Le 8 octobre dernier, plusieurs dizaines de personnes, dont des représentants de différents organismes communautaires, ont participé à une soirée de réseautage et de présentation organisée par Espace LGBT+. L’organisme y a lancé une campagne d’investissement de 1,5 million de dollars sous forme d’obligations communautaires afin de compléter le montage financier d’Espace + Village, un futur complexe communautaire situé dans le Village montréalais.
Pour Marie-Michèle Monssen, directrice générale d’Espace LGBT+, ce lancement marque l’aboutissement de plusieurs mois de préparation. « C’est l’aboutissement, en fait, de plusieurs mois de travail. Vous vous en doutez, un projet immobilier collectif, c’est beaucoup de travail. »
La campagne représente aussi un important travail de planification financière. Comme l’a expliqué Khalil Chaar, coordonnateur au développement philanthropique et principal présentateur de la soirée, sa mise en place est « aussi l’aboutissement d’un montage financier et de beaucoup, beaucoup de réflexions derrière ».
Au-delà de la présentation du projet immobilier, la rencontre visait à expliquer le fonctionnement d’un mécanisme d’investissement encore méconnu du grand public et à inviter les particuliers, les entreprises et les organismes à participer à sa réalisation.
Les obligations communautaires : comment ça fonctionne ?
Khalil Chaar a présenté les modalités de cette campagne, qui repose sur un principe distinct du don traditionnel : les personnes participantes prêtent de l’argent à Espace LGBT+ en souscrivant à des obligations communautaires. En contrepartie, elles obtiennent un rendement selon les conditions établies, et les obligations prévoient le remboursement du capital à l’échéance.
Quatre séries sont proposées. La série A prévoit un investissement minimal de 500 $, assorti d’un taux d’intérêt de 3 % sur cinq ans. La série B commence à 1 000 $, avec un taux de 4 % sur sept ans. Pour les investissements plus importants, la série C propose un taux de 4 % sur cinq ans à partir de 10 000 $, tandis que la série D offre un taux de 5 % sur sept ans à partir de 25 000 $.
Les intérêts des séries A et B sont versés à l’échéance, alors que ceux des séries C et D sont payés annuellement.
Une distinction importante a été soulevée pendant la période de questions : un investissement dans les obligations communautaires ne constitue pas un don et ne donne pas droit à un reçu de charité pour la somme investie. Il s’agit plutôt d’un prêt assorti de modalités financières précises.
Khalil Chaar a également évoqué la possibilité de convertir une partie de l’investissement en don à l’échéance. Les conditions d’une telle conversion et l’admissibilité éventuelle à un reçu de charité doivent toutefois être confirmées auprès de l’organisme.
Autre élément à considérer : les obligations communautaires ne sont pas garanties. Les personnes intéressées sont donc invitées à consulter le guide d’investissement afin de bien comprendre les conditions et les risques avant de prendre une décision.
La campagne s’adresse aux particuliers, mais aussi aux entreprises, aux fondations, aux organismes à but non lucratif et aux institutions. Pour Khalil Chaar, il importe que les membres des communautés puissent, eux aussi, contribuer financièrement à ce projet collectif, même avec des sommes relativement modestes.
« Le un dollar d’une grande banque, c’est le même un dollar que moi j’ai dans mon compte en banque », a-t-il résumé.
Pour faire connaître la campagne au-delà des réseaux habituels d’Espace LGBT+, trois ambassadeurs ont accepté de prêter main-forte à l’organisme : Rosalie Vendette, professionnelle en investissement durable chez Quinn+Partners et citoyenne engagée du Village ; Éric Saint-Arnaud, directeur général de Renaissance ; et Tyler Boyce, directeur général du Réseau Enchanté (The Enchanté Network), un réseau pancanadien d’organismes communautaires. Convaincus de la pertinence du projet et des besoins auxquels il répond, ils contribueront à faire connaître la campagne et à mobiliser leurs propres réseaux afin d’élargir le cercle des investisseurs potentiels.
Un projet de 18,1 millions de dollars
Situé au 929, rue Sainte-Catherine Est, Espace + Village prévoit la revitalisation d’un bâtiment centenaire afin d’y aménager un complexe communautaire d’environ 26 000 pieds carrés. L’ouverture est prévue en 2028.
