Les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre ont été marquées par une importante progression des démocrates, qui ont repris le contrôle des deux chambres du Congrès. Plusieurs candidatures LGBTQ+ ont contribué à ces gains, tandis que des personnes trans et non binaires ont remporté des élections dans des États où elles n’avaient encore jamais été représentées au sein des législatures.
Deux ans après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les électeurs américains ont modifié l’équilibre des pouvoirs à Washington. Les démocrates ont remporté plusieurs sièges républicains au Congrès, notamment en Indiana, en Arizona et en Californie. Ils ont également réalisé des gains dans plusieurs États, dont le Texas, où ils ont remporté les postes de gouverneur et de sénateur fédéral.
Pour la communauté LGBTQ+, le scrutin a été marqué par l’élection de nouvelles personnalités au Congrès et dans les législatures d’État, ainsi que par la réélection de plusieurs figures politiques ouvertement gaies, lesbiennes ou transgenres.
Ces résultats surviennent après deux années de politiques fédérales restrictives à l’égard des personnes trans, notamment concernant leur présence dans les forces armées, l’accès aux soins d’affirmation de genre et les programmes de diversité et d’inclusion.
Chris Pappas devient le premier homme ouvertement gai élu au Sénat
Au New Hampshire, le démocrate Chris Pappas (au centre dans la photo du haut) a défait l’ancien sénateur républicain John E. Sununu. Il devient ainsi le premier homme ouvertement gai élu au Sénat américain, où il succédera à la démocrate Jeanne Shaheen.
Déjà représentant à la Chambre depuis 2019, Pappas rejoint une institution où les personnes LGBTQ+ demeurent peu nombreuses. En 2012, Tammy Baldwin, du Wisconsin, avait été la première personne ouvertement homosexuelle élue au Sénat.
À la Chambre des représentants, plusieurs candidats LGBTQ+ ont remporté des sièges jusque-là détenus par les républicains.
En Indiana, JD Ford, jusqu’ici sénateur de l’État, a défait la représentante républicaine Victoria Spartz. Il devient le premier homme ouvertement gai élu au Congrès pour cet État.
En Arizona, JoAnna Mendoza, une ancienne militaire queer, a remporté sa course contre le républicain Juan Ciscomani. En Californie, Marni von Wilpert, conseillère municipale bisexuelle de San Diego, a remporté le siège laissé vacant par le républicain Darrell Issa.
Ces trois victoires ont contribué à la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants.
Sarah McBride obtient un deuxième mandat
Au Delaware, Sarah McBride, devenue en 2024 la première personne ouvertement transgenre élue au Congrès américain, a été reconduite pour un deuxième mandat.
Son arrivée à Washington avait été accompagnée d’une controverse concernant l’utilisation des toilettes du Capitole. Avant même son entrée en fonction, des élus républicains avaient entrepris de restreindre l’accès des personnes trans aux installations correspondant à leur identité de genre.
McBride avait choisi de ne pas faire de cette question le centre de son travail parlementaire, préférant mettre l’accent sur les enjeux économiques, le logement et l’accès aux soins.
Au Kansas, Sharice Davids, représentante lesbienne et membre de la nation autochtone Ho-Chunk, a également été réélue.
En Californie, le démocrate gai Robert Garcia a remporté un troisième mandat. Avec la nouvelle majorité démocrate, il est en position de prendre la présidence de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, qui dispose d’importants pouvoirs d’enquête sur l’administration fédérale.
Garcia a rapidement laissé entendre qu’il entendait utiliser ces pouvoirs. Au lendemain du scrutin, il a publié sur X un message de deux mots à l’intention de l’administration Trump : « Lawyer up » (« Prenez un avocat »).
Des premières pour les personnes trans et non binaires dans cinq États
Les résultats des élections législatives locales ont également retenu l’attention. Dans cinq États, des personnes transgenres ou non binaires ont été élues pour la première fois à leur législature.
