À 36 ans, Arnaud Soly réalise qu’il est plus vieux qu’il pensait. De la télé de son enfance aux plateformes d’aujourd’hui, il a vu le paysage culturel se transformer. Avec la campagne C’est à NOUS !, une initiative du Fonds des médias du Canada et Téléfilm Canada, il veut donner aux jeunes le goût de découvrir les œuvres d’ici.
Arnaud Soly a beau avoir « coupé le câble » chez lui, les écrans occupent toujours une place importante dans son quotidien. Il regarde plusieurs séries québécoises en rattrapage et découvre des émissions jeunesse avec ses filles de 4 et 6 ans. Quand son quotidien de père le lui permet, il se rend au Cinéma Beaubien, situé à quelques pas de chez lui, à Montréal.
« Même si la technologie a complètement changé notre façon de consommer du contenu, je continue à regarder beaucoup ce qui se fait ici, avoue-t-il. Tout ça parce que j’appartiens à une génération qui a grandi avec Canal Famille et VRAK.TV, et qui a connu le Web sur le tard, je pense. » Depuis la mort de ces chaînes de télévision, les habitudes de visionnement ont changé, surtout chez les jeunes. Selon l’Enquête québécoise sur les loisirs culturels et le divertissement, réalisée en 2024 par l’Institut de la statistique du Québec, 64 % des 15 à 29 ans visionnent surtout des contenus télévisuels non québécois.
C’est donc tout naturellement qu’Arnaud Soly – très populaire auprès des ados et des millénariaux – a accepté de devenir le porte-parole de NOUS, une marque créée par le Fonds des médias du Canada (FMC) en partenariat avec Téléfilm Canada, qui a pour mission de célébrer les productions audiovisuelles de chez nous ainsi que leurs créateurs et créatrices depuis 2019. « Le mandat de faire rayonner les œuvres d’ici est tout à fait aligné avec mes valeurs, dit l’humoriste. Pour moi, c’est important de soutenir notre industrie [des écrans], parce qu’elle est unique et qu’elle fait vraiment partie de notre culture. »
Avec cette nouvelle campagne intitulée, C’est à NOUS !, Mathieu Chantelois, premier vice-président, communications, stratégie et affaires publiques au FMC, explique qu’ils ont voulu faire les choses différemment : « Notre objectif est de faire découvrir ou redécouvrir nos contenus en rejoignant les publics là où ils sont déjà présents : sur les réseaux sociaux. »
De petit nouveau à grand frère
Mission accomplie : depuis septembre, Arnaud Soly présente de courtes vidéos comiques sur ses réseaux sociaux et ceux de l’initiative NOUS pour faire découvrir des séries, des films et des jeux vidéo de chez nous.
Il n’est pas seul. Il s’est entouré des créateurs et créatrices de contenu Douaa Kachache,
Emy Lalune, Pascale de Blois, Thomas Bédard, Tommy-Lee Salvas, Zoé Duval et Rosalie Vaillancourt (la porte-parole de la précédente campagne de NOUS) pour créer des capsules similaires, tantôt en solo, tantôt en groupe sous forme de sketchs.
Ensemble, ils revisitent avec humour des œuvres anciennes, récentes et à venir, tout en faisant découvrir au public où les retrouver. Au programme : Les Boys et Elvis Gratton revisités par Arnaud Soly, des sketchs rendant hommage à Ramdam et Le cœur a ses raisons, ou encore une relecture de La guerre des tuques à la sauce Denis Villeneuve. Des apparitions éclairs d’artistes, dont André Robitaille, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maude Landry et Virginie Fortin, pimentent également la série.
« Je suis heureux de collaborer avec cette relève numérique que j’aime et que je trouve drôle et allumée. Ça fait à peu près 10 ans que je fais de l’humour. J’ai toujours été le jeune, le gars du Web. Mais je ne réalisais pas, jusqu’à aujourd’hui, que j’avais acquis une certaine notoriété et que je n’étais plus vraiment le petit nouveau », mentionne celui qui a été sacré Découverte de l’année aux Olivier de 2021.
L’humoriste voit chez ces personnalités du Web des alliées : celles-ci parlent aux plus jeunes et maîtrisent les codes des réseaux sociaux. À leurs côtés, il peut donc attirer l’attention là où les campagnes publicitaires traditionnelles et le bon vieux TV Hebdo ne suffisent plus. « Les jeunes ne regardent plus autant la télé, donc ils ne voient plus nécessairement les pubs pour une série ou un film, observe-t-il. Aujourd’hui, pour qu’une série nous donne envie de la rattraper, ça va souvent passer par le Web. Et pour créer de l’engagement, il faut qu’il y ait un discours numérique autour des œuvres, comme ça a été le cas pour Empathie et Vitrerie Joyal, entre autres. »
L’humour comme porte d’entrée
Lorsqu’il s’agit de faire réagir, Arnaud Soly mise sur ses plus beaux atouts : les imitations,
le doublage, les fausses publicités et les parodies. « L’humour, c’est un ton qui fonctionne super bien sur les réseaux sociaux : ça peut être court et accrocheur, dit-il. Je pense que c’est une très bonne porte d’entrée vers notre culture. » Il est bien placé pour le savoir : il a remporté un prix dans la catégorie Capsule ou sketch Web humoristique de l’année pour sa parodie Arnaud Jolicoeur, courtier hypothécaire au Gala Les Olivier en 2025. Sa propre émission parodique, Club Soly, a aussi contribué à asseoir sa notoriété sur les ondes et en ligne.
« Pour la campagne C’est à NOUS !, je n’ai toutefois pas envie d’imposer des choses ni de diaboliser les contenus américains de Netflix, comme Stranger Things. L’un n’empêche pas l’autre, avertit-il. J’ai plutôt envie que les jeunes se disent : “Ah, je n’ai pas vu cette série canadienne ou je n’ai pas les références de ce film québécois, mais ça a l’air bon pis ça me tente d’en savoir plus.” »
Mission transmission
Arnaud Soly sait qu’il est difficile de changer les habitudes de visionnement du jour au lendemain. Mais, selon lui, une partie de la solution peut se trouver dans l’enfance, avec la transmission culturelle, le bouche-à-oreille et l’implication des parents. « Plus les enfants découvrent tôt les œuvres d’ici, plus ils auront envie d’en consommer en grandissant. Ces réflexes-là vont les accompagner longtemps », explique-t-il.
Il en fait d’ailleurs l’expérience avec ses enfants, grandes adeptes de Télé-Québec, ou encore avec les adolescentes de son ami qui écoutent les albums d’Harmonium grâce à l’influence de leur entourage.
« Au Canada, et plus particulièrement au Québec, on a vraiment une culture bien à nous, une culture qui nous fait vibrer et qui nous permet de nous reconnaître à l’écran, reconnaît-il. C’est important d’en prendre soin. »
PAR Édith Vallières
Cet article a été rendu possible grâce à


