Pendant la campagne, Donald Trump a soutenu et répété plusieurs fois qu’il n’avait « rien à voir » avec Project 2025. Il a même affirmé ne pas l’avoir lu et ne pas vouloir le lire. Or, depuis son retour au pouvoir, une série de mesures s’alignent sur les objectifs détaillés dans ce plan ultraconservateur.
Project 2025, c’est un document massif (environ 900 pages) conçu par la Heritage Foundation et ses alliés : une feuille de route pour une administration conservatrice, qui propose de remodeler l’État fédéral, de réduire ou redéfinir des droits (y compris LGBTQ+), de réorienter la santé publique et l’éducation, et de remplacer une partie de la fonction publique par du personnel politiquement loyal.
Même si ces mesures s’appliquent aux États-Unis, elles ont un effet d’entraînement sur les débats d’ici (école, sport, soins, “idéologie du genre”, DEI). Elles touchent aussi directement les personnes queer qui voyagent, étudient, travaillent ou ont de la famille aux États-Unis. Et c’est aussi un document qui inspire la première ministre de l’Alberta…
1) Déclarer (à tort) qu’il n’existe que deux sexes fixes
Ce que Project 2025 dit (p. 334)
Le plan recommande qu’une nouvelle administration lance, dès le jour 1, un processus réglementaire pour rétablir une lecture de Title IX (et d’autres cadres) où le mot « sexe » serait compris comme un fait biologique fixe.
Ce que Trump a fait
Trump a signé en janvier un décret intitulé (en substance) « Défendre les femmes contre l’extrémisme de l’idéologie du genre et rétablir la vérité biologique », qui définit le sexe comme strictement masculin ou féminin, ancré dans des caractéristiques à la naissance. Le décret nie explicitement l’existence des personnes trans et non binaires dans la manière dont l’État doit reconnaître les gens : « les sexes ne sont pas modifiables », etc.
Pourquoi c’est majeur
Quand l’État impose une définition “binaire” du sexe, ça peut avoir un impact en cascade sur : documents officiels, formulaires, écoles, sport, prisons, accès aux soins, politiques de lutte à la discrimination, etc.
Sexe, genre, intersexuation
- Sexe : catégories utilisées pour classer les corps (souvent “M/F”), mais la réalité biologique est plus complexe (variations intersexes, hormones, chromosomes, etc.).
- Genre : identité vécue (femme, homme, non binaire, etc.) + rôles sociaux.
- Intersexe : terme parapluie pour des variations corporelles (chromosomiques, hormonales, anatomiques) qui ne cadrent pas toujours avec “M/F” standard.
2) Mettre fin à la collecte de données sur l’identité de genre (CDC) — et effacer du contenu VIH
Ce que Project 2025 dit (p. 456)
Le document demande que le CDC cesse de collecter des données sur l’identité de genre, en prétendant que ça “légitime” une notion jugée “non scientifique”.
Ce que Trump a fait
Après le décret réduisant le sexe à “deux catégories”, le CDC a annoncé qu’il se conformerait en ne traitant plus les données sur l’identité trans. Dans le “nettoyage” de ses sites, du contenu sur le VIH a aussi été retiré.
Un juge fédéral a ordonné le rétablissement des pages; elles auraient été restaurées, mais avec un avertissement controversé assimilant les soins d’affirmation de genre à de la “mutilation chimique et chirurgicale”.
Pourquoi c’est important (et pas juste symbolique)
- Sans données, on rend invisibles des réalités de santé (VIH, santé mentale, violence, itinérance).
- Les organismes communautaires perdent des repères pour documenter les besoins et défendre des services.
- Le discours officiel “dé-légitime” les personnes trans, ce qui encourage la stigmatisation.
Soins d’affirmation de genre
Il est important de rappeler que TOUTES les grandes associations médicales (AMA, AAP, APA, etc.) considèrent ces soins comme fondés sur des données probantes et médicalement nécessaires dans plusieurs situations, y compris pour des mineur·e·s, selon des protocoles encadrés.
