Lundi, 27 juillet 2026
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    Teenage Sex and Death at Camp Miasma

    Après avoir marqué la critique avec We’re All Going to the World’s Fair puis créé un véritable phénomène culte avec I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun confirme une place unique dans le paysage cinématographique contemporain. Présenté en première mondiale au Festival de Cannes, où il a remporté la prestigieuse Queer Palm 2026, Teenage Sex and Death at Camp Miasma s’annonce déjà comme l’un des films queer les plus audacieux, déroutants et commentés de l’année. Son arrivée en salle le 7 août, en pleine semaine de la Fierté, ne pourrait être plus symbolique. 

    Dès son titre volontairement excessif, le long métrage annonce la couleur. Sexe, mort, horreur, désir, humour, nostalgie, identité : Jane Schoenbrun mélange les ingrédients du cinéma d’exploitation des années 1980 pour mieux les déconstruire et les réinventer à travers une perspective profondément queer.

    À première vue, Teenage Sex and Death at Camp Miasma reprend les codes familiers du film d’horreur de camp de vacances. Hannah Einbinder y incarne Kris, une jeune réalisatrice queer engagée pour relancer une franchise de slasher vieillissante, Camp Miasma, devenue au fil des décennies aussi problématique que culte. Convaincue d’avoir été choisie autant pour son talent que pour son identité queer, Kris entreprend de retrouver Billy Presley, ancienne vedette de la série interprétée par Gillian Anderson

    Mais ce qui débute comme une simple opération de recyclage hollywoodien se transforme rapidement en expérience beaucoup plus intime, troublante et sensuelle. Entre les deux femmes s’installe une relation où se mêlent fascination, transmission, désir, peur et émancipation. Comme dans I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun s’intéresse à la manière dont la culture populaire façonne les identités. Cette fois, cependant, la réflexion plonge encore plus profondément dans les questions liées au corps, à la sexualité, au désir et à l’expression du genre. À Cannes, Jane Schoenbrun a expliqué que ce nouveau film s’inspire directement d’un parcours personnel. Après sa transition, iel a eu l’impression de vivre une seconde adolescence à l’âge adulte, découvrant certaines dimensions de son identité, de sa sexualité et de son rapport au corps avec plusieurs années de décalage par rapport à la majorité des gens. Cette expérience nourrit toute l’architecture émotionnelle du film. 

    Cette idée traverse l’œuvre de part en part. Derrière les meurtres sanglants, les références aux vidéoclubs d’autrefois et les clins d’œil aux slashers des années VHS se cache une réflexion sur ce que signifie réellement devenir soi-même. Le titre lui-même fonctionne comme un jeu de miroirs. Oui, il est question de sexe. Oui, il est question de mort. Mais surtout, il est question de renaissance. Et c’est précisément là que Teenage Sex and Death at Camp Miasma devient fascinant. Jane Schoenbrun ne se contente pas de raconter une histoire queer. Le film remet en question les catégories mêmes qui structurent notre compréhension du sexe, du désir, de l’identité et du genre. Tout au long du récit, les frontières se brouillent : entre fiction et réalité, entre fantasme et souvenir, entre admiration et désir, entre masculinité et féminité.

    L’une des dimensions les plus stimulantes du film réside dans sa critique des récits dominants entourant la sexualité. Lors de sa présentation à Cannes, Jane Schoenbrun a dénoncé
    une culture qui continue souvent à enfermer le désir dans des schémas rigides, binaires et hétéronormatifs. Teenage Sex and Death at Camp Miasma propose plutôt une vision où plaisir, vulnérabilité et liberté deviennent des outils d’affirmation de soi.  Le cinéma d’horreur sert ici de laboratoire. Les conventions du slasher — genre longtemps associé à une vision très codifiée de la sexualité adolescente — sont retournées contre elles-mêmes pour devenir un espace d’exploration queer. Le résultat est à la fois drôle, dérangeant, sanglant et étonnamment tendre.

    L’amour de Jane Schoenbrun pour la culture populaire imprègne chaque image. La franchise fictive Camp Miasma évoque autant Friday the 13th ou Scream que les nombreuses productions d’exploitation qui remplissaient autrefois les rayons des vidéoclubs. Affiches rétro, suites improbables, marchandisage excessif et nostalgie VHS alimentent un univers où l’horreur devient le terrain de jeu d’une réflexion beaucoup plus ambitieuse sur l’identité.  Gillian Anderson livre au passage l’une de ses performances les plus intrigantes depuis plusieurs années. Ancienne « final girl » devenue figure presque mythologique, Billy Presley incarne à la fois le poids du passé et la possibilité d’une transformation. Face à elle, Hannah Einbinder impressionne dans un rôle complexe qui devrait confirmer son statut parmi les talents les plus prometteurs du cinéma américain actuel.

    Sous ses airs de slasher déjanté, Teenage Sex and Death at Camp Miasma demeure avant tout un film profondément humain. Une œuvre qui parle de honte, de désir, de vulnérabilité, mais aussi de courage et de joie. Une œuvre qui célèbre la possibilité de se réinventer, peu importe l’âge auquel commence enfin la véritable découverte de soi.

    Avec ce film, Jane Schoenbrun s’impose plus que jamais comme une voix incontournable du cinéma queer contemporain. Peu d’artistes réussissent aujourd’hui à conjuguer avec autant d’audace cinéma de genre, réflexion identitaire, culture populaire et exploration du désir.  Si Teenage Sex and Death at Camp Miasma joue avec les codes du cinéma d’horreur, la véritable peur qu’explore le film n’est peut-être pas celle de mourir. C’est celle de ne jamais avoir l’occasion de vivre pleinement sa vérité.

    INFOS | Teenage Sex and Death at Camp Miasma, distribué par MUBI, sort en salles le 14 août, à la fois en version originale et en version française.
    https://mubi.com

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