Le skieur olympique Gus Kenworthy n’a pas seulement regardé la série Heated Rivalry pour se divertir. En la découvrant, l’athlète médaillé d’argent a eu l’impression troublante de se voir à l’écran — au point d’écrire directement au créateur de la série pour lui dire à quel point l’histoire l’avait bouleversé.
Dans une récente entrevue accordée au New Yorker, Kenworthy raconte avoir été profondément touché par la série canadienne diffusée sur Crave (et sur HBO Max aux États-Unis), inspirée des romans de Rachel Reid. « Au début, je ne comprenais pas tout l’engouement, dit-il. C’était divertissant, mais je trouvais ça un peu “cochon”. Je me disais honnêtement : “Tous ces gais en manque! Vous êtes juste horny, c’est tout. Vous pourriez aussi regarder du porno!” »
Son impression a toutefois changé radicalement après le troisième épisode, centré sur Scott Hunter (François Arnaud), une vedette du hockey professionnel qui vit une relation secrète avec Kip, un barista incarné par Robbie G.K.
« Cet épisode m’a énormément touché, explique Kenworthy. J’ai écrit au créateur de la série parce que j’étais vraiment ému, et je ne m’y attendais pas. Je ne crois pas m’être déjà vu reflété à l’écran de façon aussi forte. Les parallèles sont carrément fous. »
Une double vie, entre visibilité publique et amour clandestin
Dans cet épisode clé, Scott Hunter jongle entre sa carrière ultra médiatisée de joueur de hockey et une relation queer vécue dans la clandestinité. Une situation qui fait directement écho à l’expérience personnelle de Kenworthy.
« Moi aussi, j’avais une relation secrète, avec des rencontres clandestines et des hookups », confie-t-il. « Et Miley Cyrus, c’était un peu ma propre Rose — cette personne célèbre à laquelle on m’a soudainement associé. D’une certaine façon, je le voulais, parce que c’est la personne avec qui on devrait vouloir être quand on est hétéro : quelqu’un de beau, de talentueux, de reconnu. Mais ce n’est pas la même chose que d’être avec un gars. »
Miley Cyrus et le piège de l’hétéronormativité
Gus Kenworthy a fait son coming out publiquement en 2015, dans une entrevue avec ESPN, après avoir été ouvert auprès de ses proches pendant près de deux ans. Avant cela, il avait été largement associé à Miley Cyrus en raison de leur amitié publique en 2014.
Lors des Jeux olympiques de Sotchi, en février 2014, Kenworthy avait été interrogé sur la personne qu’il choisirait comme valentin. Pris de court, il avait répondu « Miley Cyrus », déclenchant une vague de spéculations médiatiques sur une possible romance avec la chanteuse, aujourd’hui lauréate de plusieurs Grammy Awards.
« Je me souviens m’être senti vraiment tourmenté, raconte-t-il. Je me demandais : est-ce que je fais une blague et je dis Jake Gyllenhaal? J’ai paniqué et j’ai dit Miley Cyrus. Et là, tout le monde a relayé ça. Miley m’a répondu, m’a suivi sur Twitter… C’était surréaliste à bien des niveaux, mais j’étais aussi en train de m’enfoncer dans un mensonge de plus en plus profond. »
Cette visibilité a mené à des échanges de textos qualifiés de « flirty » et à une introspection douloureuse. « Je me souviens avoir pensé : “Qu’est-ce que je suis en train de faire? Je ne veux plus me réveiller chaque jour en mentant.” »
Une série qui touche encore les athlètes dans l’ombre
Clairement, l’impact de Heated Rivalry dépasse largement l’écran. Hudson Williams, l’un des acteurs de la série, a récemment révélé que plusieurs athlètes professionnels toujours dans le placard — issus notamment du football, du baseball et du hockey — l’ont contacté ainsi que l’autrice Rachel Reid pour leur dire qu’ils ne se sentent toujours pas capables de vivre ouvertement leur orientation sexuelle.
« Ils écrivent à Rachel, qui nous transmet ensuite ces messages magnifiques », a expliqué Williams à l’émission Andy Cohen Live. « Parfois, ils m’écrivent directement sur Instagram. Et là, tu réalises que oui, c’est une série fun et célébratoire, mais qu’elle touche aussi des cordes extrêmement sensibles. »
Une apparition à l’écran?
Depuis quelques années, Gus Kenworthy s’est aussi tourné vers le jeu, apparaissant notamment dans 80 for Brady et dans le remake de Don’t Tell Mom the Babysitter’s Dead (2024). Et l’idée de joindre la distribution de Heated Rivalry ne lui déplaîrait pas.
« J’ai joué au hockey pendant tout mon secondaire, rappelle-t-il en riant. Je sais patiner et manier un bâton. » Une déclaration à mi-chemin entre clin d’œil et invitation — qui confirme surtout à quel point cette histoire, pour Kenworthy comme pour tant d’autres, dépasse la fiction.