3) Retirer l’orientation sexuelle et l’identité de genre des protections de Title IX
Ce que Project 2025 dit (p. 334)
Le plan demande d’abandonner toute interprétation de Title IX qui inclut orientation sexuelle et identité de genre.
Ce que Trump a fait
Sous Biden, certaines interprétations de Title IX (loi contre la discrimination sexuelle dans les programmes d’éducation financés fédéralement) incluaient l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Après qu’une version ait été invalidée par un juge, l’administration Trump est revenue à des règles antérieures (2020) qui excluent explicitement les identités LGBTQ+ de cette lecture.
Peu après, Trump a signé un décret surnommé « No Men in Women’s Sports », bannissant les élèves trans des sports scolaires correspondant à leur identité de genre (en pratique : on impose le sexe assigné à la naissance).
Title IX en une phrase?
Title IX interdit la discrimination “fondée sur le sexe” dans les écoles/universités recevant des fonds fédéraux. Le nœud politique : est-ce que “sexe” inclut orientation sexuelle et identité de genre? Les administrations se succèdent et redéfinissent.
4) Annuler des protections en matière d’agression sexuelle à l’école (et renforcer le “due process” des accusés)
Ce que Project 2025 dit (p. 333)
Le document vante la réglementation Title IX de 2020, en disant qu’elle protège mieux les droits des personnes accusées (procédure, audiences, etc.), et critique les changements proposés sous Biden. Il recommande un retour rapide aux protections procédurales des accusés.
Ce que Trump a fait
En revenant à l’approche Title IX de 2020, l’administration Trump a réintroduit davantage d’exigences procédurales (ex. audiences en direct) et un cadre jugé plus favorable aux personnes accusées.
National Women’s Law Center soutient que ce virage affaiblit la protection des étudiant·e·s les plus vulnérables — incluant les survivant·e·s, les étudiant·e·s enceint·e·s, et les étudiant·e·s LGBTQI+ — et peut rendre plus difficile la prise en charge des plaintes, voire entraîner des représailles contre des survivant·e·s.
5) Démanteler les bureaux et programmes DEI (diversité, équité, inclusion)
Ce que Project 2025 dit (p. 258)
Le plan demande de se débarrasser des employé·e·s et des entités qui “agitent idéologiquement” en faveur de la DEI et de disqualifier (debar) certains bénéficiaires.
Ce que Trump a fait
Trump a diffusé des directives larges pour démanteler les initiatives DEI à travers l’État fédéral : fermeture de bureaux, résiliation de contrats, mise en congé administratif de personnel lié à ces initiatives. Le tout s’appuie sur des décrets visant à mettre fin à des programmes DEI jugés “radicaux” et “gaspilleurs”.
Pourquoi ça touche les communautés queer?
Parce que dans plusieurs institutions, les mécanismes DEI servent (même imparfaitement) à : documenter les discriminations, former le personnel, financer des initiatives, encadrer des politiques antiharcèlement, etc. Quand tu coupes l’infrastructure, tu fragilises les garde-fous.
6) Effacer des mots “woke” du gouvernement fédéral (SOGI, DEI, etc.)
Ce que Project 2025 dit (p. 4–5)
Le plan recommande de supprimer des textes fédéraux des termes comme : orientation sexuelle et identité de genre (SOGI), diversité/équité/inclusion (DEI), genre, égalité de genre, avortement, santé reproductive, etc.
Ce que Trump a fait
Des décrets ont entraîné la publication d’une liste de mots à bannir/éviter dans des contextes gouvernementaux. La liste inclut (entre autres) : “gender”, “gender identity”, “gender ideology”, “gender-affirming care”, “LGBT”, “LGBTQ”, “nonbinary”, “pronouns”, “they/them”, “trans”, “transgender”, etc., mais aussi des termes liés à la race, l’immigration et la santé.
