Mercredi, 30 septembre 2026
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    Chantal Robi 50 ans de scène, de paillettes et de passion

    Cinquante ans de carrière, des centaines de costumes, de nombreuses scènes et toujours cette même envie de monter sur les planches. Le 1er août dernier, Chantal Robi célébrait son 50e anniversaire de carrière dans son propre cabaret, C la Boîte à Chantal, à Pointe-aux-Trembles. Un demi-siècle de spectacles, qui lui a permis de voir évoluer le métier de transformiste jusqu’à la scène drag d’aujourd’hui, sans jamais perdre ce qui l’avait attirée au départ : la magie du spectacle.

    Et lorsqu’on lui demande si elle pense à la retraite, la réponse est catégorique : pas question ! « J’ai reçu 40 plaques de reconnaissance et d’honneur au cours de ma carrière. Je suis très fière. C’est un métier qui m’allume encore. C’est de la fantaisie. J’éblouis les gens et je suis encore bien dans ce que je fais. J’aime être sur scène, animer, parler avec la clientèle et échanger avec les gens. Bien sûr, j’ai le trac, mais c’est aussi ce qui me donne cette énergie. Je ne suis pas prête à prendre ma retraite », lance-t-elle.

    Une carrière commencée dans les escaliers
    Tout a commencé à Montréal, à la mi-août 1976. Chantal Robi, alors âgée d’environ 15 ans, monte sur une scène pour le moins particulière : celle du Café Lincoln, au coin de Mont-Royal et Saint-Denis, aménagée directement dans les escaliers du bar. Elle partage alors la scène avec La Goulou, une figure réputée du milieu des transformistes montréalais de l’époque. « J’ai commencé à l’âge de 15 ans environ, à la taverne Lincoln, avec La Goulou. L’époque était très différente d’aujourd’hui. On parlait de “transformistes” et non pas de personnificateurs féminins ou de drag queens comme maintenant. Ces 50 ans représentent tout un chemin parcouru et une évolution dans les costumes, le maquillage, l’animation, la manière de s’adresser aux gens… Je ne connaissais rien de tout ça quand j’ai débuté. » À l’époque, elle ne pensait évidemment pas entreprendre une carrière qui allait durer cinq décennies. Elle était simplement attirée par la magie du spectacle.

    Du Météor à son propre cabaret
    Au fil des années, Chantal Robi a connu de nombreuses scènes. Elle a notamment passé plus de 30 ans au Météor, 8 ans au Rocky et environ 2 ans au Cabaret Cléopâtre, en plus de se produire un peu partout au Québec. Elle a aussi foulé les planches de l’ancien cabaret L’Entre-Peau, où se trouve aujourd’hui le Cabaret Mado, ainsi que celles des Ponts de Paris.

    Malgré l’évolution du vocabulaire, elle continue de se définir comme une transformiste. « Je dis encore aujourd’hui que je suis “transformiste” à cause de tout ce côté de paillettes, de plumes, de bijoux, de style brésilien [carnavalesque], etc., que j’ai gardé et que j’aime beaucoup. » En 2018, elle franchit une nouvelle étape en ouvrant, avec son conjoint et animateur de soirées « Sexy Paul », son propre établissement : C la Boîte à Chantal, dont elle est copropriétaire et directrice artistique. « Mon conjoint et moi, on l’a trouvé complètement par hasard. L’endroit était à louer. On l’a visité et je me suis dit : c’est là que je veux finir ma carrière, ce sera mon dernier cabaret. » Aujourd’hui, l’établissement propose trois soirs de variétés ainsi qu’une formule souper-spectacle. « Je voulais quelque chose de “cosy”, un endroit du genre “Théâtre des variétés”, un cabaret-resto sans prétention, convivial,
    familial. La clientèle est très mixte et très ouverte. Cela va de 30 ans à 98 ans… Eh oui, nous avons une cliente régulière qui a 98 ans et qui aime nos artistes et nos spectacles. »

    Le trophée Jean Guilda
    Dans son parcours, un nom occupe une place toute particulière : Guilda, qui fut l’une de ses mentors. « Guilda me conseillait sur plusieurs aspects du monde de la scène et du spectacle. Elle était très stricte. Elle m’a enseigné la gestuelle, comment se tenir sur scène, comment s’adresser au public et animer une soirée, comment se comporter en public, etc. » Lors d’un spectacle, Guilda a déclaré devant le public : « Si elle, comme travestie (transformiste), était un cheval de course à Blue Bonnets, c’est sur elle que je miserais pour les prochaines années. » Elle lui a ensuite remis une plaque honorifique, le trophée Jean Guilda, un souvenir particulièrement précieux pour Chantal Robi.

    Entrer en communion avec ses personnages
    Au fil de sa carrière, Chantal Robi a personnifié de nombreuses chanteuses, dont Sarah
    Brightman, Michèle Torr, Tina Turner et Dalida. « J’aime les personnifier, mais j’aime aussi presque entrer en “communion” avec elles. J’aime tout savoir sur ces artistes. Par exemple, j’ai rencontré quatre fois Dalida, c’étaient des moments incroyables. Je fais des artistes que j’aime très personnellement et que le public du cabaret connaît et apprécie beaucoup aussi. » Elle confectionne également elle-même ses costumes, une passion qui fait partie intégrante de son travail depuis ses débuts.

    Un spectacle qui n’a jamais eu lieu
    Cinquante ans de carrière, c’est aussi une collection d’anecdotes. La plus bizarre ? Une performance qui n’a tout simplement… jamais eu lieu. « J’ai été invitée à performer dans un bar de Saint-Hyacinthe pour une soirée du Nouvel An. Les clients, les gérants et le personnel étaient tellement saouls qu’ils pensaient tous que j’avais fait un show alors que, en réalité, j’attendais qu’on me dise de monter sur scène et ce n’est jamais arrivé. Mais ils étaient tous convaincus que j’avais fait un spectacle… C’était très drôle et bizarre à la fois. » Une véritable histoire de cabaret !

    Le plus difficile : perdre les gens
    Lorsqu’on lui demande si elle a des regrets, Chantal Robi ne parle ni d’argent ni de carrière manquée. Ce qui lui fait le plus mal, ce sont les personnes disparues au fil des années. « Je n’ai pas de regrets. Ce qui me fait le plus mal, c’est de perdre des artistes avec lesquels j’ai travaillé. Le plus dur pour moi, c’est de m’adapter à leur perte, de me dire que je ne ferai plus de spectacles avec eux. Ce n’est pas l’argent, c’est la perte des artistes, mais aussi des clients que je connais depuis longtemps. » Aujourd’hui, C la Boîte à Chantal accueille des artistes de tous horizons, parmi lesquels Joël Denis, Michel Stax, Richard Huet, Ronie Nelson et ChouChoune. « Ça va bien au cabaret. On a des artistes de toutes sortes, des chanteurs et chanteuses, des humoristes, des “transformistes”. Et j’ai des employés extraordinaires qui connaissent bien leur métier et qui sont formidables avec la clientèle. » Cinquante ans après ses débuts dans les escaliers du Café Lincoln, les décors et les costumes ont changé, tout comme les mots pour désigner son métier. Mais l’essentiel demeure. Chantal Robi aime toujours autant monter sur scène, échanger avec le public et faire vivre cette petite part de magie qui l’accompagne depuis 1976. Et visiblement, après cinq décennies, le rideau est loin de tomber.

    INFOS | a Boîte à Chantal, 13305, rue Sherbrooke Est, Pointe-aux-Trembles (Montréal)
    T. : 514 758-3281 Courriel : [email protected]
    Facebook : facebook.com/Chantal13305

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