Jeudi, 18 juin 2026
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    Les masculinistes s’inspirent des trans sans le savoir…

    Mâchoires reformatées à coups de marteau dans face. Corps redessinés grâce aux stéroïdes et aux shakes de protéines. Vêtements et autres standards les rapprochant d’un idéal. En cette ère de « looksmaxxing », soit l’amélioration de soi-même, les masculinistes ne réalisent pas que leurs méthodes semblent s’inspirer d’un groupe qu’ils ont en horreur : les personnes trans.

    J’imagine déjà les masculinistes préparer des répliques violentes après avoir lu un paragraphe les associant aux trans. Pas surprenant de la part de ces petits louloups fragiles qui ont besoin de se faire dicter comment vivre pour calmer l’anxiété qui les dévore quand vient le temps de penser par eux-mêmes. Occupés à ressembler à des mâles alpha, ces petits gars (de tout âge) ne réalisent pas qu’une IMMENSE INDUSTRIE a été mise en place pour les convaincre de tendre vers un idéal masculin en consommant tel ou tel produit. Ils n’ont pas non plus le recul pour voir les liens entre leur modus operandi et celui des trans.

    Si vous n’avez pas entendu parler des méthodes farfelues des millions de petits gars sur les réseaux sociaux, suivez le guide. En plus du looksmaxxing, on parle du « gymmaxxing » chez ceux prônant les multiples séances de gonflette, les gros muscles, les stéroïdes et les shakes protéinés auxquels même nos amis brillants ont succombé, alors que les scientifiques peuvent contredire leurs vertus en un clin d’œil. Sans oublier le « moneymaxxing » qui vise à améliorer salaire, économies et placements afin d’augmenter leurs chances d’être désirables sexuellement.

    À ce stade-ci, j’entends certain.e.s d’entre vous savourer l’ironie : après des siècles à faire subir aux femmes une pression folle pour qu’elles détestent leur corps, qu’elles soient happées par l’économie de la haine de soi et qu’elles veuillent correspondre à une image afin de plaire aux petits monsieurs… ces derniers subissent à leur tour les conséquences des standards de beauté malsains.

    Mais, pendant que les masculinistes tendent vers une masculinité plus affirmée, ne voyez-vous pas une forme d’ironie encore plus frappante ? Des millions d’hommes cis posent des gestes quotidiens pour se rapprocher d’une vision plus claire de leur identité de genre. À qui cela vous fait-il penser ? D’un côté, les personnes trans font des choix pour vivre en adéquation avec leur genre. Certaines l’expriment dans leur style (vêtements, accessoires, coupes de cheveux, maquillage). Plusieurs prennent des hormones. D’autres ont recours à des chirurgies : retirer ou ajouter les seins, construire un vagin ou un pénis, ajouter des courbes à leur silhouette ou… changer les traits de leur visage.

    D’autre part, les adeptes du lookmaxxing se donnent des petits coups de marteau dans le bas du visage, un peu chaque jour, dans l’espoir de redéfinir… les traits de leur visage. Ils plaquent leur langue contre leur palais pour avoir une mâchoire plus carrée. Ils pratiquent des exercices de gymnastique faciale pour transformer leur regard, dans le but d’avoir des « yeux de chasseur ». Certains font appel à des compléments alimentaires, des stéroïdes ou des injections pour changer leur corps.

    Sur les réseaux sociaux, ils s’encouragent à manger des croquettes pour hommes (boy kibble) dont le seul objectif est alimentaire, sans égard pour le goût et l’esthétique. Sans oublier les influenceurs archi populaires qui suggèrent de se blanchir les dents avec des moyens dangereux pour l’émail et les gencives. Ou ceux qui expliquent aux petits gars l’intérêt d’avoir des lèvres plus charnues. Vous pouvez rire et passer à un autre appel, mais vous pouvez aussi prendre un pas de recul. Réfléchir à ce qui pousse des millions d’hommes et de garçons à écouter de pareilles âneries. Considérer que les petits monsieurs sont en déroute, parce qu’ils n’ont pas encore réussi à s’adapter aux tentatives de rééquilibrage des privilèges qui leur donnent l’impression d’être désormais à la remorque de la société. Rappelez-vous qu’on ne leur a jamais appris à exprimer leurs émotions ni à entretenir des amitiés sincères (qui exigent de la vulnérabilité) à l’adolescence et à l’âge adulte. Qu’ils cherchent un sentiment d’appartenance. Qu’ils ont le sentiment d’avoir trouvé une communauté de bros mascu masc, sans jamais prendre conscience que les têtes dirigeantes de ces « communautés » s’intéressent surtout à leur portefeuille.

    Par-dessus le marché, ils ne réalisent pas qu’ils se rapprochent de plus en plus des trans. Eh non, je ne suis pas en train d’affirmer que les masculinistes vivent les mêmes souffrances que les personnes trans qui composent avec la dysphorie de genre, les insultes, le rejet, l’incompréhension, les attaques physiques, les viols et les meurtres, simplement parce qu’elles ne suivent pas le même chemin que la majorité et que les membres de cette majorité sont des petits pissous qui ont peur de la différence.
    Par contre, si je faisais partie des masculinistes, je me garderais une petite gêne quand l’envie leur prend de calomnier les trans, de retirer leurs droits et de travailler à leur effacement. Parce que, non, être né garçon et tout faire pour se transformer en archétype masculin n’est pas plus socialement acceptable qu’une personne trans qui tend vers sa vraie nature.

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