Pourquoi c’est stratégique?
Contrôler le vocabulaire, c’est contrôler ce qui devient pensable, finançable, mesurable. Quand des organismes ou des agences ne peuvent plus nommer une réalité, elles ont aussi plus de difficulté à la documenter et à y répondre.
7) Autoriser davantage de discrimination en santé sur la base de l’identité de genre
Ce que Project 2025 dit (p. 475)
Le plan veut renverser toute redéfinition de “sexe” qui inclut identité de genre et orientation sexuelle dans les programmes HHS/CMS.
Ce que Trump a fait
Trump a révisé l’application de la section 1557 (HHS) afin d’exclure orientation sexuelle et identité de genre des protections contre la discrimination, en annulant un décret de Biden (janvier 2021) sur la prévention de la discrimination fondée sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle. Il faut aussi souligner la tension avec Bostock v. Clayton County (Cour suprême, 2020), qui a établi que les protections contre la discrimination sexuelle en emploi (Title VII) englobent l’identité de genre.
Pourquoi Bostock revient tout le temps ?
Bostock sert d’argument juridique central : si “sexe” inclut identité de genre en emploi, est-ce que ça devrait aussi influencer d’autres secteurs? Les administrations et tribunaux se battent sur ces extensions.
8) Abolir le Gender Policy Council
Ce que Project 2025 dit (p. 62)
Le plan demande d’annuler l’ordre exécutif ayant créé le Gender Policy Council et les politiques connexes.
Ce que Trump a fait
Le Gender Policy Council, créé par Biden en 2021, visait notamment à protéger et élargir l’accès aux soins (incluant santé sexuelle et reproductive) et à s’attaquer à la discrimination, la violence et des inégalités. Trump l’a démantelé via ses décrets de janvier.
9) Annuler des protections en emploi (Equal Opportunity Employment / EO 11246)
Ce que Project 2025 dit (p. 584)
Le plan recommande de rescinder l’Executive Order 11246 (Lyndon B. Johnson) et, par ricochet, d’éliminer l’OFCCP, tout en gardant une forme de non-discrimination statutaire.
Ce que Trump a fait
Trump a démantelé des protections de droits civiques associées à EO 11246, en présentant le tout comme une approche “colorblind”. La nouvelle orientation éliminerait des exigences d’action positive pour les contractants fédéraux et interdirait de considérer des facteurs DEI dans l’embauche, au nom de systèmes “au mérite”.

10) Couper/désosser USAID en invoquant “santé sexuelle et reproductive” et “égalité de genre”
Ce que Project 2025 dit (p. 254)
Le plan demande de réduire l’empreinte de USAID, de “déradicaliser” ses programmes et de revenir à un niveau budgétaire pré-pandémique.
Ce que Trump a fait
L’administration Trump, avec l’appui d’Elon Musk et d’un “Department of Government Efficiency”, aurait démantelé USAID pour éviter du financement lié à la santé sexuelle et reproductive et à l’égalité de genre.
Cela a interrompu des paiements à des prestataires liés à PEPFAR (programme VIH lancé sous George W. Bush). Et malgré des déclarations postérieures disant exempter PEPFAR d’un gel, dans la réalité les organismes touchées n’ont encore pas reçue les préalablement sommes prévues.
Pourquoi les communautés queer sont impactées par cette attaque sur PEPFAR?
PEPFAR est l’un des plus gros programmes VIH au monde. Toute turbulence peut affecter l’accès aux traitements et à la prévention dans plusieurs pays, avec des effets directs sur des communautés LGBTQ+ — particulièrement là où l’homophobie/transphobie compliquent déjà l’accès aux soins.
11) Prioriser le financement d’organisations confessionnelles
Ce que Project 2025 dit (p. 265)
Le plan recommande d’accroître la collaboration USAID avec des organisations confessionnelles (FBO), jugées efficaces pour rejoindre des populations vulnérables.
