Vendredi, 25 septembre 2026
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    Les geeks seraient-ils plus ouverts à la non-monogamie?

    Les adeptes de Dungeons & Dragons, de jeux de société, d’anime, de cosplay, de bandes dessinées ou de science-fiction auraient-ils davantage tendance à explorer le polyamour et la non-monogamie? Des données compilées par l’application de rencontres Feeld révèlent une association étonnante entre les passions « geek » et les relations non monogames. 

    Selon les données recueillies auprès des membres de Feeld, une application de rencontres particulièrement populaire auprès des personnes explorant différentes formes de sexualité et de relations, les adeptes de jeux de rôle et de jeux de table seraient 65 % plus susceptibles d’être non monogames — qu’il s’agisse de polyamour ou d’une autre forme de non-monogamie éthique (NME).

    Le phénomène ne s’arrête pas à Dungeons & Dragons. Les personnes pratiquant la non-monogamie éthique ou le polyamour seraient 80 % plus susceptibles de s’intéresser aux jeux vidéo que les membres monogames de Feeld.

    Les amateurs d’anime et de cosplay seraient pour leur part 38 % plus susceptibles d’être non monogames que la moyenne des utilisateurs de l’application. L’écart grimpe à 50 % chez les lecteurs de bandes dessinées et à 83 % chez les amateurs de science-fiction.

    Évidemment, aimer Star Trek, les mangas ou passer son vendredi soir autour d’une table de D&D ne signifie pas automatiquement qu’on pratique le polyamour. Ces chiffres montrent une corrélation parmi les utilisateurs de Feeld, pas un lien de cause à effet.

    De Dungeons & Dragons au polycule

    Feeld avance néanmoins quelques hypothèses pour expliquer cette association.

    La non-monogamie éthique ne consiste pas simplement à multiplier spontanément les partenaires. Les personnes vivant des relations polyamoureuses doivent souvent faire preuve d’une bonne capacité d’organisation afin de consacrer du temps aux différentes personnes avec lesquelles elles entretiennent des relations.

    Or, quiconque a déjà essayé de réunir régulièrement quatre, cinq ou six adultes autour d’une table pour une campagne de Dungeons & Dragons sait que la gestion des horaires peut elle-même devenir une aventure épique.

    Autre point commun : les règles et les négociations.

    Les relations non monogames peuvent nécessiter de nombreuses discussions sur les limites de chacun, l’intimité, la communication, le degré d’information partagé entre les partenaires ou encore la manière de gérer les différentes relations.

    Les jeux de rôle reposent eux aussi sur des règles, des décisions collectives, des négociations et une capacité à comprendre le point de vue des autres.

    Hunt Ethridge, spécialiste des rencontres et lui-même joueur de Dungeons & Dragons, estime que le célèbre jeu de rôle demande justement de se mettre à la place de quelqu’un d’autre.

    Selon lui, D&D fait appel à la vulnérabilité, à l’intelligence émotionnelle, à la réflexion collective, à la résolution de problèmes et à la capacité de rire lorsque tout s’effondre — ce qui, reconnaît-il, finit inévitablement par arriver.

    Autant d’aptitudes qui peuvent également être utiles lorsqu’il faut naviguer dans des relations humaines plus complexes, notamment le polyamour et la non-monogamie éthique.

    La génération Z beaucoup plus curieuse

    Au-delà de la dimension « geek », les données de Feeld montrent surtout une ouverture beaucoup plus importante envers les modèles relationnels non traditionnels chez les plus jeunes utilisateurs de l’application.

    En moyenne, 30 % des membres de Feeld indiquent la non-monogamie éthique parmi leurs intérêts. Chez les membres de la génération Z, cette proportion atteint 53 %.

    L’écart est encore plus marqué pour le polyamour : 42 % des utilisateurs de la génération Z sur Feeld disent s’y intéresser, comparativement à seulement 15 % de l’ensemble des utilisateurs.

    Les recherches de l’application se sont également intéressées à l’anarchie relationnelle, une approche qui remet notamment en question l’idée qu’une relation amoureuse devrait automatiquement être placée au-dessus des autres relations importantes dans la vie d’une personne.

    Selon Feeld, les personnes qui adoptent cette approche seraient particulièrement susceptibles d’accorder de l’importance à l’établissement de limites claires ainsi qu’à l’honnêteté, à l’empathie et à la conscience des besoins de chacun.

    L’anarchie relationnelle, le polyamour et la non-monogamie éthique ne désignent pas exactement les mêmes réalités. Ils ont toutefois en commun de remettre en question certains modèles traditionnels du couple et de nécessiter généralement des discussions explicites sur les attentes et les limites de chacun.

    Des chiffres à prendre pour ce qu’ils sont

    Il faut néanmoins résister à la tentation d’en tirer des conclusions trop générales.

    Feeld n’est pas un échantillon représentatif de la population. L’application se présente précisément comme un espace accueillant pour les personnes curieuses d’explorer différentes formes de relations, de sexualités et de désirs. Il n’est donc pas surprenant d’y retrouver davantage de personnes intéressées par le polyamour ou la non-monogamie que dans la population générale.

    Les données ne démontrent pas non plus que jouer à Dungeons & Dragons rend polyamoureux — pas plus que le polyamour ne donnerait soudainement envie de se lancer dans une campagne de D&D.

    Elles mettent toutefois en lumière un croisement culturel intéressant entre deux univers où l’on retrouve souvent exploration, imagination, négociation des règles et remise en question des conventions établies.

    Et elles donnent peut-être une nouvelle signification à cette éternelle question des soirées de jeux : « Qui est libre vendredi soir? »

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