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    Désirs, histoire et amours féminines chez Alexandra et Ysis

    De la Rome antique à la Belle Époque, les autrices Alexandra et Ysis nous entraînent dans un univers où des femmes doivent composer avec les passions qui les animent, dans une société peu disposée à accueillir ou même à tolérer de tels sentiments. Présentement composé de sept romans, cet ensemble d’œuvres écrites à quatre mains propose un voyage à travers le temps, mais aussi à travers l’Europe : de la Rome antique, en 44 avant notre ère, à la Lorraine de 1870, en passant par le Paris de 1910 et la Bretagne de 1911. D’une époque à l’autre, ces récits ouvrent une fenêtre sur des sociétés en pleine mutation, mais où la sensualité demeure toujours à fleur de peau.

    Malgré leur ancrage historique, dans des périodes où le monde est sur le point de basculer, les récits ne placent pas les protagonistes au centre de grands événements où elles joueraient un rôle déterminant : elles s’inscrivent plutôt dans des luttes plus modestes, souvent confinées au huis clos, axées sur l’intime ou sur la découverte progressive de leur propre univers. C’est par exemple le cas dans 1910, Ce qui ne se fait pas, où, après avoir pris conscience de leur attirance réciproque, les deux protagonistes s’aventurent dans des soirées clandestines, puis dans un cabaret réservé aux femmes, L’Entrechatte, non sans avoir d’abord pris plaisir à déjouer les avances quelque peu insistantes d’un don Juan.

    L’écriture se démarque aussi par une langue à la fois sensuelle et poétique, comme en témoigne ce passage tiré de 1910, Ce qui ne se fait pas : « Clarisse ne se hâta pas. Le doigtier glissa d’abord contre la peau, au creux plus étroit derrière, juste en reconnaissance, comme si la caresse demandait encore au corps s’il voulait bien l’admettre. Marie eut un souffle coupé. Mais sa bouche ne quitta pas Antoinette. Au contraire. Elle s’y fixa davantage, avec cette concentration tendre que lui donnait l’émotion quand elle cessait de réfléchir. » Dans -44, Les déesses de Rome, l’intrigue se déroule au moment de la chute de César. Cornelia et Lucretia y ravivent un lien qu’elles croyaient éteint, alors même que l’ordre politique s’effondre. Le récit met ainsi en opposition l’effondrement collectif et la renaissance d’un lien intime, porteur d’un avenir encore possible.

    Dans 1870, La Maison des Prés, ce motif est repris dans le contexte de la guerre franco-allemande de 1870-1871 : Gertrude, comtesse déchue, et Juta, cuisinière, se retrouvent forcées de cohabiter dans une ferme isolée, où la survie quotidienne laisse peu à peu place à un rapprochement inattendu. Dans la suite, 1871, Saint-Mihiel, le cadre s’élargit : la ferme devient un lieu d’accueil plus vaste, sur fond de Lorraine occupée et de reconstruction d’après-guerre. Le cycle de 1910 marque un moment de bascule différent : l’action se déplace vers les transformations sociales et culturelles de la fin de la Belle Époque, alors que le désir ne relève plus seulement de l’intime, mais s’inscrit progressivement dans une réalité collective et identitaire. Peu à peu se dessine un réseau de femmes, avec ses codes, ses lieux et ses formes d’organisation.

    Dans le tome 1, Ce qui ne se fait pas, Antoinette et Marie évoluent dans un univers mondain très codifié, où le désir latent qui les unit se transforme en relation assumée après une nuit décisive. Ce mouvement se prolonge dans le tome 2, Montjoie, autour d’un lieu de rencontre pour femmes où se nouent de nouvelles alliances. Enfin, la trilogie 1911 Après Montjoie poursuit l’exploration de cet univers communautaire et passionnel, alors même que les protagonistes ignorent qu’un conflit mondial dévastateur se profile à l’horizon. Les romans mettent avant tout l’accent sur la passion des corps, les contraintes sociales et les choix intimes, plutôt que sur les grands soubresauts de l’Histoire. L’attention se porte ainsi sur la psychologie des personnages, sur les bouleversements de l’ordre établi et sur l’élargissement progressif des liens de solidarité, dans des mondes où les femmes cherchent à trouver leur place. Les romans d’Alexandra et Ysis sont offerts sur Kobo, en langue originale française et en traduction anglaise, ainsi que sur la plateforme Payhip, dans plusieurs formats compatibles avec diverses liseuses : https://payhip.com/AlexandraYsis.

    INFOS | Une chambre au-dessus d’un magasin / Anthony Shapland. Paris : Philippe Rey, 2026, 171 p.

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