En Géorgie, Bentley Hudgins (à gauche sur la photo du haut) une personne non binaire de 33 ans, a remporté le 90e district de la Chambre des représentants, dans la région d’Atlanta. Hudgins devient la première personne ouvertement trans et non binaire à siéger à la législature de cet État. Militantisme LGBTQ+, logement, salaires et transport collectif figurent parmi ses principaux champs d’engagement. Avant de se lancer en politique, Hudgins avait notamment travaillé auprès de la Human Rights Campaign.
Au Michigan, Joanna Whaley, ancienne pasteure évangélique aujourd’hui aumônière d’hôpital, devient la première personne trans élue à la législature de l’État. Elle a obtenu 63 % des voix dans le deuxième district, près de Detroit. Whaley a publiquement raconté avoir subi des thérapies de conversion dans sa jeunesse. Sa campagne a toutefois principalement porté sur les salaires, la formation professionnelle, le coût des services publics et les dettes médicales.
En Alabama, Allison Montgomery, ingénieure en informatique, a défait le représentant républicain sortant Phillip Rigsby. Elle devient la première personne transgenre élue à la législature de cet État du Sud, où plusieurs lois restrictives concernant les personnes trans ont été adoptées ces dernières années. Montgomery a fait campagne sur l’accès aux soins, les droits des travailleurs et l’abolition de la taxe sur les produits alimentaires. Après sa victoire, elle a insisté sur la nécessité de dépasser les affrontements autour des questions identitaires pour répondre aux préoccupations économiques de la population.
Dans l’État de Washington, Jaelynn Scott a remporté le 37e district de la Chambre des représentants, à Seattle, avec environ 88 % des voix. Directrice générale du Lavender Rights Project, un organisme de défense des droits des personnes LGBTQ+ dirigé par des personnes noires et trans, elle devient la première personne trans élue à la législature de Washington et la première personne noire ouvertement trans élue à une législature d’État américaine.
Enfin, au Wisconsin, Dina Nina Martinez-Rutherford a remporté le 76e district de la Chambre des représentants. En 2023, elle était déjà devenue la première femme trans élue au conseil municipal de Madison, la capitale de l’État. Sa campagne a notamment porté sur le logement abordable, les salaires et l’accès aux soins de santé.
En Pennsylvanie, Malcolm Kenyatta, représentant démocrate ouvertement gai, a été réélu dans le 181e district de Philadelphie. Élu pour la première fois en 2018, il était alors devenu le premier homme noir ouvertement gai à siéger à la législature de cet État. Figure connue du Parti démocrate, il défend notamment les droits LGBTQ+, l’accès aux soins de santé et les droits des travailleurs. Sa réélection confirme son ancrage politique à Philadelphie, où il représente un district depuis huit ans.
En Floride, une autre première a été enregistrée à l’échelle locale : Quinnie Perez a remporté un siège au conseil de conservation des sols et de l’eau du comté d’Orange, devenant la première femme trans élue à une fonction publique dans cet État.
Des candidatures trans jusque dans les bastions républicains
Toutes les candidatures LGBTQ+ n’ont pas remporté leur élection. Certaines ont néanmoins été présentées dans des circonscriptions où les démocrates étaient absents depuis plusieurs années.
En Géorgie, Bella Bautista est devenue la première femme trans à remporter une primaire législative dans l’État. Elle se présentait dans un district qui n’a pas élu de démocrate depuis 1996.
Au Kansas, Bobby Robertson Jr., une femme trans, a été la première démocrate en dix ans à briguer le siège du 73e district. Sa candidature faisait notamment suite à l’adoption d’une loi invalidant certains documents d’identité de personnes trans.
En Ohio, Arienne Childrey a de nouveau tenté de défaire la républicaine Angie King. Sa candidature avait déjà été contestée en 2024 parce qu’elle n’avait pas inscrit son ancien prénom sur certains documents électoraux, malgré son changement légal de nom.
