De la cérémonie d’ouverture, le 4 septembre, à la dernière note deux soirs plus tard, la 22e édition de Fierté de Québec avait un fil conducteur : l’unité, contre vents et marées. « On assiste à une montée des gestes homophobes et transphobes autour du monde, mais après 25 ans, on regarde en avant et on vous invite à marcher avec nous vers une meilleure société », a lancé Hubert Pelletier-Picard, président du conseil d’administration de l’OSBL Alliance Arc-en-Ciel, qui organise la fête depuis 2004 et marque son quart de siècle d’existence cette année.
Des danseurs sont entrés sur scène avec les divers drapeaux de la communauté LGBTQ+, dans un défilé d’ouverture qui rappelait vaguement la Parade des Nations olympique, suivi des discours du ministre de la région de la Capitale-Nationale, Jean-François Simard, et du maire Bruno Marchand, qui ont rappelé que les droits ne sont jamais acquis. « Il ne faut jamais banaliser l’exclusion », a conclu le maire.
Avec l’aide de quelques volontaires du public, Hubert Pelletier-Picard et le maire ont lancé les festivités, laissant place à un mini-gala qui a donné un avant-goût du festival éclectique et éclaté, ainsi qu’à un « karaoké citoyen » qui a révélé des vedettes parmi la foule et rassemblé le public autour de classiques comme « I Will Survive » — « des chansons qui nous encouragent à être nous-mêmes », dans les mots de l’animateur SamuelPoirier-Rousseau.



Comme le veut la tradition, deux soirées de galas gratuits à la place D’Youville ont attiré des foules. Le samedi, la musique pop a été à l’honneur lors du Fier Gala de Mona de Grenoble — remplacée au pied levé par l’animateur Maxime Roberge en raison de soucis de santé. Patsy Gallant, Mia Tinayre, William Cloutier, Mitsou et Gabrielle Destroismaisons ont enchaîné des succès pop et country. Le dimanche, c’était une célébration du drag, où les kings ont ouvert le bal avec l’éclectique Glamoustache, le premier gala consacré aux kings de l’histoire du festival, avant de céder la place aux queens pour les galas Supernova et ICONique, mettant en vedette des queens locales et des vedettes des franchises Drag Race.
Mais la Fierté de Québec est beaucoup plus que les galas. Le Drague, le bar Les Yeux Bleus du Vieux-Québec, le bar Saint Matthew’s, La Charpente des Fauves — un espace artistiqueß féministe du quartier Saint-Sauveur — et le Saint-Jean Comédie Club ont accueilli des after-partys pour tous les goûts. La rue Saint-Jean était toute en couleurs pour la journée communautaire et le marché des artistes. Pour les matinaux, Les Galopins du Québec et la guide touristique Anastasia Roncalli ont organisé des visites guidées fascinantes sur l’art public et l’histoire queer de la Vieille Capitale. Le Comédie Club a accueilli plusieurs conférences, dont une discussion mémorable entre cinq jeunes adultes trans.



Entre échanges sur l’importance de l’unité, les relations familiales et l’accès aux soins, elle a provoqué quelques rires bien sentis — pourquoi pas, dans un club de comédie? Laurianne Fortin, une professeure dans la trentaine, a raconté avoir reçu des courriels de certains parents « qui pensent que parce que je suis trans et que je parle d’identité de genre, je vais rendre leur enfant trans. Eille, je lui ai parlé d’agriculture pendant deux mois et il n’est pas devenu fermier! » La rue Saint-Jean a été toute en couleurs pour la Journée communautaire du samedi et le marché des artistes du dimanche. Plusieurs exposants ont mis l’accent sur l’unité et la création d’espaces permettant aux personnes LGBTQ+ de se retrouver en communauté. Sam Rochette et ses collègues, toustes dans la vingtaine, bâtissent un plan pour une coopérative d’habitation destinée à la communauté queer de la Basse-Ville.
Rémy Thériault et l’équipe du Café Marsha rêvent d’un lieu de rassemblement pour les jeunes queers qui ne soit pas un bar; iels cherchent encore l’espace de leurs rêves. L’association Les Aînés gais de la Capitale, fondée en 2024 par et pour des hommes gais retraités, met sur pied des soirées de cuisine, de cinéma et d’autres activités rassembleuses pour briser l’isolement des aînés.
Le cœur de la fête, comme chaque année, a été la marche de solidarité, suivie de la prise de parole citoyenne à la place D’Youville. Une foule colorée et intergénérationnelle de plusieurs milliers de personnes a commencé à remplir la place bien avant le coup d’envoi à 13 h, drapeaux à la main. « Avec tout ce qui se passe dans le monde, il y a des gens qui ont encore peur de marcher… donc, c’est vraiment important d’être présents », a remarqué Christian René, un habitué de la marche depuis de nombreuses années.



« C’est important d’être ici parce que les aînés de la communauté se sont battus pendant des années pour qu’on ait des droits », a observé Florence, 16 ans, à sa première marche.
« C’est important de venir et d’honorer ça. »
« La Fierté n’est pas juste en fin de semaine, la Fierté, c’est toute l’année », a conclu Hubert Pelletier-Picard, avant qu’une Barbada resplendissante donne le coup d’envoi aux galas. « Je vois une communauté solide qui est là les uns pour les autres; c’est notre plus grande force et ça mérite d’être célébré à l’année! »
La longue soirée des galas s’est conclue sur une note magnifiquement rassembleuse,
quand Rita Baga et les queens d’ICONique ont mené une foule en délire dans le classique
« We Are Family » de Sister Sledge.
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