Obsession, travail du sexe et scènes de nudité graphiques sont au cœur de la nouvelle série de Simon Boulerice, Je te tiens, dont les deux premiers épisodes seront présentés en première mondiale à CINEMANIA, avant son arrivée sur Crave en novembre. Quand on exprime notre surprise de voir le scénariste de Six degrés nous offrir un tel univers, le principal intéressé répond qu’il retourne à ses premières amours : les thrillers psychologiques érotiques. La série a par ailleurs bénéficié du soutien du Fonds des médias du Canada.
Comprends-tu la surprise de te voir écrire une série du genre (avec Marie-Ève Bourassa)?
Simon Boulerice : Ça peut être étonnant de l’extérieur, car on ne m’associe pas nécessairement à ça, mais ce sont mes premières amours. Parmi les films préférés de ma jeunesse, il y a Jeune femme cherche colocataire, Misery et La main qui berce l’enfant. Ces trois films-là sont des thrillers un peu cochons sortis au début des années 1990. J’étais très jeune pour regarder des films du genre. Ça me fascinait! Je ne comprenais pas tout, mais je ressentais la tension. Donc, j’ai essayé de créer une série qui est un thriller érotique.
Quelle est l’histoire de Je te tiens?
Simon Boulerice : On y suit une préposée aux bénéficiaires, Raphaëlle, qui prend soin de personnes âgées dans une RPA. Elle s’occupe spécialement d’un vieil homme : on comprend rapidement qu’elle s’y intéresse pour avoir accès à un couple formé par Mathias et Macha, deux travailleurs du sexe. Mathias, hétéro et fluide dans la vie, ne voit que des hommes dans son travail. Macha est moins carriériste que lui, davantage artistique : elle écrit en rêvant de devenir la prochaine Nelly Arcan, sans avoir son talent. Macha fait de l’assistance sexuelle avec des clients qui ont des limitations. C’est un couple très sain, malgré ce métier qui peut venir avec certains préjugés. Leur terrain de jeu est très délimité. Raphaëlle réussit à devenir leur coloc dans un loft très sexy, industriel et atypique. Elle s’immisce avec délectation dans une vie qui n’est pas la sienne. Elle aspire à appartenir à leur monde. Elle les trouve libres. Raphaëlle est une femme plus coincée et très rigide.
Quels interprètes imaginais-tu pour camper tes personnages principaux?
Simon Boulerice : Pour Raphaëlle, il fallait du mystère. Comme c’est un personnage assez difficile à cerner, il fallait qu’on ne comprenne pas nécessairement ses pulsions. En audition, Amaryllis Tremblay a joué une scène où elle prend soin d’un vieil homme avant de fouiller dans sa pharmacie : elle prend des gouttes pour les yeux afin de se faire pleurer. C’est une scène dérangeante. Quand elle a joué ça, je voyais Natalie Portman dans Black Swan. Comme s’il y avait deux personnages en elle. Elle est énigmatique. Du côté de Macha et Mathias, il fallait des acteurs immensément libres et bien dans leur corps. Pour moi, il n’y a rien de plus désagréable que de voir un acteur mal à l’aise jouer un personnage à l’aise, mais avec des limites. On cherchait des interprètes vraiment libres, car on va loin graphiquement. Antoine Pilon et Juliette Gariépy incarnent beaucoup ça. Ils sont sans filet.
Tu as été approché pour écrire en France. Comment ces portes se sont-elles ouvertes?
Simon Boulerice : Une scénariste-productrice avait regardé ma série Six degrés et elle avait travaillé sur une adaptation en France qui n’a pas abouti. Depuis, elle suit mon travail. Quand elle a vu deux de mes séries présentées à Séries Mania, elle a été séduite par les deux bandes-annonces et elle m’a sollicité. On a discuté d’un projet ensemble, mais j’en prends moins qu’avant. Je préférais boucler ce que j’ai amorcé au lieu d’avoir trop de projets qui m’essoufflaient comme par le passé.
Il me semble aussi que tu prends moins d’engagements professionnels et qu’on te voit moins souvent à la télévision et dans les événements.
Simon Boulerice : En effet. Je vais vraiment mieux depuis que j’ai ralenti le rythme. Avant, j’écrivais n’importe quand pour avancer. Maintenant, je le fais beaucoup moins. Tout a changé quand j’ai participé à Big Brother Célébrités. C’était une pause dans ma vie effrénée. Mon rythme interne avait changé. Ma vraie vie était sur pause. Par conséquent, mes projets d’écriture l’étaient aussi. À ma sortie de la maison, je n’avais plus envie d’écrire pour un certain temps. Il faut dire aussi que, depuis Big Brother, je m’entraîne au moins six fois par semaine. Depuis 18 mois, ça me fait beaucoup de bien. Plus je m’entraîne, plus je dis non à des projets. L’entraînement m’énergise et je me préserve plus qu’avant. Je me sens plus sain. L’an prochain, on pourra voir une autre de tes séries, Mustang.
Que peux-tu nous dire à ce sujet?
Simon Boulerice : C’est une comédie noire sur une famille qui chante à l’unisson, en
harmonie, mais qui n’a aucune harmonie dans ses rapports. C’est une famille complètement dysfonctionnelle. Je joue le maire de la ville. Ça va être diffusé sur Crave quelque part en 2027.
Lors de notre dernière entrevue, il y a 15 mois, tu disais avoir remis en question ton envie d’écrire pour la télé, malgré le succès critique et populaire de Chouchou. On se retrouve peu après la diffusion de M’infiltrer dans ta vie sur TV5 et à l’aube de la diffusion de deux gros projets. Comment expliques-tu ce revirement de situation?
Simon Boulerice : La scénarisation, ce sont des montagnes russes. Quand je te disais ça, j’étais sincère : ça venait d’un endroit très meurtri. Mais je me soigne peu à peu et je passe à autre chose. Écrire pour la télé, ça demeure un travail très ardu. Quand ça fonctionne, c’est grisant, mais quand ça achoppe, c’est vraiment lassant. On a l’impression de travailler dans le vide et que nos projets n’existeront jamais. Ce métier-là m’a apporté de grandes joies et de grandes déceptions. Quand on s’était parlé, ça n’allait pas bien du tout.
Sens-tu finalement que tu as ta place en scénarisation?
Simon Boulerice : Je considère que oui, ce que je n’aurais pas dit avant. Mais ça vient surtout avec le nombre de projets, tout comme je ne me disais pas romancier à mon premier roman. Je me sentais auteur, mais pour me sentir écrivain, il a fallu la somme de projets qui commençaient à constituer une œuvre. Ça commençait à avoir du poids. Comme scénariste, à ma première série télé, je voyais ça comme un accident de parcours. Finalement, j’enchaîne les accidents de parcours. Je constate aussi que je regarde la télé d’un autre œil maintenant : quand je découvre une série, je suis capable de m’abandonner, mais je vois les mécanismes efficaces et ce qui ne fonctionne pas. Bref, je pense que je vais demeurer scénariste. J’apprends à aimer ce métier.
INFOS | La nouvelle série de Simon Boulerice, Je te tiens, sera diffusée sur Crave dès novembre prochain, et présenté en primeur lors du festival Cinémania.

