Mercredi, 30 septembre 2026
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    Wonderful Joe le retour à Montréal du marionnettiste Ronnie Burkett

    L’un des grands marionnettistes de sa génération, Ronnie Burkett présentera à Montréal Wonderful Joe, du 13 octobre au 1er novembre. Élevé à Medicine Hat, en Alberta, Burkett remporte, à seulement 22 ans, un Emmy Award en 1979 pour avoir créé les marionnettes de l’émission de PBS Cinderrabbit. Il fonde ensuite, en 1986, le Ronnie Burkett Theatre of Marionettes, avec lequel il présente des œuvres satiriques destinées à un public adulte.

    La suite appartient à l’histoire.

    Installé à Toronto, Burkett a depuis récolté une impressionnante série de prix et distinctions prestigieuses. En 2019, il a été nommé officier de l’Ordre du Canada. Ce véritable trésor
    national canadien revient à Montréal avec Wonderful Joe, qui prendra l’affiche au Théâtre Centaur le 13 octobre.

    Wonderful Joe suit un homme gai vieillissant et son vieux chien alors qu’ils effectuent une dernière promenade dans leur quartier bien-aimé, désormais en pleine gentrification, après avoir été expulsés de leur logement de longue date. La production acclamée aborde plusieurs enjeux sérieux qui touchent les communautés LGBTQ+ vieillissantes, le tout raconté avec l’humour camp et le style inimitable de Ronnie. Nous nous sommes récemment entretenus avec lui pour une franche séance de questions-réponses.

    Dans Wonderful Joe, la gentrification force les locataires de l’immeuble de Joe à partir pour faire place à une nouvelle tour de condos.

    Ronnie Burkett : J’ai eu cette idée d’un homme queer âgé qui n’est plus capable de vivre seul. Il doit être placé dans une résidence, mais sans son chien, qui serait envoyé dans un refuge. Comme je suis constamment en tournée, je loge toujours dans les centres-villes, et ce que j’ai commencé à remarquer dans énormément de villes m’a vraiment choqué — même à Montréal : « Mais c’est quoi tous ces condos? Ça commence à ressembler à Toronto. » Des vieux quartiers qu’on aime sont gentrifiés ou carrément rasés. C’est de là qu’est venue mon histoire. Joe est un vieux monsieur qui fait une dernière grande promenade dans son quartier.

    Le fait que Joe soit un homme gai âgé joue-t-il un rôle important dans le spectacle?
    Ronnie Burkett : Dès le début, quand il dit au revoir, une voisine lui lance : « Oh, you’re as queer as a Three Dollar Bill. » Mais Joe passe surtout sous le radar à plusieurs niveaux : il est pauvre, âgé et queer. Personne ne fait vraiment attention à lui. Ça fait de lui un observateur. Et au fil de son parcours, on rencontre une travailleuse du sexe trans, puis on voit un retour en arrière sur la jeunesse de Joe, quand il était lui-même un jeune hustler. La joie est son mode de fonctionnement. Joe ne ressent donc aucune honte à propos d’aucune partie de sa vie.

    Comment ton propre vécu, notamment le fait d’avoir survécu aux premières années dévastatrices du sida, a-t-il nourri cette dimension de la vie et du personnage de Joe?
    Ronnie Burkett : J’en ai des frissons. Peu de gens me parlent encore de cette époque. Pour ceux d’entre nous qui y ont survécu, il y a une responsabilité de témoigner. J’en ai toujours été profondément conscient. Et même si je pense qu’il est facile de se plaindre de vieillir, je fais toujours attention de ne pas célébrer trop fort le fait d’avoir survécu, par respect pour tous ces êtres merveilleux qui, eux, n’ont pas eu cette chance.

    Honnêtement, je ne crois pas qu’il y avait vraiment une communauté queer avant le sida. Comme tu le sais, nous étions séparés. Les lesbiennes et les gais ne se mélangeaient pas vraiment. Mais avec le sida, des personnes queer très différentes se sont réunies autour d’un même objectif, et c’est la première fois que j’ai réellement ressenti ce sentiment de communauté. Je pense qu’il y a quelque chose de ça dans les déambulations de Joe.

    Joe rencontre toute une galerie de personnages formidables, dont une travailleuse du sexe trans. Comment la pièce aborde-t-elle l’amitié, la loyauté et l’importance de soutenir les personnes marginalisées?
    Ronnie Burkett : Ce sont des personnages qui ne s’excusent pas d’être là. Ils occupent leur territoire. C’est chez eux. Et ils sont aussi très drôles. Certaines histoires racontées par les personnages viennent directement de choses que j’ai entendues de la bouche de personnes qui travaillent sur le terrain, en première ligne, dans la rue.

    Joe est une rare voix de sagesse queer vieillissante. Comment Wonderful Joe aborde-t-il l’âgisme dans la communauté gaie masculine?
    Ronnie Burkett : Ça ne l’aborde pas directement. Mais en faisant du personnage le plus attachant, le plus charmant et le plus magique de la pièce un vieil homme gai, je pense que ça en dit déjà énormément aux jeunes personnes queer.

    Tu as 69 ans. Comment l’âgisme t’a-t-il touché?
    Ronnie Burkett : J’ai déjà eu de jeunes artistes de théâtre qui m’ont dit en pleine face :
    « OK, tu as eu ton tour. Maintenant, c’est le nôtre. »

    Et les sorties en club?
    Ronnie Burkett : Je ne sors plus tellement. Je me souviens qu’un jeune ami m’appelait à 23 h ou minuit pour me demander de le rejoindre dans un club. Au bout de quelques mois, j’ai fini par le faire asseoir et je lui ai dit : « Tu ne contactes pas des hommes de notre âge sur un coup de tête. Il nous faut trois jours de préparation! » On ne se pomponne plus aussi vite qu’avant.