Ces candidatures témoignent de la présence croissante de personnes trans dans les campagnes électorales, y compris dans des régions où les enjeux LGBTQ+ suscitent une forte opposition politique.
Maura Healey et Tina Kotek réélues comme gouverneures
Deux gouverneures ouvertement lesbiennes ont également obtenu un deuxième mandat. Au Massachusetts, Maura Healey a été réélue après un premier mandat consacré notamment aux questions de logement, de transport et de santé publique.
En Oregon, Tina Kotek a elle aussi été reconduite. Les deux femmes avaient marqué l’histoire en 2022 en devenant les premières lesbiennes ouvertement déclarées à être élues gouverneures aux États-Unis.
Leur réélection confirme leur maintien à la tête de deux États où les démocrates disposent d’une importante assise électorale.
Au Texas, les campagnes anti-trans n’ont pas suffi aux républicains
Le Texas a été le théâtre de deux des défaites républicaines les plus remarquées de la soirée. La démocrate Gina Hinojosa a défait le gouverneur Greg Abbott, devenant la première Latina à diriger l’État. De son côté, James Talarico a remporté le siège sénatorial disputé contre le procureur général républicain Ken Paxton.
Ces résultats sont survenus après une campagne marquée par d’importantes dépenses publicitaires républicaines consacrées aux questions transgenres.
Sous le gouvernement Abbott, le Texas avait adopté plusieurs mesures limitant les droits des personnes trans, notamment en matière de soins d’affirmation de genre pour les mineurs et de participation aux compétitions sportives.
Les résultats ne permettent pas d’attribuer les défaites républicaines à ces seules questions. Le coût de la vie, les enjeux économiques et les controverses entourant certains candidats ont également occupé une place importante dans la campagne. Ils montrent toutefois que les attaques contre les droits trans n’ont pas permis aux républicains de conserver ces deux postes.
La Virginie inscrit le mariage égalitaire dans sa Constitution
En Virginie, les électeurs ont approuvé un amendement constitutionnel protégeant le mariage entre personnes de même sexe. La mesure remplace une disposition adoptée en 2006 qui interdisait explicitement ces unions. Cette interdiction était devenue inapplicable après la décision de la Cour suprême des États-Unis de légaliser le mariage égalitaire à l’échelle nationale en 2015.
L’amendement apporte une protection supplémentaire au niveau de l’État, alors que plusieurs organisations de défense des droits LGBTQ+ craignent une éventuelle remise en question de la jurisprudence fédérale.
La décision de la Virginie pourrait également alimenter les discussions dans d’autres États qui conservent des interdictions similaires dans leur Constitution, même si celles-ci ne peuvent actuellement être appliquées.
Un nouveau rapport de force à Washington
La reprise des deux chambres du Congrès par les démocrates compliquera la deuxième moitié du mandat de Donald Trump. Le parti pourra bloquer certaines initiatives législatives républicaines, exercer un contrôle plus serré sur l’administration et intervenir dans les nominations fédérales, notamment judiciaires.
Pour les organisations LGBTQ+, ce changement pourrait limiter l’adoption de nouvelles restrictions au niveau fédéral. Il ne met toutefois pas fin aux mesures déjà en vigueur, ni aux lois adoptées dans les États contrôlés par les républicains.
Les nouveaux élus LGBTQ+ devront également composer avec des priorités politiques qui dépassent les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre. Plusieurs ont d’ailleurs fait campagne d’abord sur le logement, les salaires, les soins de santé et le coût de la vie.
Au lendemain du scrutin, le nombre de personnes LGBTQ+ occupant des fonctions électives américaines devrait donc augmenter, tant à Washington que dans les capitales des États. Le décompte définitif reste à établir, mais les élections de 2026 auront déjà fait entrer plusieurs premières dans l’histoire politique américaine.
NOTE: Les résultats demeurent provisoires dans certaines circonscriptions.