Le Brésil a recensé au moins 257 morts violentes de personnes LGBT+ en 2025, selon le bilan annuel du Grupo Gay da Bahia (GGB), publié le 18 janvier 2026. L’organisation — la plus ancienne ONG LGBT+ d’Amérique latine — compile ces données depuis 1980 à partir d’articles de presse, de réseaux sociaux et de signalements reçus, faute de statistiques officielles systématiques sur les crimes motivés par la LGBTphobie.
D’après le GGB, ces 257 décès équivalent à une mort violente toutes les 34 heures en moyenne. Le chiffre marque une baisse de 11,7 % par rapport à 2024 (291 cas), mais l’organisme insiste : cette diminution doit être interprétée « avec une extrême prudence » et ne signifie pas un recul de la LGBTphobie structurelle, dans un contexte de sous-déclaration chronique.
Des homicides, mais aussi des suicides liés à la LGBTphobie
Le rapport distingue 237 homicides et 20 suicides (catégorisation mise de l’avant dans ses “faits saillants”). Plus loin, le document détaille aussi la composition du total en incluant d’autres causes recensées dans les sources ouvertes (notamment des latrocínios, vols qualifiés ayant entraîné la mort, et d’autres circonstances), ce qui illustre la complexité — et parfois l’inhérence des classifications — lorsque l’État ne tient pas de registre national uniformisé des crimes haineux.
Les hommes gais et les personnes trans restent les plus ciblé·es
Comme les années précédentes, les hommes gais représentent la majorité des victimes : 156 cas (60,7 %). Les femmes trans (46) et les travestis (18) totalisent 64 victimes, soit près du quart de l’ensemble. Le GGB recense aussi des décès parmi les personnes bisexuelles (9), lesbiennes (4) et hommes trans (3). Trois personnes hétérosexuelles figurent également dans le bilan, tuées notamment parce qu’elles défendaient une personne LGBT+ ou étaient perçues comme appartenant à la communauté.
Le rapport souligne par ailleurs l’ampleur des zones d’ombre : 16 cas ne permettent pas d’identifier clairement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, un effet direct des lacunes dans les informations relayées par certains médias et rapports policiers.
Un crime au Distrito Federal relance l’alerte
La violence touche toutes les régions du pays, avec des signaux jugés préoccupants dans certains territoires, notamment au Distrito Federal. Début janvier, João Emmanuel Ribeiro Gonçalves de Moura Carvalho, professeur de 32 ans, a été tué à Sobradinho II (région de Brasília); l’enquête a mené à une arrestation et le dossier a été largement couvert par la presse locale.
« Leadership mondial » et sous-enregistrement : un portrait qui persiste
Le GGB affirme que le Brésil demeure, en 2025, le pays comptant le plus grand nombre de morts violentes de personnes LGBT+ recensées par ses sources, tout en rappelant que ces chiffres représentent « la pointe visible d’un iceberg » en raison du sous-enregistrement et de l’absence de mécanismes publics robustes de suivi.
Le rapport situe aussi la réalité brésilienne dans un contexte international : il cite notamment les données de Transgender Europe (TGEU), qui documentent les meurtres de personnes trans dans le monde, et rappelle que le Brésil y figure de manière récurrente parmi les pays les plus meurtriers.
Droits reconnus par les tribunaux, protections encore fragiles
Au-delà des chiffres, plusieurs observateurs décrivent une violence à la fois sociale et institutionnelle. Au Brésil, des droits fondamentaux — comme le mariage entre personnes de même sexe et la reconnaissance de protections contre la discrimination — ont été consolidés par la Cour suprême, plutôt que par une loi détaillée adoptée par le Parlement, laissant la protection juridique vulnérable aux reculs, aux angles morts bureaucratiques et aux variations d’application.
Dans votre texte source, l’avocat brésilien Marcelo Brito Guimarães, affilié à STOP homophobie, évoque aussi des freins persistants : manque de formation dans le système judiciaire, non-respect de droits déjà reconnus, et pressions de certains groupes religieux cherchant à remettre en question des avancées.
Les organismes communautaires en première ligne
Dans l’immédiat, l’essentiel du soutien retombe souvent sur les épaules des organismes et des collectifs LGBTQIA+ : hébergement d’urgence, cliniques communautaires, accompagnement psychosocial, accès à l’aide juridique, espaces culturels et réseaux de solidarité. Autant de « filets de protection » qui pallient l’absence — ou l’insuffisance — de politiques publiques structurées dans plusieurs régions.
Le GGB, comme d’autres organisations, réclame une mobilisation accrue de l’État : prévention, meilleure identification des crimes haineux, et implantation d’outils de collecte uniformisés à l’échelle nationale afin de sortir ces violences de l’invisibilité statistique.

