Dimanche, 14 juin 2026
• • •
    Publicité

    Marinette Pichon, la superstar française à la tête des Roses

    Vedette française du foot féminin qui fut parmi les premières athlètes de l’Hexagone à parler ouvertement de son homosexualité et qui a été sacrée meilleure joueuse de la National Women’s Soccer League aux États-Unis au début des années 2000, Marinette Pichon est désormais directrice sportive des Roses de Montréal dans la Super Ligue du Nord.

    Quelles émotions vous habitent à l’idée de lancer une équipe et une ligue de soccer féminines ?
    Marinette Pichon : C’est l’ascenseur émotionnel ! Au début, je pensais au privilège de faire partie de cette aventure et de pouvoir contribuer. Après, tu redescends, tu te demandes comment faire, avec quels moyens et quelles personnes. C’était plein d’émotions galvanisantes et de remises en question chargées d’humilité.

    Sentez-vous déjà que les Roses ont une personnalité différente des autres équipes ?
    Marinette Pichon : On voulait amener au cœur du projet la culture du bien-être, de la bienveillance, de la réussite, de l’acceptation des échecs et des efforts. Je ne peux pas me permettre d’évaluer les autres, mais je sais qu’on va dans la bonne direction. Je pense qu’on le sent sur le terrain, comme lors du match d’ouverture à la maison, quand on était menées 1-0 et qu’on a inversé la tendance pour gagner 2-1. S’il n’y a pas cette chimie entre les joueuses, il n’y a pas cette réussite.

    L’équipe marketing fait-elle des efforts pour rejoindre les communautés LGBTQ+ ?
    Marinette Pichon : On est inclusives. On n’a pas de jugement. On estime qu’il y a de la place pour tout le monde. C’est important que les personnes puissent être elles-mêmes quand elles vivent une expérience avec nous. Mais si on devait prendre en compte toutes les communautés (religions, LGBTQ+, cultures), ça risquerait de nous écarter du projet sportif et d’envoyer des messages qui pourraient être perçus « négativement » par d’autres.

    Vous vivez au Québec depuis 2019. Qu’est-ce qui vous a amenée ici ?
    Marinette Pichon : En France, ma compagne et moi avions des jobs hyper prenants. Je travaillais presque 7 jours sur 7, comme directrice générale au Paris FC, en tant que consultante pour France Télévisions et à la direction de mon académie que ma femme faisait rouler. Avec tout ça, il ne restait plus trop de temps pour la famille. Un jour, ma femme a fait une reconversion professionnelle en coach de vie et elle m’a demandé : « Toi, qu’aimerais-tu faire maintenant ? ».

    Qu’avez-vous répondu ?
    Marinette Pichon : J’avais l’impression d’avoir fait le tour en France. J’avais aimé mon expérience en tant que joueuse professionnelle aux États-Unis et je voulais revivre à l’étranger. On a discuté, elle voulait choisir un pays francophone et le Canada est venu naturellement, pour ses actions dans le développement du football féminin. J’ai postulé [pour] cinq jobs, j’ai reçu trois réponses, dont celle du directeur général de l’Association régionale du Lac-Saint-Louis. Six ans plus tard, on est très heureuses de notre choix.

    Comment vivez-vous l’ouverture du Québec aux personnes queers ?
    Marinette Pichon : Ça fait 20 ans que je suis avec ma femme. On vit notre homosexualité. On ne veut pas que les gens la valident, mais on veut la vivre tranquillement. Ici, au Canada, le naturel des gens est respecté : le fait de se tenir la main dans la rue, de s’embrasser ou autre. En France, malheureusement, de jeunes couples gais se font encore tabasser.

    En 1980, qu’est-ce qui vous a poussée à faire vos débuts au foot ?
    Marinette Pichon : Je me baladais avec ma mère sur la rue, on a entendu des gamins tellement heureux de jouer au foot, j’ai tiré sa main pour aller voir, j’ai regardé les enfants et j’avais des étoiles dans les yeux. Elle m’a demandé si je voulais jouer. J’ai dit oui. Au même moment, un éducateur m’a remis un dossard en me demandant si je voulais jouer. Comme j’étais déjà stéréotypée, je lui ai répondu que je ne pouvais pas, parce que j’étais une fille. À cinq ans, je ressentais déjà le poids de la société. Finalement, je suis allée sur le terrain et je me suis éclatée. J’étais déjà douée. Et je me sortais d’un environnement familial très pesant, avec un père violent et alcoolique. C’est devenu un exutoire et une drogue.

    À l’époque, pouviez-vous seulement jouer avec les garçons ?
    Marinette Pichon : J’ai joué avec des garçons exclusivement jusqu’à 16 ans. J’étais la petite « chouchoue ». J’avais mon vestiaire. Les joueurs étaient adorables. J’ai entendu deux ou trois remarques sur la présence d’une fille au foot, mais pourquoi pas, j’ai deux pieds, deux jambes, je peux jouer comme eux. Je faisais partie de l’équipe. Ensuite, j’ai joué avec une équipe de foot féminin. En 1994, j’ai reçu le premier appel pour jouer avec l’équipe de France. En 2002, je suis allée jouer aux États-Unis. À ma première année, j’ai été élue meilleure joueuse de la ligue. Ça a envoyé un message aux joueuses d’Europe que c’était possible. Plusieurs ont suivi mes traces depuis.

    Combien d’années se sont écoulées entre le moment où vous avez compris que vous aimiez les femmes et le moment où vous avez décidé d’en parler ?
    Marinette Pichon : Quand j’ai commencé à regarder ma prof de sport à 14 ans d’un œil différent, j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui clochait. Ensuite, j’ai eu mon premier baiser en sélection régionale à 16 ans. Cette fille m’a envoyé des déclarations d’amour par courrier et ma mère est tombée dessus. Après s’être demandé ce qu’elle avait loupé, elle m’a dit que j’étais sa fille et qu’elle voulait mon bonheur. Puis, un jour, en équipe nationale, on m’a demandé si j’étais gaie et j’ai répondu que oui. Je ne voulais pas rentrer dans un mensonge qui dure des années. Je préférais me foutre de l’opinion des gens.

    On entend souvent que le monde sportif est homophobe et que la France est macho. Vous avez connu les deux de l’intérieur. Qu’avez-vous vécu ?
    Marinette Pichon : Comme j’avais une forme de notoriété, je n’ai jamais vécu de choses directes, sauf un abruti dans les tribunes qui m’avait traitée de lesbienne en me disant que je devrais arrêter de jouer au soccer. Cela dit, j’ai entendu la peur du coming out, la peur du rejet, la peur du refus et la peur d’être vu.e.s d’une autre façon.

    En plus de développer le foot féminin, de vous expatrier et de défricher les mentalités en tant que joueuse homosexuelle, vous avez composé avec des violences à la maison pendant des années. Cette adversité a-t-elle fait émerger des parts de vous-mêmes qui n’existeraient pas autrement ?
    Marinette Pichon : C’est sûr ! Si je n’étais pas passée à travers tout ça, j’aurais peut-être moins de sautes d’humeur. J’ai besoin d’être accompagnée pour gérer ces émotions-là. Cela dit, ma détermination, ma rigueur, mon respect et ma capacité à affronter les obstacles, je les ai développés grâce à ça. Par opposition à mon père, la vie que je mène avec ma femme, mes deux enfants, nos amis et la famille est saine et très stable.

    INFOS | Les Roses de Montréal, c’est ‘équipe professionnelle de soccer féminin de Montréal https://www.rosesmtl.ca

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité