Jeudi, 23 juillet 2026
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    Kimmortal, la révolution sera un peu farfelue   

    La musique de Kimmortal échappe à toute classification facile. L’artiste multidisciplinaire originaire de la Colombie-Britannique, qui partagera sa musique avec le public montréalais à la Place Émilie-Gamelin le 31 juillet dans le cadre des Rendez-vous nocturnes de Fierté Montréal, mélange le rap, le R&B, des soupçons de techno et des clins d’œil à son héritage philippin. Elle est tantôt douce et érotique, tantôt engagée et empreinte d’indignation.

    Sa musique, comme iel l’écrit dans le simple Sunniest of Days (2025), marche sur un fil mince entre l’espoir et le désespoir (« I walk a thin line between hope and doom. »). Passionné.e par les arts depuis l’enfance, iel entreprend un baccalauréat en arts visuels lorsqu’iel découvre la scène des micros ouverts à East Vancouver. « En dehors de l’école, pour éviter de devenir fou, il fallait que je trouve autre chose, en dehors du cadre universitaire », raconte Kimmortal. Iel trouve cette échappatoire au Café du Soleil, un café consacré au spoken word. « Je lisais des textes que j’écrivais dans mon journal, qui devenaient plus tard des chansons ou des poèmes. C’était le début de ma vingtaine. »

    Iel lance un premier album, Sincerity (2014), grâce à une campagne de sociofinancement sur la plateforme Indiegogo. « Un ami est venu me voir après le lancement et iel m’a demandé si j’allais partir en tournée. J’étais comme : “Ah oui, ça se fait!” » Vers 2019, son échappatoire, la musique, devient sa carrière. « Maintenant, je suis artiste professionnel.le, mais ça n’a pas commencé comme ça. Ça a commencé dans ma communauté. »

    « Je reste fidèle à mes racines, à mon lien avec la communauté. C’est de là que je viens
    toujours. Mais, pour survivre dans ce monde, je dois faire ce que j’ai à faire. Et je ne ferais rien d’autre. Alors, si je suis payé pour faire de la musique et de l’art, je me dis : “OK, super, je suis payé pour être moi-même.” Je vais continuer comme ça. »

    Sa première tournée nord-américaine, prévue en 2020, est déraillée par la pandémie. Iel sort deux autres albums, notamment l’EP introspectif Shoebox, avant de partir en tournée en 2023. « C’est super important pour moi de faire des spectacles en dehors de chez moi, parce que ça me montre vraiment à quel point la musique est puissante et comment une chanson peut toucher quelqu’un par-delà les frontières et résonner en cette personne. Je trouve ça incroyable. »

    À travers ses chansons, Kimmortal explore sa propre sexualité, ses souvenirs d’enfance, mais aussi les impacts néfastes du colonialisme, de la guerre et du capitalisme sauvage. Iel puise dans l’histoire queer et trans, dans l’histoire philippine et dans la littérature anticoloniale « pour me rassurer que je ne suis pas fou, qu’on vit vraiment dans un système fucké et qu’il faut faire quelque chose ». Son album Shoebox, que Kimmortal décrit comme une « boîte de souvenirs », contient notamment la chanson Stop Business as Usual, devenue un hymne du mouvement propalestinien.

    Sa musique — qui incorpore parfois le tagalog, la langue la plus parlée aux Philippines — trouve un écho puissant auprès des communautés de la diaspora philippine, en Amérique du Nord comme en Europe, mais aussi auprès des communautés queers. « Je ne sais jamais vraiment comment les gens découvrent ma musique. Beaucoup, dans les dernières années, m’ont découvert grâce à Stop Business as Usual, mais à part ça, je ne sais pas vraiment. C’est une des choses que j’aime à propos d’Internet. »

    « Les paroles sont permanentes. Genre, une fois qu’une chanson est sortie, les mots sont là pour toujours, et je le prends presque trop au sérieux », raconte Kimmortal en expliquant son processus créatif. « Récemment, un ami m’a envoyé une citation trouvée en ligne. Ça expliquait comment on peut modifier ses connexions neuronales, parce que le cerveau peut croire n’importe quelle pensée… Donc, ce qu’on se répète, on finit par le croire. Je me dis que je peux me répéter que ce que j’ai peur de faire sera inconfortable au début, mais que je suis capable et que tout ira bien. Et je me dis : “Oh, j’ai envie d’entendre ça tout le temps. Peut-être que je vais en faire un morceau house.” »

    En parallèle de sa musique, Kimmortal continue d’explorer le potentiel des arts visuels et du théâtre. Iel a écrit une pièce inspirée de Shoebox, qui aborde la santé mentale à travers le prisme de la mythologie philippine. Iel réalise également les illustrations de ses pochettes d’albums. Il y aura toujours un brin de folie et de fantaisie dans sa démarche artistique. « Le mot en tagalog est kulit : un peu drôle, un peu farfelu, un peu hors normes, expressif, quelqu’un qui ressent les choses profondément. Ça, c’est moi. Une révolution qui n’est pas fun, qui n’est pas queer et un peu farfelue, ça ne m’intéresse pas. J’espère que les gens qui viendront m’écouter pourront se reconnaître là-dedans. »

    INFOS | https://fiertemontreal.com
    Kimmortal sera en spectacle le vendredi 31 juillet à 19h, aux Jardins Gamelin de la Place Émilie-Gamelin, dans le cadre des Rendez-vous nocturnes de Fierté Montréal, après le set de DJ Thatz (18h) et le spectacle de Calamine (à 20h30).

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