Lundi, 28 novembre 2022
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    La percée d’une nageuse transgenre américaine fait polémique

    Lia Thomas enchaîne depuis des mois les performances dans les bassins universitaires américains. Mais la nageuse transgenre se retrouve au centre d’une vive controverse. Elle est accusée d’être injustement avantagée parce que née homme.

    La polémique, qui pose à nouveau la question de la place des athlètes transgenres, a déjà poussé la NCAA, l’organisation régissant le sport universitaire, puis USA Swimming, la Fédération américaine de natation, à promettre un nouveau règlement.

    Lia Thomas est une étudiante de 22 ans à l’Université de Pennsylvanie et fait partie de l’équipe des nageuses depuis septembre 2021, après avoir compétitionné avec les garçons.

    Elle est la cible d’hommes politiques conservateurs.

    «Nous interdirons aux hommes de participer à des compétitions réservées aux femmes, a lancé l’ancien président Donald Trump, le 15 janvier, lors d’un rassemblement en Arizona, en qualifiant Thomas au masculin, sans toutefois la nommer. 

    Dans l’une de ses rares entrevues, Lia Thomas explique avoir réalisé qu’elle était trans à l’été 2018, mais avoir d’abord voulu continuer à nager avec les hommes. 

    Cela m’a causé beaucoup de détresse […] Je n’étais plus capable de me concentrer sur la natation, sur les études, sur mes amis, a-t-elle raconté. Elle a entamé sa transition en mai 2019 avec un traitement hormonal.

    Pour sa première saison avec les femmes, Lia Thomas a fait tomber les chronos.

    Au début de décembre, à Akron en Ohio, elle a réalisé les meilleures performances de l’année sur 200 verges (183 m) en style libre (1 min 41 s 93/100) et sur 500 verges (457 m) en style libre (4:34,06).

    Samedi, à Harvard, au Massachusetts, elle a encore brillé en remportant les 100 et 200 verges en style libre.

    L’étudiante respecte les règles de la NCAA, qui autorisent les femmes transgenres à compétitionner après un traitement de suppression de la testostérone pendant au moins un an. Ce n’est pas suffisant pour certains, surtout dans un sport comme la natation, parce que sa transition a été entamée après la puberté.

    Lia est surperformante dans les épreuves réservées aux femmes, a écrit le Women’s Sports Policy Working Group, qui revendique de défendre le sport féminin, dans un courrier à la NCAA. Il se fonde sur une étude, non encore publiée dans un journal scientifique, qui a passé en revue les temps de la nageuse.

    «Ses temps post-transition à ce jour […] restent trop proches de ses meilleurs temps pré-transition dans les épreuves réservées aux hommes, par rapport à l’écart de performance entre les athlètes masculins et féminins en sport universitaire, ajoute le groupe, qui compte dans ses rangs l’ancienne quadruple médaillée olympique de natation (Los Angeles, 1984) Nancy Hogshead-Makar.

    Pour ses défendeurs, la polémique n’est qu’une preuve de plus des discriminations dont souffrent les personnes transgenres.

    (Lia) Thomas est simplement une athlète qui aime son sport, qui s’entraîne dur et respecte toutes les conditions pour nager en compétition. Malgré cela, elle est victime d’une rhétorique violente, a dit le groupe Athlete Ally.

    Le sujet divise aux États-Unis, où plusieurs États conservateurs, 10 selon Athlete Ally, ont adopté des lois pour barrer la route des jeunes filles transgenres au sport féminin à l’école.

    Cinq mois après la première participation aux JO d’été d’une athlète transgenre, en haltérophilie, la question reste un casse-tête pour les institutions sportives.

    En novembre, le Comité international olympique (CIO) a renvoyé la balle à chaque sport, en soulignant l’absence de consensus scientifique sur le rôle de la testostérone dans la performance dans l’ensemble des sports.

    La NCAA a repris jeudi cette approche différenciée, tout en évoquant l’idée de seuils de testostérone. Depuis 2019, la Fédération internationale d’athlétisme (World Athletics) impose de tels seuils (moins de 5 nmol/l pendant 12 mois). C’est sur cette base que l’athlète transgenre CeCe Telfer avait été exclue des sélections olympiques en juin 2021.

    De son côté, l’Université de Pennsylvanie a renouvelé son soutien à Lia Thomas, en vue notamment des prochains championnats de la NCAA en mars, événement phare de la saison universitaire.

    Si elle s’y qualifie, elle pourrait de nouveau se mesurer à Izzi Henig, étudiant transgenre de Yale qui a décidé de ne pas prendre de traitements hormonaux et qui continue de compétitionner avec les femmes. Le 8 janvier, une première confrontation sur 100 verges en style libre avait tourné à l’avantage d’Izzi Henig.

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