Jeudi, 23 juillet 2026
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    De la honte à la dignité, de Fabrice Nguena

    Un titre qui dit tout; De la honte à la dignité. Après avoir dirigé Afroqueer. 25 voix engagées, qui regroupe des textes de différentes personnes 2ELGBTQIA+ afrodescendantes, Fabrice Nguena s’est attelé à raconter sa propre trajectoire. En se fondant sur son histoire personnelle, il aborde toutes les questions qui se posent lorsqu’on se retrouve dans la marge : gai, noir et exilé. Comment se tenir debout? Comment avancer? Comment transformer la marginalité en force, la honte en dignité? Pour soi, mais surtout pour les autres.

    Un désir d’écrire ce livre qui remonte à longtemps?
    Fabrice Nguena : Comme je l’écris dans le livre, il y a vingt ou trente ans, des amis et moi plaisantions en disant que nous devions raconter nos histoires, parce que nous savions que nous étions en marge de la société. J’avais déjà cette conscience qu’il fallait témoigner de nos vies.

    C’est ce que tu as déjà fait avec Afroqueer. 25 voix engagées, mais sans te mettre en avant?
    Fabrice Nguena : Oui, mais j’avais aussi ce désir. Après la publication d’Afroqueer, plusieurs personnes m’ont demandé quand je raconterais ma propre histoire. Car si nous ne racontons pas nos histoires, qui le fera? Écrire sur son propre parcours, c’est s’exposer et réfléchir aux conséquences,
    notamment pour ses proches. Mais ma passion militante a fini par transcender ma peur de ce qui pourrait m’arriver. Et transcender la peur, je connais cela depuis longtemps.

    Cependant, je suis extrêmement privilégié. En tant qu’Africain, je suis aussi citoyen canadien. Si je me trouve dans un pays où ma sécurité est menacée, par exemple dans un pays africain, je peux, à tout moment, rentrer au Canada. C’est un immense privilège, mais, pour moi, tout privilège s’accompagne aussi de responsabilités. Mon devoir est de faire ce que je peux pour les autres. Faire sa part, accomplir un devoir de transmission. Comme le disait l’écrivaine afro-américaine Toni Morrison : « Si vous êtes libre, votre mission est de libérer quelqu’un d’autre. » Si, très humblement, mon livre peut encourager quelqu’un à briser ses chaînes, alors il n’aura pas été écrit pour rien.

    Tu passes beaucoup de temps aujourd’hui en Côte d’Ivoire et au Bénin?
    Fabrice Nguena : Oui. Depuis que j’ai pris ma retraite, d’une certaine façon. Les deux pays que tu cites sont des pays d’Afrique de l’Ouest qui ne connaissent pas cette homophobie d’État que l’on observe au Burkina Faso, au Sénégal ou au Niger. La Côte d’Ivoire et le Bénin sont même devenus des pays refuges pour des personnes queer qui tentent de fuir la répression. Pour le moment, la situation demeure relativement stable au Bénin et en Côte d’Ivoire, ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait ni homophobie ni transphobie, notamment sur les réseaux sociaux. Si certains pays criminalisent aujourd’hui les personnes queer, il ne faut pas oublier que, pendant des centaines d’années, les traditions animistes, le culte des ancêtres et plusieurs cultures africaines reconnaissaient une certaine fluidité de genre. L’homophobie et la transphobie sont en grande partie des héritages de la colonisation et de l’importation des religions des puissances coloniales, qui ont aussi contribué à invisibiliser une partie de l’histoire de l’Afrique.

    Le livre s’adresse aussi bien aux personnes afrodescendantes queer qu’à la population cis blanche et aux communautés 2ELGBTQIA+ d’ici.
    Fabrice Nguena : Oui. C’est pour cela que j’ouvre le livre avec mon arrivée au Québec en provenance du Maroc. Pour rappeler que nous ne sommes pas toustes né·es ici, qu’il existe toutes sortes de Québécois·es : par la naissance, mais aussi par choix. C’est important de le souligner. Ce livre veut montrer des parcours différents, des histoires différentes, qui peuvent néanmoins être entendues et reconnues. Appelé à donner des conférences ou à y participer, Fabrice Nguena se considère comme un militant « indépendant », puisqu’il n’appartient à aucune organisation. Il a déjà d’autres projets d’écriture dans ses cartons, des projets qui sont en voie de se concrétiser. Peut-être une manière de continuer à transformer, un livre à la fois, la honte en dignité.

    INFOS | DE LA HONTE À LA DIGNITÉ / FABRICE NGUENA. LES ÉDITIONS DE L’APOTHÉOSE, 2026. 21 P.

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