Ce que Trump a fait
Certaines organisations chrétiennes (Samaritan’s Purse, Catholic Relief Services, World Vision, Mercy Corps, etc.) ant été exemptées d’un gel de financement fédéral lié au démantèlement de USAID.
Un juge aurait ordonné la restauration du financement, mais l’administration aurait porté la décision en appel, et la Cour suprême aurait temporairement suspendu l’ordre.
12) Interdire les drapeaux Pride et BLM sur des bâtiments gouvernementaux (ex. ambassades)
Ce que Project 2025 dit (p. 89)
Le plan dit que des symboles “divisifs” comme le drapeau arc-en-ciel et le drapeau BLM n’ont pas leur place aux côtés du drapeau américain aux ambassades.
Ce que Trump a fait
Le Département d’État a ordonné qu’uniquement le drapeau américain soit hissé aux ambassades/consulats, interdisant explicitement les drapeaux Pride et BLM (exceptions : drapeaux POW/MIA).
Sous Biden, ces drapeaux avaient été utilisés, puis qu’en 2024, un compromis budgétaire avait déjà limité l’affichage Pride aux ambassades.
13) Reclasser et congédier des fonctionnaires (Schedule F) pour les remplacer par des loyalistes
Ce que Project 2025 dit (p. 80–81)
Le plan recommande de réinstaurer Schedule F (outil pour rendre “congédiables” des postes de carrière) et de prioriser la reconfiguration de l’État.
Ce que Trump a fait
Trump a reclassé des milliers de fonctionnaires sous Schedule F, facilitant les congédiements et remplacements. Il cite aussi un chiffre massif de mises à pied en quelques mois (selon un reportage CNN cité dans l’article original) et donne un exemple : une personne congédiée pendant sa période probatoire, avec des impacts concrets sur l’accès à des médicaments (PrEP, anxiolytiques).
Pourquoi ça concerne aussi les droits LGBTQ+?
Si on fait un «nettoyage» de la fonction publique, on change aussi la façon d’appliquer les règles antidiscrimination, les priorités des agences de santé, les politiques d’éducation, les enquêtes sur le harcèlement, etc.
14) Se retirer de l’OMS et du Conseil des droits de l’homme de l’ONU; quitter des espaces LGBT internationaux
Ce que Project 2025 dit (p. 191)
Le plan dit que les États-Unis doivent être prêts à se retirer d’institutions internationales perçues comme agissant contre leurs intérêts (ex. OMS).
Ce que Trump a fait
Trump s’est retiré de l’OMS dès le jour 1, ainsi que du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il mentionne aussi la sortie des États-Unis du groupe onusien de soutien aux droits LGBTQ+ et intersexes (UN LGBT Core Group).
15) Faciliter des expulsions sans “due process” (procédure régulière)
Ce que Project 2025 dit (p. 142)
Le plan propose d’identifier ERO/ICE comme responsable central de l’application des règlements migratoires, incluant arrestations/détentions/renvois, parfois sans mandat, selon les exigences civiles.
Ce que Trump a fait
Trump a introduit des mesures : plus de mandats civils pour des descentes, participation accrue de policiers locaux, critères plus stricts pour la “crainte crédible” en asile, suspension de visas pour certains pays, et standard national de détention permettant des installations temporaires (ex. tentes).
Des personnes ont été déportées sans procédure complète, incluant un père marié à une citoyenne américaine et un demandeur d’asile gai vénézuélien. Le texte soutient que ce dernier serait détenu au CECOT (El Salvador), décrit comme une méga-prison brutale; l’avocate citée qualifie la situation de choquante et dégradante.
Encadré – Lien queer
Les personnes LGBTQ+ migrantes (ou demandeuses d’asile) sont souvent exposées à plus de violence, de chantage et d’abus en détention. Quand l’accès aux procédures d’asile est restreint, elles deviennent particulièrement vulnérables.
