De danseur professionnel à créateur de contenu suivi par plus de 100 000 personnes sur les réseaux sociaux, Tommy-Lee Salvas a fait de l’humour et de la culture populaire québécoise son nouveau terrain de jeu.
Diplômé de l’École de danse contemporaine de Montréal en 2019, il a notamment dansé pour Les Chanteurs masqués, Star Académie, Marie-Mai et Jonathan Roy, avant de mettre momentanément la danse de côté pour laisser davantage de place à sa personnalité et à son humour.
Ses capsules de lip-sync et ses contenus liés à la nostalgie québécoise sur les réseaux sociaux lui ont rapidement permis de rejoindre un vaste public, notamment sur TikTok, où ses vidéos cumulent des millions de mentions « J’aime ». D’origine sud-coréenne et ayant grandi dans la région de Sorel-Tracy, Tommy-Lee Salvas aborde également sur ses plateformes des questions d’identité, de diversité culturelle et sexuelle et de confiance en soi.
Cet automne, il participe à la campagne C’est à NOUS!, une initiative du Fonds des médias du Canada et Téléfilm Canada. Aux côtés de sept autres créateurs et créatrices de contenu — dont Zoé Duval et Arnaud Soly —, il revisite des scènes, des personnages et des univers issus de productions audiovisuelles d’ici pour inviter le public à les (re)découvrir. Mais au-delà de ce projet, c’est son rapport à la culture québécoise, à sa transmission et à la place que peuvent y occuper les créateurs numériques qui est au cœur de cette rencontre.
La culture populaire québécoise occupe une place importante dans tes contenus. Qu’est-ce qui te rejoint particulièrement dans la culture d’ici et qu’est-ce qui t’inspire à la revisiter dans tes capsules?
Tommy-Lee Salvas : Je pense que c’est le sentiment d’accessibilité. Quand j’écoute un film, une émission, un épisode d’une série, ça nous ressemble. C’est notre sentiment d’appartenance. Pour s’identifier à cette culture-là, j’aime nos référents. Pour moi, c’est important d’entretenir cet amour pour la culture, d’entretenir ce sentiment d’appartenance. J’aime particulièrement Guylaine Tremblay, qui a joué dans plusieurs émissions québécoises et qui, je crois, nous représente bien. J’aimerais que les jeunes la découvrent.
Tu as grandi avec certaines de ces références culturelles québécoises, alors que d’autres appartiennent à des générations qui t’ont précédé. As-tu l’impression que l’humour et les réseaux sociaux peuvent créer des ponts entre les générations?
Tommy-Lee Salvas : La création de contenu, c’est une façon de faire le pont avec les émissions qui jouaient dans le temps et de rendre les jeunes plus curieux de nos séries ou de nos films. Les jeunes sont plus intéressés qu’on le pense. Des émissions comme STAT [écrite par Marie-Andrée Labbé] et Sur le fil sont à faire connaître. Ou écouter du Jean Leloup, parce que la musique québécoise est importante. Je crois que c’est une sorte de passation entre les générations précédentes et celle d’aujourd’hui.
On consomme aujourd’hui énormément de contenus étrangers, notamment américains. Selon toi, qu’est-ce qui fait la richesse ou la particularité des films, des séries et des personnages d’ici?
Tommy-Lee Salvas : C’est curieux de se tourner vers les productions américaines, mais on comprend qu’ils ont de gros budgets et qu’ils peuvent faire de plus grosses productions. Ici, on a moins de budget, donc on travaille plus sur l’intrigue, sur les personnages et on mise sur nos actrices et nos acteurs. Il y a les expressions choisies, la langue, bien entendu. Il y a 1001 facettes dans ces productions-là.
Il y a toute la richesse des textes, la façon de rendre une série pertinente pour notre société. Regardez, par exemple, Empathie, de Florence Longpré, qui a raflé beaucoup de prix au dernier gala des Prix Gémeaux. C’était super.
Tu es passé de la danse à la création de contenu, où ta personnalité et ton humour prennent plus de place. Cette évolution a-t-elle changé ton rapport à la culture locale et à la façon dont tu veux y contribuer?
Tommy-Lee Salvas : Cela n’a pas changé mon rapport à la culture. Au contraire, je crois que j’exprime davantage mon amour pour la culture québécoise. J’ai la chance d’avoir une belle plateforme et un public qui va des adolescents aux 50 ans et plus.
