Au départ, rien ne laissait présager le virage qu’allait prendre ce conventum d’une école secondaire de Laval. Invité pour animer la soirée, Lukas en profite cependant pour dénoncer les normes masculines oppressantes qu’il y a connues.
Le texte d’Olivier Sylvestre prend la forme d’une pièce de théâtre qui commence doucement, sans laisser présager le changement de ton qui se profile en coulisse. En effet, tout bascule lorsque Lukas aperçoit, au fond de la salle, un groupe de garçons qui incarnent la violence et le rejet qu’il a subis à l’adolescence. D’un coup, des blessures encore vives refont surface, accompagnées d’une colère qu’il trouve enfin la force d’exprimer. Devant un public composé d’anciens élèves devenus des adultes respectés, il n’hésite pas à rappeler le qualificatif moqueur qui lui est longtemps resté collé tout au long de ses années au secondaire et même après : « tapette ! ».
Il replonge dans ses souvenirs pour rappeler ce qu’il considère comme sa faute ultime, celle qui l’a empêché de faire partie du groupe des « gars » : son incapacité à se conformer aux normes de masculinité. Plus cruelle encore est la trahison de ceux qui lui ressemblaient, mais qui n’ont pas hésité à le sacrifier pour détourner l’attention sur leur propre identité et insécurité.
« Je devais transpirer ça, le besoin vital de faire partie de la gang pis surtout la peur que vous remarquiez qu’y avait quelque chose de pas normal avec moi. […] Je me suis mis à vous imiter. […] Sauf que… je jouais mal. » La force troublante de ce rejet ne tient pas tant à une violence physique qu’à l’impact plus insidieux d’une violence ordinaire : insultes répétées, regards méprisants, isolement et peur constante d’être perçu comme « différent », ainsi que les efforts désespérés pour se conformer à la norme. Mais, comme il en vient à le comprendre, « avoir peur d’avoir l’air gai, c’est déjà gai ».
L’auteur alterne habilement entre humour et vulnérabilité, ce qui lui permet de soutenir l’intensité émotionnelle de son récit sans sombrer dans le pathos. L’histoire évoque ainsi les premières expériences positives de Lukas, notamment des amitiés sincères, ainsi que sa première découverte d’un lieu public : le cabaret chez Mado où, « pendant une soirée, personne me traite de tapette, parce qu’autour de moi, tout le monde l’est ». Un monologue intérieur puissant et percutant, dans lequel l’adulte revisite l’adolescent qu’il a été, tout en rendant hommage à toutes celles et tous ceux qui ont « survécu à leur secondaire ».
INFOS | Retour à Laval / Olivier Sylvestre. Montréal : Hamac, 2026, 88 p. (Hamac-Théâtre)

