampires et d’autres habitants considérés comme parfaitement ordinaires. Autrement dit, Arto fait figure d’intrus. C’est d’ailleurs son odeur inhabituelle qui attire l’attention du dragon, lequel n’a pas croisé d’humain depuis des lustres.Plus étrange encore, son ravisseur ailé se transforme en un homme sculptural de deux mètres, nu, bien bâti, doté de larges mains et — même si Arto tente désespérément de ne pas y poser le regard — d’un braquemart aux proportions impressionnantes.
Erris, puisque c’est son nom, souffre toutefois d’amnésie et demeure incapable d’expliquer d’où il vient ni ce qui lui est arrivé. Est-ce parce qu’il n’a pas repris forme humaine depuis près de 20 ans ou a-t-il été victime d’un sortilège ? Et, dans ce dernier cas, pour quelle raison ? Plus mystérieux encore : comment expliquer la disparition des humains du royaume ? Le phénomène paraît d’autant plus étrange lorsqu’Erris révèle que les dragons ont pour mission de les protéger : une association pour le moins absurde si Arto en est le seul représentant. Cette disparition aurait-elle un lien avec les ruines du château qui surplombe la ville ? Déterminés à raviver les souvenirs d’Erris, Arto et Aurora partent en quête d’un remède, alors même que les liens entre Arto et le dragon se resserrent peu à peu.
Malgré sa prémisse fantastique, le récit ne s’inscrit pas dans l’heroic fantasy, mais plutôt dans le cosy fantasy, un sous-genre qui privilégie les relations entre les personnages, les petits plaisirs du quotidien et des enjeux plus modestes. Comme le souligne l’autrice québécoise Dana Blue, dans le cosy fantasy, la menace centrale n’est pas un démon cherchant à réduire un royaume en cendres, mais bien plutôt le fait que, ciel, qu’allons-nous faire, il ne reste plus de marmelade ! Pas de combats sanglants, donc — et ce n’est pas plus mal, puisque le roman nous entraîne plutôt dans la quotidienneté de ce petit village, où les menus événements prennent des allures de microdrames. Au premier plan, on retrouve notamment Arto, qui tente de composer avec les sentiments qu’il développe pour son nouveau compagnon.
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, le roman s’éloigne des codes romantiques traditionnels du genre et n’hésite pas à proposer des scènes plus explicites. On a ainsi droit à une scène où Arto consacre une partie de la nuit à s’assouplir physiquement pour « accueillir » son impressionnant compagnon : après tout, mieux vaut prévenir que guérir. Un contraste de ton à la fois amusant et tout à fait rafraîchissant. Le roman aborde également les thèmes de la famille choisie et de l’acceptation de soi, que l’on soit humain, dragon, orc, elfe ou même un vampire souhaitant organiser une fête pour sa nièce. MXM Bookmark publie le roman dans une magnifique édition à couverture rigide, agrémentée de plusieurs illustrations. Le roman présente un heureux mélange de fantaisie, d’humour, de romance et d’aventure tranquille, sans qu’aucune goutte de sang, à une exception près, ne soit versée.
INFOS | Café & dragon / Dana Blue. Saint-Gein. France : Bookmark, 2026, 471 p. (Lost Kingdom).

