L’administration Trump s’apprête à élargir la politique dite de Mexico City — longtemps associée à l’interdiction de financer, à l’étranger, des organisations liées à l’avortement — pour y inclure désormais les groupes soutenant des initiatives de l’équité, la diversité, et l’inclusion (DEI) ainsi que les droits des personnes trans, rebaptisés « idéologie de genre» par la Maison-Blanche sous le terme
Selon Reuters et l’Associated Press, la nouvelle mouture élargie des réglements que l’administration Trump veut implanter devrait s’appliquer à plus de 30 milliards de dollars d’aide étrangère non militaire — un changement majeur de portée, comparativement aux versions antérieures du dispositif.
Une politique née sous Reagan, élargie sous Trump
La « Mexico City policy », instaurée sous Ronald Reagan dans les années 1980, visait à empêcher que des fonds américains appuient des organisations étrangères offrant des services liés à l’avortement ou en faisant la promotion. Le mécanisme a été, au fil des décennies, rétabli par des présidents républicains et abolit par des présidents démocrates, au gré des alternances à la Maison-Blanche.
Dans le cas présent, l’administration Trump entend aller plus loin : une source gouvernementale citée par Reuters indique que le Département d’État doit publier trois règles finales élargissant la politique pour qu’elle couvre non seulement l’avortement, mais aussi la « gender ideology » et ce qu’elle décrit comme une « idéologie ÉDI ».
Annonce arrimée à la Marche pour la vie
Le calendrier est également hautement symbolique. Les annonces doivent coïncider avec la Marche pour la vie à Washington, tenue le vendredi 23 janvier 2026, au moment où les mouvements antiavortement mobilisent chaque année dans la capitale.
C’est le vice-président J.D. Vance qui a publiquement mis de l’avant cette expansion, présentée comme une extension de la politique de Mexico City au-delà des enjeux de santé reproductive vers des débats culturels et identitaires.
Des organismes craignent un chantage idéologique
Pour les organisations de défense des droits LGBTQ+ et des droits humains, l’élargissement marque un virage : l’aide étrangère ne serait plus conditionnée seulement à des restrictions touchant l’avortement, mais aussi à l’adhésion à une ligne idéologique sur l’identité de genre et les politiques d’équité.
Cité par des médias américains, Keifer Buckingham, du Council for Global Equality, dénonce une mesure « incroyablement cruelle » — un moyen, dit-il, de forcer des gouvernements, ONG et organisations internationales à « signer » un agenda politique pour conserver l’accès à des fonds qui soutiennent parfois des services vitaux.
Une offensive plus large contre les politiques trans et DEI
L’initiative s’inscrit dans un contexte plus vaste où l’administration Trump multiplie les actions contre des programmes liés à la diversité et à l’inclusion des personnes trans. Reuters note que le gouvernement a notamment fermé des programmes fédéraux associés à l’acceptation des personnes trans ou aux soins d’affirmation de genre, et mis fin à des volets liés à la ÉDI dans plusieurs structures gouvernementales.
Sur le plan international, la portée est d’autant plus importante qu’elle toucherait des organisations américaines opérant à l’étranger, des programmes internationaux et potentiellement des partenaires multilatéraux, selon l’AP.
Le tout survient après la sortie officielle des États-Unis de l’OMS
Autre élément de contexte : cette série d’annonces intervient au moment où Washington confirme sa rupture avec l’Organisation mondiale de la santé. Le Département américain de la Santé (HHS) indique que les États-Unis ont formellement quitté l’OMS le 22 janvier 2026, à l’issue de la période de préavis d’un an déclenchée par décret présidentiel.
Souvenirs récents : le gel de l’aide étrangère et les secousses sur la santé mondiale
Les inquiétudes ne se limitent pas aux enjeux de droits. En janvier 2025, le secrétaire d’État Marco Rubio avait ordonné un gel de nouvelles obligations de financement pour une grande partie des programmes d’aide étrangère, le temps d’une révision.
Quelques jours plus tard, Rubio a approuvé une dérogation visant l’aide humanitaire « vitale », selon un communiqué officiel du Département d’État. Des médias ont aussi rapporté que la période de gel avait provoqué des perturbations importantes dans plusieurs réseaux d’aide et de santé publique.
Un signal envoyé au monde
Pour les critiques, l’élargissement de la Mexico City policy à la « gender ideology » et à l’ÉDI transforme un instrument déjà controversé en outil de conditionnalité politique à grande échelle.
Reste que, sur le terrain, la question qui inquiète les organisations humanitaires est pragmatique : quelles structures perdront des financements, quels programmes seront interrompus — et à quelle vitesse. Les règles finales annoncées par le Département d’État devraient préciser la mécanique, mais l’orientation générale est désormais claire : l’administration Trump veut arrimer une part substantielle de l’aide étrangère américaine à une définition restrictive des droits reproductifs, de l’identité de genre et des politiques d’équité.