Le coût total du projet, incluant l’acquisition de l’immeuble, sa détention et les travaux, est évalué à 18,1 millions de dollars. Au moment du lancement, 14,1 millions de dollars étaient déjà confirmés grâce à différentes contributions publiques et privées, notamment celles des gouvernements du Canada et du Québec, de la Ville de Montréal et de fondations.
D’autres demandes de dons et de subventions, représentant environ 2,5 millions de dollars, sont en cours. Il reste néanmoins 1,5 million de dollars à réunir pour compléter le montage financier.
La campagne d’obligations communautaires doit également répondre à un enjeu de liquidités. Plusieurs subventions confirmées ne seront versées que progressivement, entre 2026 et 2029, alors que les travaux et les factures doivent être pris en charge dès maintenant.
Une première campagne d’obligations communautaires, menée en 2023, avait permis de recueillir 60 000 $. Cette fois, l’objectif est fixé à 1,5 million de dollars d’ici le 30 avril 2027.

Dix organismes réunis sous un même toit
Vice-président du conseil d’administration d’Espace LGBT+, Nicolas Bourgoin rappelle que l’organisme a été créé en 2019, à la suite de constats partagés par plusieurs organisations : le milieu communautaire manque de locaux adaptés, suffisamment grands et accessibles. Cette difficulté touche particulièrement les organismes LGBTQ+, dont les activités se déroulent parfois dans des espaces inadéquats ou difficiles d’accès.
Espace + Village doit permettre à dix organismes de disposer de locaux permanents, abordables et accessibles. D’autres organisations pourront également utiliser les espaces pour des activités ponctuelles.
La liste publiée par Espace LGBT+ comprend AGIR, qui accompagne les personnes immigrantes et réfugiées, et le Centre de solidarité lesbienne (CSL), qui soutient les communautés lesbiennes. RÉZO intervient en santé sexuelle et en prévention, tandis qu’Inclusion Sport figure également parmi les organismes associés au projet.
Le complexe doit aussi accueillir Fierté Montréal, qui met en valeur les arts et les cultures LGBTQ+, ainsi que L’Euguélionne, une librairie coopérative. Le festival de films afro-caribéens LGBTQ+ Massimadi et Studio ZX, un studio de production scénographique et un regroupement d’artistes, font également partie de la liste.
La clinique juridique JuriTrans, qui accompagne les personnes trans et non binaires, ainsi que le Conseil québécois LGBT, engagé dans la défense des droits et le soutien aux communautés, complètent les dix organismes annoncés. Le Réseau d’autodéfense féministe (RAF) et le Black Flag Combat Club (BFCC) sont également mentionnés dans la présentation d’Inclusion Sport.
En réunissant ces ressources, le projet entend faciliter l’accès aux services et favoriser les collaborations. Les locaux seront complétés par des espaces pouvant accueillir des activités communautaires et culturelles tout au long de la semaine.
Pour Nicolas Bourgoin, la portée du projet dépasse la simple rénovation d’un immeuble. « C’est vraiment plus que de la brique et du mortier, c’est d’aller au-delà de ça, c’est de créer des espaces qui nous ressemblent et puis qui nous rassemblent aussi. »
Un projet collectif pour l’avenir du Village
Pour Espace LGBT+, Espace + Village représente bien davantage qu’un projet immobilier. En revitalisant un bâtiment centenaire et en y ramenant des activités communautaires et culturelles, l’organisme souhaite contribuer au dynamisme du Village, tout en offrant aux organisations des conditions plus favorables à leur mission.
La campagne d’obligations communautaires propose une autre façon de participer à cette réalisation collective : non pas uniquement par le don, mais par un investissement assorti de modalités financières précises.
Avec un objectif de 1,5 million de dollars d’ici le 30 avril 2027 et une ouverture prévue en 2028, Espace + Village entend créer un lieu durable où les organismes pourront partager leurs ressources, développer leurs activités et rejoindre davantage de personnes.
Au bout du compte, l’enjeu est de donner aux communautés LGBTQ+ un espace à la mesure de leurs besoins : accessible, rassembleur et vivant.
INFOS | Pour en apprendre plus sur Espace-Village et l’organisme Espace LGBTQ+,
visitez le https://www.espacelgbtqplus.org