L’ancien joueur australien de rugby à XIII Kane Evans a fait son coming out publiquement cette semaine, révélant avoir caché son homosexualité pendant près de deux décennies au sein d’un milieu sportif où les normes de masculinité demeurent particulièrement fortes.
Âgé de 32 ans, Evans a évolué pendant plus de dix ans dans la National Rugby League (NRL), le championnat de rugby à XIII le plus prestigieux d’Australie, avant de représenter les Fidji sur la scène internationale. Lors d’une entrevue télévisée diffusée cette semaine, il a raconté le poids du secret qu’il a porté durant une grande partie de sa carrière.
« J’ai passé des années à essayer d’être l’homme que les autres attendaient que je sois », a-t-il confié.
Selon lui, il a compris très jeune qu’il était attiré par les hommes, mais n’a jamais cru possible d’en parler ouvertement dans l’univers du rugby professionnel. La culture du vestiaire, la pression sociale et les attentes associées à la virilité ont contribué à entretenir ce silence pendant des années.
Une longue lutte pour survivre
Dans son témoignage, Kane Evans évoque sans détour les conséquences de cette dissimulation constante. Il raconte avoir traversé des périodes de dépression, de dépendances, de grande précarité financière et même des épisodes de pensées suicidaires.
Il affirme également avoir été victime de pressions et de tentatives de chantage liées à son orientation sexuelle.
« Ce n’était pas seulement un secret. C’était une question de survie », explique-t-il.
Aujourd’hui, le joueur dit ressentir un profond soulagement après avoir rendu publique son orientation sexuelle, affirmant vivre enfin avec une plus grande sérénité.
Son parcours met en lumière les effets souvent invisibles du manque de représentation LGBTQIA+ dans le sport professionnel masculin. Si les mentalités évoluent progressivement, plusieurs athlètes continuent de craindre les répercussions qu’un coming out pourrait avoir sur leur carrière, leur réputation ou leur intégration au sein de leur équipe.
Un tabou encore bien présent dans le rugby
Le rugby demeure l’un des sports collectifs masculins où les joueurs ouvertement gais sont les moins nombreux.
Dans le rugby à XIII, le précédent le plus marquant reste celui d’Ian Roberts, devenu en 1995 le premier joueur professionnel de ce sport à révéler publiquement son homosexualité. Trente ans plus tard, les exemples demeurent rares.
La décision de Kane Evans a toutefois été accueillie favorablement par plusieurs figures du rugby australien. Ian Roberts lui-même a salué publiquement son courage, soulignant l’importance de voir de nouvelles voix contribuer à normaliser la diversité sexuelle dans le sport.
Ce soutien contraste avec le silence qui continue souvent d’entourer ces questions dans de nombreux vestiaires, où les athlètes LGBTQIA+ demeurent largement invisibles.
Une réalité qui touche aussi le sport français
En France, les exemples restent eux aussi exceptionnels. En 2021, Jérémy Clamy-Edroux, alors pilier du Rouen Normandie Rugby, devenait l’un des rares joueurs professionnels de rugby à faire son coming out alors qu’il était encore en activité.
Sa prise de parole, réalisée dans le documentaire Faut qu’on parle diffusé sur Canal+, avait suscité de nombreuses réactions positives tout en mettant en évidence le manque de visibilité des personnes LGBTQIA+ dans les sports collectifs masculins.
Depuis, peu d’athlètes professionnels ont suivi le même chemin.
La visibilité comme enjeu de santé mentale
Au-delà de la dimension personnelle, le témoignage de Kane Evans rappelle que la question de la visibilité LGBTQIA+ dans le sport touche directement à la santé mentale et au bien-être des athlètes.
De nombreuses études démontrent que la peur du rejet, l’isolement et la nécessité de cacher une partie de son identité peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé psychologique. Pour plusieurs sportifs LGBTQIA+, le coming out ne représente donc pas seulement un geste symbolique : il s’agit aussi d’une démarche liée à leur sécurité, à leur équilibre personnel et à leur capacité de pratiquer leur sport sans vivre dans la dissimulation.
En partageant son histoire, Kane Evans rejoint le petit nombre d’athlètes qui ont choisi de rendre leur réalité visible malgré les risques que cela comporte encore. Un geste qui contribue à faire évoluer les mentalités et à ouvrir la voie aux générations futures de sportifs LGBTQIA+, dans le rugby comme ailleurs.

