Mercredi, 30 septembre 2026
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    Être gai et de droite conservatrice :un paradoxe, mais aussi une réalité

    Il s’agit surtout d’hommes gais. Ils se croient affranchis de la minorisation à laquelle ils ont été soumis pendant des siècles. Ils se rapprochent aujourd’hui des idéologies conservatrices et autoritaires. On les appelle des homonationalistes. Certains, plus âgés, osent affirmer que, même très jeunes, ils n’ont jamais eu à subir de rejet, ni de la part de leur famille, ni de leurs ami·es, ni même dans leur vie professionnelle. Intégrés, acceptés, ils ne font même pas preuve d’empathie envers celles et ceux qui ont connu un parcours beaucoup plus chaotique. Ces hommes épargnés, qui s’en vantent même sur les réseaux sociaux, n’ont pas pris part à la longue marche pour l’égalité et la reconnaissance des droits, alors même qu’ils en bénéficient aujourd’hui, notamment grâce à l’accès au mariage. Pour d’autres, une fois la respectabilité acquise, on referme rapidement la boîte des souvenirs douloureux pour se
    fondre dans le grand groupe majoritaire auquel on avait rêvé d’appartenir un jour.

    Bien sûr, il ne faut pas généraliser. Il s’agit peut-être d’une toute petite minorité, mais très vocale sur les réseaux sociaux. Elle adopte des discours qui prônent le rejet des différences et de celles et ceux qui n’ont pas été adoubés par la majorité et qui font tache dans le portrait. Certains demandent même que le G disparaisse du sigle pour ne plus être associés, de près ou de loin, à celles et ceux qui ne se fondraient pas dans la norme, entendons ici la norme hétéronormée.

    On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’un épiphénomène, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter.
    Cependant, on le constate en Europe : de nombreux gais se tournent vers des partis conservateurs, voire d’extrême droite, face aux difficultés économiques et sociales que traversent leurs pays. Un exemple : le Rassemblement national compterait 24 députés gais, un nombre inégalé dans les autres partis. Rappelons que le Rassemblement national (autrefois Front national) s’est toujours distingué par une homophobie décomplexée. En 2013, il s’est opposé au mariage pour tous. Aujourd’hui, 28 % des gais soutiendraient le RN. Même constat en Allemagne, où 28 % des gais appuieraient le parti nationaliste d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). Un chiffre semblable serait observé en Autriche pour le Parti de la liberté d’Autriche, qui se réclame de l’extrême droite.

    Et ici ? Le Parti conservateur du Québec a à sa tête un homosexuel, Éric Duhaime, et peut compter sur le soutien de Christian Dufour, qui déclarait au micro de QUB radio que l’idéologisation des enjeux 2ELGBTQI+ était allée trop loin, même ici, au Québec. Il serait intéressant d’organiser un sondage au Québec après les élections du 5 octobre prochain pour connaître les choix des électeurs gais.

    Face aux immenses enjeux auxquels notre monde est confronté actuellement, tant sur le plan économique que social, il est normal que les populations ressentent de la peur. Les partis politiques conservateurs ou de droite autoritaire instrumentalisent cette peur à leur profit. Ils reprennent la même rhétorique que celle qui a mené aux dictatures du XXe siècle : le repli identitaire, la défense des valeurs éternelles d’un pays — la mythologie d’une grandeur à retrouver — et, bien évidemment, la désignation de catégories de la population qui seraient responsables de tous ces maux. Au siècle dernier, les Juifs ; aujourd’hui, les musulmans et les immigrants.

    Les partis conservateurs autoritaires, ainsi que les partis extrémistes de gauche ou de droite, n’ont jamais été ouverts aux revendications de nos communautés. Ceux qui sont récemment arrivés au pouvoir l’ont démontré. Quelques exemples en vrac : annulation des marches de la Fierté, interdiction de la propagande 2ELGBTQI+, suppression, sur les actes de naissance, du nom de l’un·e des parent·es dans les couples de même sexe.

    Et si l’on s’éloigne des pays occidentaux, la réalité est bien pire. La liste des pays qui condamnent les personnes 2ELGBTQI+ est de plus en plus longue. Il s’agit de pays dirigés par des gouvernements élus ou non, souvent particulièrement autoritaires, où les droits de la personne ne sont pas respectés. Méconnaissance de l’Histoire, méconnaissance de leur propre histoire et des combats menés : il est donc étrange de voir aujourd’hui des gais, parce qu’ils ont obtenu la respectabilité, faire table rase du passé et se précipiter dans les bras de leurs adversaires. Amnésie ou aveuglement ?

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