Les dernières élections québécoises sont une véritable catastrophe. Je ne parle pas du gouvernement minoritaire, je parle de l’apparition à l’Assemblée nationale du Parti conservateur du Québec, un parti d’extrême droite dont les médias ont fait leur chouchou grâce au caractère de «si bon communicateur» de son chef Éric Duhaime.
Grâce à cette dédiabolisation efficace, la mémoire médiatique de poisson rouge nous permet d’oublier qui est Duhaime.
Moi, je n’oublierai jamais que Duhaime, lors des élections fédérales de novembre 2000, représentait l’Alliance canadienne, dirigée par Stockwell Day, un homme ouvertement homophobe, sexiste et anti-avortement. Il essayait de nous faire croire que Day était gay friendly et avait même organisé dans le Village une activité intitulée Gay the Day, activité à laquelle son patron ne s’est jamais présenté.
Duhaime est raciste, islamophobe, climatosceptique, anti-écologique, anti-syndical, misogyne et il attire dans ses rangs même des homophobes, qu’il est bien obligé de répudier pour les postes officiels, mais qui ne le dérangent pas tant que ça.
D’abord, réglons une question de fond : Duhaime n’est pas gai. Un gai est une personne homosexuelle qui appartient à une communauté, un groupe social. Or, le libertarien Duhaime ne croit pas à la société. Il est un homosexuel individualiste qui profite des droits que les autres ont acquis pour lui, mais se fout royalement des droits des autres.
Il s’est d’ailleurs fendu d’un livre intitulé La fin de l’homosexualité et le dernier gay (éd. de l’Homme, 2017) pour nous expliquer que la communauté LGBTQ+ n’a plus aucune raison de militer. Inutile de dire que ça sent la transphobie. Et il en pense autant pour les femmes.
Lors de la marche des Fiertés du 9 août dernier à Montréal, tous les chefs de parti se sont présentés, sauf un. Devinez ? Éric Duhaime. À cette occasion, j’ai exploré le site du Parti conservateur du Québec. Pas un mot sur la Fierté. L’acronyme LGBTQ+ n’y figure nulle part. Les termes gay ou gai non plus.
Ils sont quand même drôles, ces thatchériens qui nous disent que la société n’existe pas, mais qui veulent la diriger. En fait, ce serait drôle si ce n’était pas si dangereux.
Pendant la campagne électorale, c’est Duhaime qui a déclaré que si on expulsait les personnes qui ont menti, il n’y aurait plus un seul député à l’Assemblée nationale. Autrement dit, il est convaincu qu’il est normal de mentir quand on fait de la politique. Moi, ça ne m’inspire pas confiance.
Ça me rappelle mon cousin qui disait que tous les politiciens sont des menteurs et qui votait Mario Dumont. Moi, j’aimerais bien vous demander pourquoi, si vous croyez que les politicien·nne·s sont de mauvaises personnes, vous votez pour les pires d’entre elleux.
Votre si « habile communicateur » est surtout un « habile manipulateur » qui ajustera son discours à mesure, mais dont les seules visées sont le profit personnel et la destruction de l’égalité sociale.
Que font, une fois au pouvoir, ces parangons de la liberté qui, en son nom, nous disent que les entreprises ne devraient pas être subventionnées ? Ils subventionnent les entreprises de leurs amis pour pouvoir en profiter. Vous avez l’exemple de Trump juste au sud de la frontière.
Mesurez la situation : 21 % des votes sont allés à ce parti d’hurluberlus férus de la culture de la destruction. Ils ont 19 sièges à l’Assemblée.
S’il vous plaît, ne me sortez pas le refrain de « Oui, mais c’était un animateur de radio, il disait ça pour faire du buzz. » Quand on s’adresse à des dizaines de milliers de personnes, on ne tient pas des propos si graves sans qu’il y ait un fond de sa pensée. L’absence d’empathie (et l’empathie simulée) sont les marques de commerce des libertariens, car ce sont des narcissiques.
Quand on nous fait croire que QS, un parti de gauche réformiste, est à un extrême, c’est de l’ignorance ou de la mauvaise foi. Quand on nous dit que le Parti conservateur du Québec n’est pas d’extrême droite, c’est de l’ignorance ou de la mauvaise foi.
Le loup est vraiment dans la bergerie et un vent très froid souffle sur nous.
Qui est Francis Lagacé?
Détenteur d’une maîtrise en linguistique (1984) d’un doctorat en littérature (1997) de l’Université de Sherbrooke, Francis Lagacé est poète, romancier et essayiste. Ses textes d’analyse et d’opinion ont paru dans de nombreux quotidiens et il diffuse maintenant ses billets sur son site, au francislagace.org. Il a enseigné à l’Université de Montréal, à l’Université du Québec à Montréal, à l’Université d’Ottawa, à l’Université Concordia, à l’Université Laurentienne de Sudbury et à l’Université canadienne en France. Diplômé en journalisme, il a été chroniqueur en matière de vins pour le magazine Fugues (1997-2010) et auteur d’un guide de vins (chez Triptyque en 1999). Il a été éditeur de 2006 à 2017. Militant des droits des gais et lesbiennes, il a été responsable du comité gais et lesbiennes du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN ; porte-parole du Forum des gais et lesbiennes syndiqués ; porte-parole de la Coalition pour le mariage des conjoints de même sexe ; a rédigé une politique et un guide d’intervention contre l’homophobie à la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (CSN). Militant syndical, il a été vice-président du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN de 2009 à 2013

