Les retraits de livres dans les écoles publiques américaines atteignent un nouveau sommet, selon PEN America. Les ouvrages abordant la diversité sexuelle et de genre, le racisme ou les inégalités sociales figurent parmi les principales cibles des campagnes de contestation, particulièrement en Floride et au Texas.
La vague de censure qui touche les bibliothèques scolaires américaines continue de prendre de l’ampleur. Selon le plus récent rapport de PEN America, organisme de défense de la liberté d’expression, 11 982 cas d’interdiction ou de retrait de livres ont été recensés dans les écoles publiques des États-Unis au cours de la dernière année scolaire.
Ces mesures ont touché 7 370 œuvres distinctes, un sommet depuis que l’organisme a commencé à documenter systématiquement le phénomène, il y a cinq ans.
Publié à l’occasion de la Semaine des livres interdits (Banned Books Week), le rapport annuel Banned in the USA montre que les ouvrages traitant de sexualité, d’identité de genre, de racisme et de discrimination demeurent particulièrement exposés aux contestations.
Les livres mettant en scène des personnages LGBTQ+ ou abordant leurs expériences font notamment partie des œuvres régulièrement ciblées par les groupes conservateurs qui réclament leur retrait des écoles.
La Floride et le Texas au cœur des restrictions
Une part importante des interdictions recensées par PEN America se concentre en Floride et au Texas, deux États où les autorités ont adopté des lois encadrant plus strictement les contenus accessibles aux élèves.
Dans ces États, les pressions exercées par des responsables politiques et des groupes militants conservateurs ont conduit plusieurs établissements scolaires à retirer des ouvrages de leurs bibliothèques ou à en restreindre l’accès.
Les contestations portent fréquemment sur des livres abordant l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou les questions raciales. Certains opposants invoquent la nécessité de protéger les enfants contre des contenus qu’ils jugent inappropriés pour leur âge, notamment en matière de sexualité.
PEN America considère pour sa part que ces restrictions privent les élèves d’un accès à des perspectives et à des expériences différentes des leurs.
Dans son rapport, l’organisme rappelle que les bibliothèques scolaires jouent un rôle essentiel dans la découverte de la littérature et dans la compréhension de réalités sociales diverses.
Pour les jeunes LGBTQ+, cet accès peut être particulièrement important, notamment lorsqu’ils disposent de peu de ressources ou de modèles auxquels s’identifier dans leur environnement immédiat.
De Jane Eyre aux mangas japonais
L’ampleur des retraits dépasse toutefois largement les seuls ouvrages traitant de diversité sexuelle et de genre.
Plus de 4 500 titres apparaissent pour la première fois dans le relevé de PEN America. Parmi eux figurent aussi bien Jane Eyre, le classique de Charlotte Brontë publié en 1847, que Tokyo Ghoul, la populaire série de mangas de Sui Ishida.
Cette diversité illustre l’étendue des œuvres désormais concernées par les contestations, qui touchent autant la littérature classique que les romans contemporains, les bandes dessinées et les livres destinés aux adolescents.
Pour une deuxième année consécutive, Stephen King arrive en tête des auteurs dont les œuvres ont été le plus souvent retirées, avec 312 cas recensés.
Le roman Sold, de Patricia McCormick, qui raconte l’histoire d’une adolescente victime de traite sexuelle, constitue pour sa part le titre individuel le plus fréquemment interdit, avec 25 retraits.
L’écrivain Stephen King avait déjà dénoncé cette multiplication des interdictions en janvier 2023, encourageant les jeunes lecteurs à rechercher les ouvrages faisant l’objet de contestations.
L’intelligence artificielle entre dans le processus de sélection
Le rapport de PEN America relève également une nouvelle pratique : certains responsables de districts scolaires commencent à utiliser des outils d’intelligence artificielle pour déterminer quels livres devraient être retirés ou soumis à un examen.
Cette utilisation de technologies automatisées soulève des questions sur les critères employés pour évaluer les ouvrages et sur la place accordée au jugement humain dans les décisions concernant les collections scolaires.
L’organisme s’inquiète notamment de voir des décisions touchant l’accès à la littérature prises à partir de mécanismes qui ne tiennent pas nécessairement compte du contexte général d’une œuvre, de sa valeur littéraire ou de sa pertinence pédagogique.
Des chiffres qui varient selon les organismes
PEN America n’est pas le seul organisme à suivre les interdictions de livres aux États-Unis. L’American Library Association (ALA) publie également des données sur les contestations et les retraits d’ouvrages.
Les deux organisations utilisent toutefois des méthodes différentes, ce qui explique les écarts entre leurs statistiques.
PEN America comptabilise notamment les livres retirés temporairement, même lorsqu’ils sont ensuite réintégrés aux collections. L’ALA applique des critères plus restrictifs dans le relevé évoqué par les médias américains.
Selon NBC News, les dernières données de l’ALA faisaient état d’environ 5 600 cas d’interdiction au cours de la période précédente.
Malgré ces différences méthodologiques, les deux organismes documentent depuis le début des années 2020 une multiplication des tentatives visant à limiter l’accès à certains livres dans les établissements scolaires américains.
L’accès aux histoires LGBTQ+ en question
Pour les défenseurs de la liberté de lire, les conséquences de ces restrictions dépassent les statistiques.
Les bibliothèques scolaires constituent souvent l’un des premiers endroits où les adolescents peuvent découvrir des récits qui abordent leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou des expériences familiales différentes de celles qui dominent leur environnement.
Le retrait de ces ouvrages limite non seulement l’accès à certaines histoires, mais aussi les possibilités pour l’ensemble des élèves de mieux comprendre la diversité des parcours humains.
PEN America soutient que les interdictions réduisent la liberté de lire et privent les jeunes d’une pluralité de voix et de points de vue auxquels ils devraient pouvoir accéder.
Avec près de 12 000 cas recensés en une seule année scolaire, le débat sur la présence des livres LGBTQ+ et d’autres ouvrages contestés dans les écoles américaines est loin d’être terminé. Il continue d’opposer les défenseurs d’un accès diversifié à la littérature à ceux qui souhaitent exercer un contrôle plus strict sur les contenus proposés aux élèves.
Source : PEN America, Banned in the USA, rapport annuel 2026 ; NBC News ; American Library Association.