16) Bannir les personnes trans de l’armée
Ce que Project 2025 dit (p. 103)
Le plan recommande d’éliminer des “exceptions” pour des personnes ayant des besoins médicaux (ex. VIH, dysphorie de genre) et d’expulser de l’armée les personnes ayant une dysphorie de genre.
Ce que Trump a fait
Trump a signé un décret en février pour “éliminer le radicalisme de genre dans l’armée”, ouvrant la porte à un bannissement des personnes trans. Un juge fédéral aurait bloqué l’application (injonction), décision maintenue en appel; l’administration aurait ensuite demandé à la Cour suprême de rétablir l’interdiction (en rappelant un précédent de 2019).
La situation d’un lieutenant trans associé à une poursuite (Talbott v. Trump) reste encore a être déterminé.
17) Interdire/limiter les soins d’affirmation de genre pour des militaires/vétérans trans
Ce que Project 2025 dit (p. 104)
Le plan demande de renverser les politiques permettant aux personnes trans de servir et de mettre fin à l’utilisation de fonds publics pour des chirurgies trans (et faciliter l’avortement pour les membres du service).
Ce que Trump a fait
Le Department of Veterans Affairs a annoncé en mars l’élimination progressive de certains soins d’affirmation de genre pour des vétérans trans : accès aux hormones limité (sauf si déjà en cours au moment de la sortie de service) et arrêt d’autres soins (orthophonie, prothèses comme binder, perruques, etc.).
Le Department of Defense aurait repris une partie des soins après une décision judiciaire comme plusieurs tribunaux ont bloqué (pour le moment) des restrictions.
18) Écoles : enlever “l’idéologie du genre” des programmes et interdire le respect des pronoms/noms choisis
Ce que Project 2025 dit (p. 5)
Le plan veut exciser “théorie critique de la race” et “idéologie du genre” des curriculums, affirmant que ces idées “empoisonnent” les enfants.
Ce que Trump a fait
Trump a signé un décret en janvier visant les écoles recevant du financement fédéral : interdiction d’utiliser un prénom/pronoms choisis, interdiction d’accès aux toilettes/vestiaires correspondant au genre, interdiction de jouer dans des équipes sportives alignées sur l’identité de genre. Le décret interdirait aussi de soutenir la “transition sociale” à l’école (coming out, vêtements, prénom, pronoms, etc.).
Transition sociale
C’est l’ensemble des gestes non médicaux qui permettent à une personne trans/non binaire d’être reconnue : prénom, pronoms, expression de genre, etc. Dans la vie réelle, c’est souvent ce qui réduit la dysphorie et l’anxiété au quotidien — et c’est aussi ce que plusieurs offensives politiques cherchent à interdire.
19) Prioriser le mariage hétéro et la “famille nucléaire”
Ce que Project 2025 dit (p. 451)
Le plan affirme que la famille composée d’une mère, d’un père et de leurs enfants est la base d’une nation “bien ordonnée”, et critique des politiques associées à “l’équité LGBTQ+”.
Ce que Trump a fait
Un mémo du Department of Transportation (février) a exigé de “donner préférence” à des communautés ayant des taux de mariage et de natalité plus élevés que la moyenne nationale, et de prioriser des projets pour des “familles avec jeunes enfants”.
Pourquoi c’est un signal politique
Ce genre d’orientation ne dit pas toujours “anti-queer” noir sur blanc, mais il crée des incitatifs structurels qui valorisent une norme familiale hétérosexuelle au détriment des autres réalités (familles queer, parents solo, familles choisies, etc.).
20) Retirer des politiques anti-discrimination en adoption et en familles d’accueil
Ce que Project 2025 dit (p. 477–478)
Le plan veut abroger une réglementation de 2016 imposant des conditions de non-discrimination SOGI sur des subventions à des agences, afin de permettre à des agences confessionnelles de refuser de placer des enfants dans des foyers qui heurtent leurs croyances.
