En 2011, Daniel Nolasco quitte Catalão, petite ville de l’intérieur du Brésil, pour étudier le cinéma à Rio de Janeiro. Dans son groupe d’amis queer, il est le premier à partir. Dix ans plus tard, plus aucun d’entre eux ne vit à Catalão : certains sont partis à leur tour. D’autres sont morts. Avec Little Tragedies, le réalisateur de Dry Wind revient sur cette jeunesse et sur ce que signifie grandir queer dans un endroit où partir peut sembler la seule façon de devenir pleinement soi-même.
Le point de départ est largement autobiographique. Daniel Nolasco retourne vers la ville qu’il a quittée, vers les amitiés qui l’ont construit et vers cette période où une bande de jeunes queer tentait de trouver sa place loin des grandes métropoles et des communautés LGBTQ+ plus visibles. Catalão est décrite comme une ville « trop agréable pour qu’on la quitte ». Une formule presque ironique tant le film s’intéresse précisément à ce qui peut pousser certains à partir : le sentiment d’étouffement, l’absence de perspectives, la difficulté d’imaginer une vie queer là où l’on a grandi.
Mais quitter n’est pas nécessairement une victoire. Partir signifie aussi abandonner des amis, une famille choisie, des lieux et une version de soi qui n’existe désormais plus que dans la mémoire. Pour celui qui a réussi à construire sa vie ailleurs demeure alors une question plus inconfortable : pourquoi certains ont-ils pu partir et d’autres non?
Nolasco transforme cette matière intime en réflexion plus large sur les trajectoires queer hors des grands centres urbains. Il y mêle mémoire, désir, deuil et sentiment d’appartenance, avec cette sensualité déjà très présente dans Dry Wind et Only Good Things. Plutôt que de céder à la nostalgie, il regarde aussi les absences et ce que le temps a irrémédiablement défait.
Little Tragedies parle ainsi autant de ceux qui sont partis que de ceux qui ne sont plus là. Et peut-être surtout de la responsabilité de celui qui revient : raconter ce qu’ils ont été pour empêcher leur disparition complète. Le titre évoque de « petites tragédies ». Pour ceux qui les ont vécues, elles ne l’étaient évidemment pas. Voilà précisément pourquoi quelqu’un devait revenir pour les raconter.
INFOS : À voir lors du 39e festival image+nation, qui se déroulera du 19 au 29 novembre.
Le film sera présenté le 21 novembre à 14:30, au Cinéma JA de Sève (LB-125) | Concordia University 1400 Boul. de Maisonneuve O. Montréal, QC H3G 1M8 (métro Guy-Concordia). BILLETS.
Billetterie : https://image-nation.org