Oui, j’ai fait des personnages d’OD (Occupation Double) [en lip-sync], c’est une façon de faire rayonner différemment notre culture. Pour moi, ce sont des référents qui sont là depuis longtemps dans ma vie. Je pense encore au Cœur a ses raisons, qui m’a beaucoup marqué. C’est le même amour qu’à 7 ans, 14 ans ou 20 ans, mais il s’est modifié avec les années et s’exprime différemment [à travers les diverses plateformes].
Je pense que je contribue à cette culture. Le petit Tommy-Lee voulait rentrer dans la télévision et dans la peau des personnages; je peux maintenant jouer un personnage et faire partie de cette culture-là.
Tu rejoins des gens qui ne vont pas nécessairement découvrir une œuvre québécoise par les médias traditionnels. Est-ce que tu te vois comme quelqu’un qui peut amener ces œuvres vers un public qui ne les connaît pas forcément?
Tommy-Lee Salvas : On le sait, les jeunes n’écoutent plus la télévision traditionnelle. Par contre, lorsqu’on regarde les chiffres de Crave ou d’ICI TOU.TV, on voit que les jeunes sont là. Ils regardent les séries autrement. Lorsque des jeunes voient mon lip-sync sur OD, alors qu’ils n’avaient jamais écouté
OD auparavant, ça leur donne le goût d’aller voir OD, ou d’autres émissions comme Le Cœur a ses raisons. Marc Labrèche m’a d’ailleurs beaucoup inspiré avec son humour. J’étais toujours très excité, en revenant de l’école, de m’installer devant la télévision et d’écouter plusieurs émissions d’affilée. Je veux, en quelque sorte, redonner aux jeunes cette excitation de découvrir nos séries ou nos films.
Dans ton parcours, tu as aussi une volonté de parler d’identité, de diversité et de représentation. Trouves-tu que notre culture offre aujourd’hui suffisamment de place à des voix et à des parcours différents?
Tommy-Lee Salvas : Ça me fait plaisir d’en parler ici. Il y a de plus en plus d’idées et de questions qui sont posées sur la place de la diversité sexuelle, culturelle et corporelle dans notre société et dans nos productions.
Je rêve de voir plus de personnes asiatiques. Bien sûr, il y a Kim Thúy ou encore Cynthia Wu-Maheux [bien connue pour son rôle dans District 31], par exemple, mais c’est rare de voir davantage de personnages d’origine asiatique. Pourtant, il y a des gens qui font partie de la société d’ici et qui sont asiatiques. C’est mon rêve d’en voir plus.
On a une belle production avec des personnes afrodescendantes : Lakay Nou [présentée sur ICI TOU.TV et créée par Frédéric Pierre]. On voit qu’il y a une évolution vers une plus grande diversité.
J’ai hâte d’ouvrir la télé et de voir des gens qui me ressemblent aussi, mais sans que l’on sente qu’on est obligé de cocher une case, que ce soit plus naturel. On sous-estime l’impact de la télévision et des productions sur les gens et les jeunes. Pourtant, cela permet un plus grand sentiment d’identification à la culture québécoise.
Si tu avais le pouvoir de faire découvrir une seule œuvre de chez nous à quelqu’un de ton âge qui ne la connaît pas, laquelle choisirais-tu? Et pourquoi?
Tommy-Lee Salvas : Oh, je ne peux pas en choisir seulement une, il y en a tellement… Je ne peux pas passer par-dessus Le Cœur a ses raisons, qui met la culture québécoise de l’avant. Je pense aussi à Unité 9 ou à Veille sur moi, avec Guylaine Tremblay et Pascale Renaud-Hébert. Les Parent, avec Anne Dorval et Daniel Brière. On y suit une famille avec trois enfants. La série montre bien la dynamique familiale au Québec, mais avec beaucoup d’humour. C’est le type d’émission qu’on écoutait en famille à la maison. C’est un genre d’humour qu’on est capable de faire ici, au Québec.
Quels sont tes projets à venir que nous devrions surveiller?
Tommy-Lee Salvas : Il y a quelques opportunités qui se présentent, mais je ne peux pas encore en parler. Sinon, oui, il y a une collaboration avec le magazine culturel et talk-show Pop! ou rien (sur Crave), animé par Marie-Josée Gauvin. Bien sûr, il faut surveiller aussi ma participation à la campagne C’est à NOUS!. Je suis très honoré et très fier d’y participer pour faire rayonner la culture québécoise et francophone.
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