Ce que Trump a fait
Trump a établi un White House Faith Office, notamment pour promouvoir des programmes d’adoption et de placement en partenariat avec des entités confessionnelles, et pour identifier des “préoccupations” liées à la liberté religieuse.
Ce que ça veut dire sur le terrain
Ça peut se traduire par : des couples de même sexe, des personnes trans, ou des familles queer refusées par certaines agences — parfois même quand elles sont qualifiées.
21) Créer des accommodements élargis pour l’expression religieuse des employé·e·s fédéraux
Ce que Project 2025 dit (p. 586)
Le plan veut clarifier des exemptions religieuses, y compris sur des enjeux liés au mariage, au genre et à la sexualité. Il insiste sur l’obligation d’accommodements, sauf “contrainte excessive” pour l’employeur.
Ce que Trump a fait
Le texte dit que de nouvelles directives de l’OPM demandent aux agences de permettre l’expression religieuse “au maximum”, et autorisent même des discussions visant à convaincre quelqu’un que sa foi est “la bonne”, tant que ce n’est pas harcelant.
Pourquoi c’est sensible
Dans un milieu de travail, “témoigner” ou “convaincre” peut rapidement devenir une pression, surtout quand ça vise des personnes LGBTQ+ (conversion implicite, jugement moral, microagressions).
22) Résilier plus de 80 contrats fédéraux DEI et couper dans des budgets connexes
Ce que Project 2025 dit (p. 48)
Le plan veut utiliser les contrats fédéraux pour “repousser” des politiques dites woke dans le secteur privé.
Ce que Trump a fait
HHS a résilié au moins 80 contrats liés à la DEI (baisse de dépenses de 35 %), et éliminé d’autres contrats de marketing, médias, consultance.
23) Interdire que des fonds fédéraux servent à l’avortement (Hyde Amendment) et annuler des protections Biden
Ce que Project 2025 dit (p. 471)
Le plan veut réaffirmer le Hyde Amendment (interdiction de financer des avortements “électifs” avec des fonds fédéraux) et retirer des lignes directrices Medicaid ou dérogations.
Ce que Trump a fait
Trump a renversé des décrets de Biden qui limitaient l’application du Hyde Amendment, en disant que les contribuables ne devraient pas payer pour des avortements “électifs”.
Hyde Amendment?
C’est une restriction historique aux États-Unis : même là où l’avortement est légal, l’accès devient inégal quand la couverture publique ne peut pas payer. Ça touche de façon disproportionnée les personnes à faible revenu, et le texte souligne aussi des impacts sur des communautés racisées et LGBTQ+.
24) Interdire le financement des déplacements pour aller avorter
Ce que Project 2025 dit (p. 471)
Le plan veut interdire le financement des déplacements liés à l’avortement, invoquant la “liberté de conscience” de ceux qui s’y opposent.
Ce que Trump a fait
Le Pentagone a rescindé une politique Biden qui remboursait les déplacements des militaires / dépendants vers des États où l’avortement est légal. Des militants ont appelé à abroger Hyde via l’EACH Act, et Planned Parenthood à dénoncer l’impact discriminatoire de Hyde.
25) Permettre à des employeurs de refuser de couvrir l’avortement
Ce que Project 2025 dit (p. 585)
Le plan veut une loi confirmant qu’aucun employeur n’est obligé d’offrir des bénéfices liés à l’avortement.
Ce que Trump a fait
Une décision d’un juge nommé par Trump en Louisiane : l’avortement ne serait pas couvert par la Pregnant Workers Fairness Act, donc les employeurs ne seraient pas obligés de l’accommoder comme condition liée à la grossesse.