    Mon point de référence gai en matière de marionnettes, c’était Wayland Flowers et Madame. Et tu as toute une histoire à son sujet.
    Ronnie Burkett : Quand j’avais 19 ans, j’ai eu la chance d’être embauché à New York par Bil Baird, celui qui avait créé les marionnettes de The Sound of Music. Tous les matins, en allant travailler, je passais devant le Stonewall Inn! Bref, Bil Baird, son fils Peter et moi sommes devenus très, très proches. Peter et sa petite amie de l’époque connaissaient Wayland, qui présentait alors un spectacle dans un cabaret de l’Upper West Side. Ils m’ont dit : « Viens, il faut absolument que tu voies ce type. » Alors on y est allés. Eh bien, le spectacle a changé ma vie. Je n’avais jamais vu quelqu’un faire quelque chose comme ça avec des marionnettes. Je n’avais jamais vu ce genre de travail pour adultes. Ça m’a
    littéralement fait exploser le cerveau. Et peu importe ce que Wayland pouvait être comme personne — tu sais, une grande bitchy Southern Queen —, c’était un génie absolu.

    Après le spectacle, ils m’ont dit : « On va aller le voir en coulisses. » J’étais tellement excité. J’avais des tonnes de questions à lui poser. Quand ils m’ont présenté, Wayland s’est retourné, m’a regardé de haut en bas et m’a lancé : « Didn’t I rim you in a hallway? »
    Voilà. Ça a été mon interaction avec Wayland!

    J’ai vu des photos de toi quand tu étais jeune. Tu étais vraiment un twink!
    Ronnie Burkett : Je l’étais!

    Quand Wayland Flowers t’a vu, il a sûrement pensé : “Wow!”
    Ronnie Burkett : Ce qui est drôle, c’est que l’ex-copain de Wayland était un designer d’intérieur français que j’ai aussi rencontré par l’intermédiaire de Peter Baird. Il m’engageait pour travailler dans les cocktails chez lui et vider les cendriers. Au milieu des années 1970, c’était quelque chose comme 50 $ pour une soirée. C’était une fortune. Tout ce que j’avais à faire, c’était circuler, ramasser les verres, les apporter dans la cuisine et nettoyer les cendriers. Et je pense qu’il y avait aussi une certaine attente que je reste pour la nuit après le départ des invités. Quand tout le monde était parti, je disais : « OK, tout est propre. Il y a autre chose? » Il me regardait et disait : « You are so sweet », me donnait mon argent, et je partais. Si j’avais été un autre type de gars, j’aurais probablement vécu une expérience très différente.

    As-tu hâte de revenir à Montréal? Parce que nous, on a très hâte de te revoir!
    Ronnie Burkett : Oui! Et je suis surtout ravi de ne pas venir en plein cœur de l’hiver. Sérieusement, habituellement je viens toujours à Montréal en fucking février!

    Qu’est-ce que ça te fait quand les gens te qualifient de légende vivante — parce que tu en es une, Ronnie?
    Ronnie Burkett : Eh bien, je suis comme tout le monde dans le milieu des arts : je travaille encore. En ce moment, par exemple, on est en train de construire 11 nouveaux personnages pour The Daisy Theatre, parce que cette saison marque le 40e anniversaire du Theatre of Marionettes. Mais je vais te dire quelque chose qui n’est pas encore complètement défini. Toute ma vie, j’ai toujours pensé que j’allais continuer à travailler jusqu’au jour où je tomberais raide mort. La blague, ça a toujours été que je mourrais avec une marionnette dans la main.

    Mais je crois maintenant que j’ai encore un dernier grand spectacle en moi. Mon équipe — mon noyau dur — est avec moi depuis 40 ans. Et ma petite équipe commence à faire comprendre qu’il serait peut-être temps de prendre sa retraite. Je me suis dit : « À ce stade de ma carrière, ces gens sont irremplaçables. Je n’ai pas envie de trouver une nouvelle personne pour ceci ou une nouvelle personne pour cela. »

    Alors je leur ai dit : « Hé, les gars, si on construisait un dernier grand spectacle épique?
    Parce que j’ai une très bonne idée. Et pourquoi ne pas prendre deux ans pour le faire plutôt qu’un, histoire de pouvoir dormir, se reposer et avoir des fins de semaine? »

    C’est donc un peu le plan : créer un dernier grand spectacle épique. Le titre de travail est Sissy Geppetto Saves the World. Et avec The Daisy Theatre, Little Dickens, Little Willie et Wonderful Joe, j’ai suffisamment de spectacles au répertoire pour continuer encore une dizaine d’années. C’est un peu ça, le plan.

    Ça me fait plaisir de voir de jeunes marionnettistes te rendre hommage comme pionnier queer.
    Ronnie Burkett : De jeunes marionnettistes me disent : « Quand je t’ai vu il y a 25 ans, tu étais ouvertement queer sur scène, sans t’excuser de l’être. » Ils me remercient, et ça me fait du bien, parce qu’à l’époque, on ne nous invitait pas vraiment à être aussi queer. Il n’y avait qu’une poignée d’entre nous dans le théâtre au Canada qui avaient décidé qu’on allait être aussi bruyants, aussi visibles. Je ne crois pas que j’aurais pu faire autrement.

    INFOS | Wonderful Joe est présenté au Théâtre Centaur du 13 octobre au 1er novembre.
    Billets : centaurtheatre.com

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