Renée Nicole Good était beaucoup de choses — épouse, mère de famille, poète, chanteuse, chrétienne pratiquante et personne « extrêmement compatissante », selon ses proches. Et n’était pas une « terroriste domestique ». Elle laisse dans le deuil ses trois enfants, sa conjointe, son ex-mari et sa mère.
Mercredi matin, cette femme de 37 ans a été abattue à Minneapolis, au Minnesota, par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Sa mort a rapidement provoqué une onde de choc à travers les États-Unis, non seulement en raison de la violence de l’intervention, mais aussi parce que la version officielle des événements est contestée par des vidéos et des témoignages.
L’incident survient dans un contexte de déploiement fédéral massif : le Department of Homeland Security (DHS) aurait envoyé près de 2 000 agents dans l’État dans le cadre d’une opération présentée comme une répression agressive contre une présumée fraude. Le DHS affirme que des « émeutiers » auraient tenté de bloquer des agents de l’ICE pendant ce que l’agence décrit comme des « opérations ciblées » dans le secteur de East 34th Street et Portland Avenue.
Selon les autorités, Renée Nicole Good aurait « transformé son véhicule en arme » en tentant de renverser des agents. Le DHS a qualifié ses gestes de « terrorisme domestique » et décrit la fusillade comme un acte de « légitime défense ». Mais plusieurs vidéos filmées sur place, ainsi que des témoignages de témoins oculaires, proposent un tout autre récit.
Les images disponibles montrent Good au volant, apparemment en train de quitter les lieux en tournant à droite, lorsqu’un agent s’approche de son véhicule par le côté et tire à travers la fenêtre du siège conducteur. La voiture accélère ensuite et percute un poteau. L’agent visible en train de tirer s’éloigne du véhicule endommagé. Ces éléments visuels contredisent l’affirmation selon laquelle elle aurait foncé sur les agents au moment des tirs — une contradiction qui alimente la colère et les appels à une enquête.
Cette mort, qualifiée par certains militants et élus de « meurtre extrajudiciaire », a été dénoncée par plusieurs élus et activistes LGBTQ+, ainsi que par le gouverneur du Minnesota Tim Walz et le maire de Minneapolis Jacob Frey. Tous exigent une enquête complète et demandent le retrait des agents de l’ICE de l’État. En parallèle, une campagne GoFundMe destinée à soutenir la conjointe de Good et ses enfants a dépassé les 600 000 $ en moins de 24 heures.
Pendant que l’ex-président Donald Trump la décrit — sans preuve — comme une « agitatrice professionnelle », ses proches pleurent une mère aimante, créative et peu impliquée politiquement.

Une épouse et une mère de trois enfants
Renée Nicole Good avait trois enfants : deux adolescents (15 ans et 12 ans) issus de son premier mariage, et un enfant de 6 ans né de son second mariage avec Timmy Ray Macklin Jr., décédé en 2023 à l’âge de 36 ans.
L’identité de sa conjointe actuelle n’a pas encore été confirmée officiellement, mais des vidéos largement partagées sur les réseaux sociaux montrent une femme en état de choc sur les lieux de la fusillade, affirmant en larmes : « Ils ont tué ma femme. Je ne sais pas quoi faire. On s’est juste arrêtées pour filmer les agents d’ICE et ils lui ont tiré dans la tête. On a un enfant de 6 ans à l’école. On vient d’arriver ici. » Dans une autre vidéo, cette personne apparaît penchée au-dessus d’un corps ensanglanté, au volant du véhicule.
Good était citoyenne américaine, née au Colorado. Elle avait auparavant vécu à Kansas City (Missouri), avant de déménager au Minnesota l’année dernière. Elle avait travaillé comme assistante dentaire et au sein d’une institution financière.
Une poète, une chanteuse, une passionnée d’écriture
Sur Instagram, Renée Nicole Good se décrivait — avec un drapeau de la fierté dans sa bio — comme une « poète, écrivaine, épouse et maman », se présentant aussi avec autodérision comme une « mauvaise gratteuse de guitare du Colorado », en train de découvrir Minneapolis.
Son ex-mari la décrit comme une femme dévouée, ayant voyagée en Irlande du Nord dans sa jeunesse et chanté dans une chorale au secondaire. Cette passion l’avait menée à étudier le chant, même si l’écriture était, selon ses proches, ce qui la définissait le plus.
Good a obtenu en décembre 2020 un diplôme en anglais au Old Dominion University, en Virginie, et a remporté la même année une distinction pour l’un de ses textes. Elle avait également animé un balado avec son second mari avant le décés de celui-ci.
Dans une déclaration publique, le président de l’université, Brian O. Hemphill, a décrit sa mort comme un symptôme d’un climat national où « la peur et la violence sont devenues monnaie courante ». Il a appelé à un retour de la civilité, en rappelant que l’État doit être redevable lorsque la force est utilisée par ceux qui sont censés protéger.

« Elle n’était pas une terroriste »
Malgré les affirmations du DHS, les proches de Good contestent fermement l’idée qu’elle ait été militante, encore moins dangereuse. Son ex-mari assure qu’elle était avant tout une créatrice et une mère, et qu’elle n’avait participé à aucune manifestation durant toutes les années où il l’a connue. Il affirme aussi qu’elle n’avait aucun casier judiciaire, à l’exception d’une contravention de stationnement.
Sa mère, Donna Ganger, a tenu un discours semblable, affirmant que sa fille n’était « pas du tout » impliquée dans les protestations contre l’ICE et qu’elle n’aurait jamais agi de manière violente. « Renée était l’une des personnes les plus gentilles que j’aie connues. Elle était extrêmement compatissante. Elle a pris soin des gens toute sa vie », a-t-elle déclaré.
Un drame qui ravive des blessures à Minneapolis
Cette fusillade survient dans une ville où la mémoire du meurtre de George Floyd en 2020 reste profondément vive. À Minneapolis, la question de l’usage de la force par des autorités armées — qu’elles soient policières ou fédérales — demeure un traumatisme collectif. La mort de Renée Nicole Good ravive donc des blessures, tout en intensifiant les demandes de transparence et de responsabilité.
À ce stade, l’enjeu central demeure : établir clairement ce qui s’est passé, et déterminer si la version officielle résiste aux images, aux témoignages et à l’exigence d’une enquête indépendante. Pour ses proches, en attendant, Renée Nicole Good n’est pas une étiquette ni un discours : elle est une mère, une épouse, une artiste — et une vie fauchée.

