Après les événements de la série WandaVision, le robot humanoïde tente de reconstruire son identité et de donner un sens à une existence. Sa quête existentielle vire toutefois au cauchemar lorsqu’il découvre qu’en plus de devoir échapper à Paladin, un mercenaire lancé à ses trousses, il doit composer avec un adolescent qui prétend être son fils. Un comble pour un robot !
Dernier volet d’une trilogie amorcée en 2021 avec WandaVision et poursuivie en 2024 avec Agatha All Along (Agatha à chaque fois), VisionQuest suit deux personnages iconiques : Vision (Paul Bettany), convaincu d’avoir perdu son âme, puisqu’il n’est rien de plus qu’une copie du Vision original, et Tommy Shepherd (Ruaridh Mollica), l’un des deux fils que Wanda a créés par magie et qui sont théoriquement décédés à la fin de la série.
Vision refuse de croire qu’il puisse se comparer à l’original, créé à l’aide d’une pierre d’infinité qui lui avait conféré un cœur et une âme : il n’est qu’une copie, que le réceptacle de la mémoire du premier. Bref, à l’instar de l’Homme en fer-blanc du Magicien d’Oz, il ne peut prétendre aux émotions s’il n’a pas reçu de cœur. Ou encore, si on ramène le récit à des enjeux plus contemporains : à l’aire de l’intelligence artificielle, qu’est-ce qui fait un être humain?
Le récit navigue entre le monde réel et l’univers virtuel du cerveau positronique de Vision qui renferme également toutes les anciennes versions des intelligences artificielles ayant con contribué à sa création. Certains, comme J.A.R.V.I.S. (James D’Arcy), F.R.I.D.A.Y. (Orla Brad) ou E.D.I.T.H. (Emily Hampshire), lui prêtent main-forte, tandis qu’Ultron ne cherche qu’à s’évader pour mener à bien son projet d’extermination de la race humaine. Dans l’attente de cette hécatombe, il ronge son frein et se contente d’être outrageusement sarcastique et, à l’instar d’un psychiatre tordu, d’obliger chacune des IA à faire face à la réalité.
Par ailleurs, qui est le mystérieux commanditaire qui a embauché Paladin (Todd Stashwick) ? Comment Tommy peut-il être son fils alors qu’il est retourné dans le néant duquel il avait été créé ? Au-delà de savoir s’il peut faire confiance à cette progéniture impromptue, peut-il même prétendre à un rôle de père alors qu’il n’est doté que des fichiers de mémoire de l’original ? La série multiplie astucieusement les références croisées entre informatique et psychiatrie qui permet une lecture ludique des interactions des différentes IA: J.A.R.V.I.S. est la structure et le contrôle, F.R.I.D.A.Y. l’adaptation sociale et pragmatique, E.D.I.T.H. l’impulsion et le plaisir, tandis qu’Ultron incarne la part destructrice, conflictuelle et refoulée qui le confronte à des souvenirs qu’il souhaite éviter tous prix.
Un ado bisexuel
Dans les bandes dessinées de la série Young Avengers, les enfants de Wanda et Vision sont canoniquement queers, et la série Agatha All Along a clairement établi que Billy est gai. Tommy, pour sa part, est bisexuel et, dans la série télévisée, entretient une relation avec Lisa Molinari (Lauren Morais), une jeune femme qu’il a rencontrée au fil de ses démêlés avec les services sociaux. On peut par ailleurs s’interroger sur ce qui a conduit à la mort momentanée de Thomas Shefford, avant que Tommy ne s‘y incarne, puisque la série nous présente une noyade créée par d’autres ados : son orientation sexuelle pourrait-elle être en cause?
Notons au passage la rapidité avec laquelle Disney et Marvel s’empressent de mettre leurs personnages queers en couple, voire de les marier, comme si le simple fait de les laisser célibataires risquait de compromettre l’intégrité des autres. Le moindre regard entre deux hommes ou deux femmes pourrait alors être empreint d’une drague sulfureuse et que dire s’ils sont confinés dans des espaces réduits. Brrr!
Digne héritière des deux premières séries
VisionQuest est doté des mêmes forces que les deux précédents opus : un scénario solide et une distribution hors pair qui mord dans chaque ligne de dialogue. La tension monte allègrement au fil des épisodes et les promesses sont généralement tenues. À ce sujet, aucun risque n’est plus grand que de créer un suspense autour de l’identité d’un méchant et, en l’espèce, la révélation fonctionne plutôt bien et, sans rien divulgâcher, s’accorde même élégamment avec le thème général des frontières poreuses entre intelligence artificielle et humanité.
À l’instar des deux précédentes séries, dont Agatha All Along qui demeure la championne toutes catégories, le dernier épisode garroche (c’est le terme le plus approprié) plusieurs informations, révélations et caméos qui auraient pu être amenés plus subtilement au fil des épisodes précédents. À titre d’exemple, un personnage fait une apparition soudaine dans le dernier épisode qui semble carrément arrangée avec le gars des vues. Malgré ce bémol, la série se maintient dans le haut du panier des productions Marvel et semble même annoncer une incursion de certains personnages dans le film Avengers: Doomsday (Avengers : Docteur Doom) qui sort en décembre 2026, ou plus probablement, dans Avengers: Secret Wars, en décembre 2027.
Les huit épisodes de la série VisionQuest sont disponibles, en anglais et dans un très bon doublage français, sur Disney+.
Benoit Migneault