Des parents LGBT cachent qui ils sont à l’école de leurs enfants, des travailleurs s’effacent pour conserver leur emploi et des couples hésitent avant de se tenir la main dans la rue, a affirmé la présidente du Human Rights Campaign, Kelley Robinson.
À Washington, à quelques pâtés de maisons de la Maison-Blanche — où le président Donald Trump orchestre ce que des défenseurs des droits civils décrivent comme une accélération autoritaire de l’appareil fédéral — le Human Rights Campaign (HRC) a publié jeudi un nouveau guide politique, accompagné d’un constat sans équivoque sur ce qu’a signifié la première année du second mandat de Trump pour les personnes LGBTQ+ aux États-Unis.
Les deux documents, One Year Out: LGBTQ+ Messaging Playbook for the Midterms et One Year In: LGBTQ+ Americans Under the Trump Administration, tiennent à la fois du plan de campagne et du signal d’alarme. Ensemble, ils soutiennent que les Américain·es LGBTQ+ deviennent moins visibles, moins en sécurité et plus précaires, à mesure que les protections fédérales s’effritent et que des politiques de « guerre culturelle » se généralisent à l’échelle nationale.
« Ce sont des temps terrifiants », a lancé Kelley Robinson devant une salle réunissant stratèges, militant·es et journalistes. « L’urgence dont nous avions averti n’est plus un avertissement : c’est désormais la réalité dans laquelle nous vivons. »
En 2023, alors que des élu·es républicain·es multipliaient, dans plusieurs États, des offensives législatives visant les communautés LGBTQ+, le HRC avait déclaré un état d’urgence national.
Un recul discret
Selon le nouveau sondage national du HRC, près de la moitié des adultes LGBTQ+ disent être aujourd’hui moins “out”qu’il y a un an. Plus de la moitié affirment être moins visibles dans la vie publique. Les deux tiers des personnes trans et non binaires rapportent des difficultés d’accès aux soins de santé.
Robinson a donné un visage à ces chiffres : des parents qui taisent leur identité à l’école de leurs enfants, des employé·es qui se rapetissent pour protéger leur poste et des couples qui réfléchissent à deux fois avant de se tenir la main sur le trottoir.
« Je vais le répéter », a-t-elle insisté. « Près de la moitié des personnes LGBTQ+ disent être moins out qu’il y a seulement un an. »
Elle a de nouveau traduit ces données en expériences concrètes : des parents qui se cachent à l’école, des travailleurs qui s’effacent pour conserver leur emploi, des patient·es qui évitent des cliniques et des couples qui hésitent à afficher un geste d’affection en public.
Les deux tiers des personnes trans et non binaires disent maintenant rencontrer des obstacles pour accéder aux soins, a-t-elle ajouté, dans un contexte où le financement fédéral de la recherche sur le VIH a été amputé et où des hôpitaux refusent des patient·es. Au travail, les personnes LGBTQ+ rapportent une hausse de la discrimination et un recul du sentiment de sécurité; plus de 80 % de celles qui subissent des biais envisageraient de quitter leur emploi — une instabilité qui se répercute sur les familles, le logement et les économies locales.
Robinson soutient que l’administration a « nationalisé » des politiques auparavant cantonnées à certains parlements d’États conservateurs, affaiblissant l’application des droits civils, sabrant les investissements en santé publique et réorientant les ressources fédérales vers l’application des politiques d’immigration — ce qui accélérerait, selon elle, une érosion systématique de la sécurité, de la dignité et de la stabilité économique.
Une doctrine offensive
Le nouveau guide du HRC appelle les candidat·es à abandonner une posture prudente et défensive. L’organisation recommande plutôt de se définir avant l’adversaire, de miser sur des valeurs partagées, de répondre frontalement à la désinformation et de passer à l’offensive.
Robinson a cité de récentes élections comme démonstration de ce virage : la victoire d’Abigail Spanberger en Virginie, celle de Mikie Sherrill au New Jersey, et la campagne municipale d’Omaha (Nebraska), où des attaques de « guerre culturelle » ont été contrées par une réplique devenue slogan : « Mon adversaire est obsédé par les toilettes. Moi, je m’occupe des nids-de-poule. »
Dans une entrevue accordée à The Advocate, Robinson a indiqué que le HRC fait pression sur la future administration Spanberger afin qu’elle applique rapidement et pleinement la Virginia Values Act, la loi antidiscrimination de l’État — particulièrement dans les écoles et les espaces publics.
« Notre demande numéro un, c’est l’application complète de la Virginia Values Act », a-t-elle déclaré. « Cela garantira que, dans les écoles, les milieux de travail et les espaces publics, les gens reçoivent la dignité et le respect qu’ils méritent. »
Elle a poursuivi : « Les gens votent avec un espoir, une prière, pour l’avenir qu’ils souhaitent. Ce qu’on a vu en Virginie, c’est un signal de ce qu’on verra ailleurs au pays : des électeurs qui rejettent l’extrémisme et réclament des dirigeant·es concentrés sur le coût de la vie, des écoles sécuritaires et de vraies solutions. »
Elle a aussi souligné que l’assermentation de Spanberger, prévue samedi et marquée par la présence de groupes LGBTQ+ dans les activités officielles, enverrait le message d’un État plus accueillant.
« La Virginie n’est pas seulement “pour les amoureux” », a-t-elle lancé. « La Virginie, c’est pour tout le monde. »
Les électeurs ne sont pas là où les républicains le croient
Joey Teitelbaum, vice-présidente principale à la recherche chez Global Strategy Group, affirme que des sondages menés dans des États charnières avec le HRC indiquent que les républicains se trompent sur l’opinion publique quant à l’égalité LGBTQ+.
Son équipe n’aurait jamais trouvé plus de 18 % d’électeurs, dans un État donné, qui estiment qu’être trans devrait être illégal — ce qui signifie que plus de quatre électeurs sur cinq ne s’alignent pas avec des efforts visant à évincer les personnes trans de la vie publique. Elle ajoute que les démocrates bénéficient d’un avantage de confiance d’environ deux contre un sur les enjeux LGBTQ+.

