Jeudi, 23 juillet 2026
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    Bastien sort ce soir ou les errances du corps et du cœur

    Grand gagnant de la Queer Académie de l’édition Fierté littéraire 2025, Mathieu Pierre a vu se réaliser son rêve d’être publié avec la parution de son premier roman, Bastien sort ce soir. Un premier roman aux accents de récit d’apprentissage, où il est question d’être, de se reconnaître et de se construire.

    Mais ce Bastien dont il est question est-il le même tout au long des différents chapitres? N’y a-t-il pas plutôt plusieurs personnages qui adoptent différents prénoms, dont celui de Bastien? Le mystère demeurera, et c’est tant mieux. Les lecteurices pourront ainsi créer leur propre Bastien et, pour beaucoup, se reconnaître en lui.

    D’où t’est venue l’idée de te lancer dans l’écriture d’un roman?
    Mathieu Pierre : La réponse sera très convenue : j’ai toujours eu le goût d’écrire, depuis mon plus jeune âge, comme c’est le cas pour beaucoup d’auteurices. Bastien sort ce soir est en fait mon deuxième projet d’écriture. Après la lecture de Querelle de Roberval, d’Ève Lambert, j’ai eu envie de reprendre l’idée d’un personnage qui tient presque du mythe. On ne sait pas trop qui il est, si on l’a véritablement rencontré ou si l’on en a simplement entendu parler.

    Après avoir écrit un premier chapitre, « Celui qu’on désire », et satisfait du résultat, j’ai eu envie de voir ce que ce personnage pouvait devenir dans d’autres situations, à différents moments de sa vie : dans des saunas ou, plus jeune, lors d’un party d’Halloween. Je lisais également, à cette époque, Je sors ce soir, de Guillaume Dustan, et je pense avoir été influencé autant par lui que par Ève Lambert.

    On ne sait pas s’il s’agit du même personnage qui utilise plusieurs prénoms ou de personnages différents?
    Mathieu Pierre : Au départ, c’était censé être le même personnage. Puis, au fur et à mesure de l’écriture, j’ai finalement opté pour plusieurs personnages. De la même façon, on ne sait pas si les lieux — les bars, la voie ferrée — se trouvent à Montréal ou ailleurs. En raison des expressions québécoises que j’utilise, on pourrait croire que l’on est au Québec, mais on pourrait tout aussi bien être en France.

    Pourquoi ne pas avoir choisi l’autofiction, un genre très en vogue actuellement?
    Mathieu Pierre : Bien sûr, je me suis inspiré de choses que j’ai vécues, de récits qu’on m’a racontés et de ce que j’ai lu pour composer ces personnages. Je voulais réfléchir à la manière dont je réagirais si je me retrouvais dans les mêmes situations. Il ne s’agit pas d’une autofiction, au sens strict du terme, même si j’ai puisé dans mes propres expériences. Je me suis d’abord tourné vers l’autofiction, mais je revenais toujours aux mêmes questions : qu’est-ce que je montre? Qu’est-ce que je garde pour moi?

    Jusqu’où dévoiler ce qui relève de l’intime, par exemple en racontant des scènes de sexe?
    Non pas que je sois mal à l’aise, mais il ne faut pas que cela apparaisse gratuitement; il faut donc trouver la bonne façon de l’exposer. En créant des personnages et en utilisant la troisième personne, cela me permettait de prendre une certaine distance, d’être davantage dans une forme d’étude de cas.

    Les questions que se posent Bastien — ou les différents personnages — ne sont-elles pas celles que se posent la majorité des personnes queers quand elles sortent?
    Mathieu Pierre : Je pense que beaucoup pourront s’y reconnaître. Nous endossons tous différents rôles selon les circonstances et les lieux, tout en cherchant le courage nécessaire pour avancer et, en même temps, en essayant de nous protéger, surtout lorsqu’on sort pour cruiser. Dans les lieux de cruising, quel est le poids du regard des autres? Comment le reçoit-on? Comment l’analyse-t-on? Nous avons tous connu, en tant que personnes queer, la honte, le rejet ou l’échec, et nous tentons d’échapper à tout cela. Les personnages de ce roman sont toujours, d’une certaine manière, en situation d’échec. Ils cherchent, ils se cherchent, sans trouver de réponses définitives. Je ne voulais justement pas offrir de réponses toutes faites, afin de laisser aux lecteurs et aux lectrices la possibilité de construire leur propre interprétation. Je pense que, particulièrement pour les personnes queer, il est possible de se reconnaître dans ces personnages, parce que nous avons tous fait l’expérience de la marginalité et que nous avons dû composer avec ces expériences parfois douloureuses pour nous construire.

    Le style d’écriture varie d’un chapitre à l’autre et peut surprendre, notamment celui où tu retranscris les échanges d’un jeune homme qui s’expose en webcam avec celleux qui le regardent, ou encore le conte qui clôt le livre.
    Mathieu Pierre : Je souhaitais que chaque chapitre puisse se lire comme une nouvelle
    indépendante des autres. On pourrait d’ailleurs imaginer d’autres variations autour de ce
    personnage. Une éducation sentimentale, une quête de soi, une construction identitaire façonnée par le regard des autres : Bastien sort ce soir part à la découverte de lui-même. Et si nous étions, nous aussi, tous des Bastien?

    INFOS | Bastien sort ce soir, Mathieu Pierre, Éditions TNT, 2026.

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