Pendant six mois, Philippe Lacroix a multiplié les démarches pour faire exploser sa visibilité : capsules testant l’hétérosexualité de célébrités comme Véronique Cloutier et Marie-Mai, panneau publicitaire avec son joli minois, vidéo hautement personnelle sur sa bisexualité et chronique quotidienne à l’émission du retour à la maison animée par Gino Chouinard. Tout cela pour élaborer un documentaire, Comment devenir connu, qui arrivera sur la plateforme web de Télé-Québec le 20 novembre prochain et au petit écran dix jours plus tard.
D’où vient l’idée d’explorer comment devenir connu?
D’abord, d’une curiosité sociologique. Je trouve ça fascinant comme phénomène, la célébrité. C’est bizarre d’imaginer aller au resto et que ça devienne un événement simplement parce que Katy Perry vient d’entrer, alors que ça demeure un individu. D’un point de vue personnel, je me demande depuis 10 ans comment devenir connu, parce que la première étape pour accéder à ce que je veux faire comme animateur, chroniqueur et créateur, c’est de me bâtir une notoriété. Comment on s’y prend? Il y a tellement de chemins pour faire ça, mais est-ce vraiment accessible? Qu’est-ce que ça demande en termes de temps et d’argent?
Quelles ont été tes démarches?
Du côté des médias traditionnels, j’avais moins de poigne. Même si je contactais une équipe de radio pour vérifier si elle cherchait quelqu’un, les répercussions allaient arriver beaucoup plus tard. J’ai aussi essayé de me placer dans une téléréalité, notamment quelque chose en lien avec OD, car c’est un tremplin qui fonctionne très bien. Sur les médias sociaux, on avait plusieurs microstratégies. J’ai réalisé à quel point j’étais capable de me donner de la visibilité… et j’ai entendu beaucoup de gens me dire qu’on me voyait vraiment beaucoup durant cette période. Je travaillais sept jours sur sept, du matin jusqu’à minuit. Je me suis épuisé! Mais ça a payé.
As-tu testé la multiplication des photos aguicheuses?
Initialement, on pensait aller beaucoup plus dans cette direction. En décembre dernier, j’étais en voyage avec mon chum et j’ai essayé de faire des photos vraiment intenses, de style boudoir, avec des jeux d’ombres, mais je ne les ai jamais utilisées. Le corps peut attirer, mais je me suis questionné à savoir si c’était la meilleure stratégie pour quelqu’un qui veut travailler dans les médias. J’ai une personnalité et du contenu, pas juste un corps.

Quel chemin as-tu choisi?
J’ai dévoilé ma vie personnelle plus que jamais, comme lorsque j’ai parlé de mon ambivalence à m’identifier comme bisexuel plutôt que gai. C’était très déstabilisant. J’ai détesté faire ça, car ça me sortait de ma zone de confort. En plus, il y avait un concept « get ready with me ». Au début, il était question que je commence en bobettes, mais l’idée très stratégique de commencer avec une « thirst trap » pour aller vers ce sujet, ça me dérangeait. Finalement, j’ai commencé en chest. En bout de ligne, le propos a vraiment pris le dessus. Je suis vraiment content.
À quoi ressemble ta réflexion sur ta bisexualité?
Dans la vidéo, j’ai partagé un point d’interrogation que j’ai toujours derrière la tête depuis 14 ans : si j’avais eu 20 ans en 2076, est-ce que ce serait plus facile pour moi d’explorer la bisexualité? Est-ce que la société serait plus ouverte? Moi, j’ai senti le besoin de trouver une case plus claire, celle dans laquelle j’étais le plus confortable et probablement celle qui était la plus valorisante, c’est-à-dire être avec des hommes. Pendant un temps, je me définissais comme bi et… ce qui me fâche, quand on connaît le stéréotype voulant qu’un gars se décrive comme bi, mais qu’il va bientôt s’assumer gai, c’est qu’on dirait que j’ai entretenu ce préjugé en ayant ce parcours-là.
Cet automne, on entend beaucoup parler d’Alexis, le candidat bisexuel d’OD. Il a été bien reçu par les gars, mais on a aussi entendu une fille dire que si elle l’avait rencontré dans la vie, hors de l’émission, ça n’aurait pas passé. En général, on entend souvent parler de l’inconfort des femmes avec les hommes bisexuels. Comment expliques-tu ce malaise?
Moi, je ne l’ai pas vraiment vécu, car à la seconde où j’ai exploré mon homosexualité, je n’ai plus fréquenté de femmes. Mais en général, on entend souvent que deux femmes qui frenchent, c’est excitant et pornographique, mais que deux gars qui baisent, c’est gai et moins masculin. Comme si les bisexuels perdaient leur virilité parce qu’ils avaient aussi un intérêt pour les hommes. Je trouve ça triste. Cela dit, dans les commentaires sous la vidéo à propos de ma bisexualité, plusieurs filles ont écrit que je leur plairais. Ça m’a donné un peu d’espoir, pas au sujet de mon futur avec des femmes, mais je trouvais ça beau de voir leur ouverture.
Tu es chroniqueur du web à la radio tous les jours au 98,5. Ça me semble être ton plus gros contrat en carrière. Comment perçois-tu cette percée?
Je ne m’étais jamais posé cette question! Je suis décontenancé par ta question… Disons que ce n’était pas sur ma « bingo card » d’aller à la radio. C’est vrai que c’est ma première quotidienne dans un média très grand public et que je rejoins un grand auditoire. On dirait que je vais être plus stressé maintenant que j’en prends conscience. En fait, ça me dit que des gens me font plus confiance que je ne me fais confiance. Ça a toujours été ça dans ma vie.

Alors que tu dégages quelque chose de si confiant!
Oui, on m’a déjà dit ça. Chaque fois, je trouve ça déstabilisant. Je me suis toujours senti petit dans mes shorts…
Finalement, comment se passe ton expérience radio?
Les premières semaines, j’ai trouvé ça déstabilisant de ne pas avoir de repères. J’apprends un nouveau métier. Mon background, c’est une formation en télé, devant et derrière la caméra. Je comprends les rouages d’une émission de télévision. Là, j’arrive en radio et c’est un nouveau médium, même si j’ai animé un été à WKND en 2022. J’étais seul au micro, c’était une radio musicale et je faisais quelques interventions, alors le mandat était complètement différent. Maintenant, je travaille avec un animateur, j’apprivoise comment me glisser dans la conversation, je découvre plusieurs codes et ma préparation est différente. Comme recherchiste télé, je discutais de mes sujets et je les faisais approuver. En radio, je décide de mes sujets, je fais ma recherche et les gens découvrent en ondes de quoi je vais parler.
Quel est ton mandat?
C’est encore en définition. Le 98,5 est une radio d’information. On a quand même le mandat de ne pas être trop « hard news » en parlant des grosses catastrophes et à quel point le monde va mal. Il y a un désir de légèreté. Gino dégage quelque chose de positif et de bienveillant. Ensuite, dans nos sujets, on veut aller vers quelque chose de plus lumineux que sombre. Et pour mon mandat réseaux sociaux, on s’attend à un peu d’insolite. Personnellement, j’ai un réflexe journalistique dans ma façon de présenter l’info, ce qui vient de mon expérience de recherchiste, qui structure le contenu. Même si j’aime aller dans le divertissement et les choses qui sont drôles, j’aime faire découvrir des choses.
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