26) Retirer une directive (EMTALA) qui obligeait des soins d’urgence pouvant inclure un avortement pour sauver une vie
Ce que Project 2025 dit (p. 473–474)
Le plan critique une directive de 2022 disant que les hôpitaux couverts par EMTALA doivent pratiquer un avortement si nécessaire pour stabiliser la patiente, même si le droit de l’État l’interdit. Il veut rescinder cette interprétation.
Ce que Trump a fait
Trump a rescindé la directive Biden. Il dit aussi que cinq femmes enceintes seraient mortes après avoir été incapables d’accéder à un avortement légal.
EMTALA?
EMTALA est une loi fédérale qui exige des soins d’urgence adéquats dans des hôpitaux participant à Medicare. Le conflit : que faire quand un soin nécessaire pour sauver une personne enceinte est illégal dans un État?
27) Retirer des protections HIPAA autour des avortements (vie privée)
Ce que Project 2025 dit (p. 497)
Le plan demande de retirer une directive HIPAA post-Dobbs de 2022, jugée “politique”.
Ce que Trump a fait
Un juge nommé par Trump a invalidé la règle, la jugeant “contraire à la loi” parce qu’elle limiterait des lois de santé publique d’État.
28) Réallouer des fonds de contraception vers des programmes de fertilité “naturelle” (FABM)
Ce que Project 2025 dit (p. 455)
Le plan veut que le CDC promeuve davantage des méthodes de planification familiale basées sur la connaissance de la fertilité (FABM), et finance des études.
Ce que Trump a fait
L’administration Trump a pris des fonds servant à fournir de la contraception à des femmes à faible revenu pour créer une subvention de 1,5 M$ à un centre de formation sur l’infertilité (enseignant comment éviter une grossesse sans contraception).
29) Reculer sur l’allègement des dettes étudiantes et les plans de remboursement (IDR)
Ce que Project 2025 dit (p. 337–338)
Le plan critique la multiplication des plans IDR (income-driven repayment) et veut les éliminer progressivement au profit d’un nouveau plan.
Ce que Trump a fait
Le «Big Beautiful Bil» de Trump coupe près de 300 G$ au système d’éducation supérieure, limite des prêts et change des plans de remboursement. Il cite aussi des données (Williams Institute/Point Foundation) sur l’ampleur de l’endettement étudiant chez les adultes LGBTQ+ (18–40 ans), avec un impact particulièrement élevé chez les personnes trans.
30) Sabre dans SNAP (aide alimentaire) et réimposer des exigences de travail
Ce que Project 2025 dit (p. 299)
Le plan veut “réformer” SNAP, notamment en réimplantant des exigences de travail et en limitant les dérogations.
Ce que Trump a fait
Le budget de Trump a coupé des prestations SNAP. Il indique qu’environ 15 % des adultes LGBTQ+ (près de 2,1 millions de personnes, dont 250 000 personnes trans et 1,3 million de lesbiennes et bisexuelles) dépendent de SNAP.
Conclusion
Ce qui ressort, c’est une volonté claire et constante de réduire l’existence administrative des personnes trans et non binaires, rétrécir les protections en éducation en lien avec les personnes LGNTQ, affaiblir les mécanismes de lutte à la discrimination, démanteler des infrastructures DEI, et resserrer la santé sexuelle et reproductive — tout en remodelant l’État pour accélérer ce programme (fonction publique, agences, financement, vocabulaire officiel).
Pourquoi on en parle dans Fugues?
Parce que l’enjeu n’est pas seulement «les États-Unis, là-bas». C’est aussi l’effet domino sur les débats d’ici (école, sport, «idéologie du genre«); les impacts sur la santé publique (VIH, données, programmes internationaux, recherche sur les enjeux et réalités LGBTQueer); la sécurité et les droits des personnes queer migrantes et la normalisation d’un vocabulaire politique qui cherche à rendre certaines identités… invisibles pour justifier ensuite l’absence de droits les protégeant.

