L’écrivain montréalais Jay Quint a toujours voulu être un auteur populaire, mais aussi un écrivain apprécié des écrivain·es. Il y parvient avec la publication de son nouveau récit autobiographique, Village Dreams: a critical view from the ’60s and ’70s (Guernica Editions), une œuvre qu’il décrit comme de la « critique culturelle créative ».
Village Dreams porte sur les célèbres Villages gais — mais il ne s’agit pas d’une histoire de ceux-ci. Quint entremêle sa propre crise existentielle et son syndrome de la page blanche à une chronique de l’évolution de la contre-culture et de l’émergence des célèbres Villages gais à travers le monde, dont celui de Montréal.
Paul Wilner, critique au journal Bay Area Reporter de San Francisco, observe que Village Dreams « offre un survol historique et poétique de l’essor des Villages gais de West Hollywood, San Francisco et Montréal, la ville natale de l’auteur, après la disparition des rassemblements communautaires majoritairement hétérosexuels des années 1960 […]L’œuvre remarquablement ambitieuse de Quint va bien au-delà de la simple sociologie. Elle se situe quelque part entre la monographie, le récit historique et le poème en prose. »
Après avoir obtenu un baccalauréat en commerce de l’Université Concordia en 2005, Quint a passé la vingtaine à vivre et à faire la fête à Sydney, Paris, Miami, Los Angeles et Toronto. Il est revenu à Montréal après avoir autopublié Tides of Vanity, un récit autobiographique truffé de noms de célébrités, un projet qu’il considère aujourd’hui comme l’un de ses « grands échecs ».
Au cours de la dernière décennie, il a lu avec voracité, jetant ainsi les bases de Village Dreams, dans lequel il cite et évoque une foule d’auteur·rices, de Susan Sontag et Joan Didion à Edmund White et Armistead Maupin.
Jay et moi nous sommes récemment rencontrés pour un entretien sans détour.
Vous avez fait beaucoup d’introspection avant d’écrire Village Dreams, dans lequel vous mentionnez brièvement votre « malheureux premier livre », Tides of Vanity. Qui étiez-vous à cette époque, et que s’est-il passé pour changer le cours de votre vie?
Jay Quint : J’étais un gars de party. J’ai quitté Montréal pour South Beach, où j’habitais à un coin de rue de Lincoln Road, qui était encore très animée à l’époque. J’ai commencé Tides of Vanity en racontant que tous les vétérans de la scène là-bas considéraient déjà South Beach comme dépassée à ce moment-là. Versace était déjà mort; son meurtre avait marqué un tournant. Mais pour moi et les gens de mon âge, South Beach avait encore quelque chose de spécial. Et je suis devenu ami avec Christopher Ciccone, le frère de Madonna, qui est devenu pour moi une sorte de grand frère.

Est-ce que l’autopublication de Tides of Vanity, en 2015, a clos ce chapitre de votre vie?
Jay Quint : Oui. J’avais quitté Miami pour Los Angeles, où je continuais à faire la fête, à fréquenter Bryan Singer et ce genre de personnes. J’avais l’impression de toujours répéter les mêmes choses : sexe, drogue et rock’n’roll. Se réveiller fatigué, aller au gym. Et j’en avais assez. Mais ce livre a été un échec. Ça n’a pas été un succès. Il marque toutefois une époque de ma vie. Vous avez obtenu un baccalauréat en commerce de Concordia en 2005.
À l’origine, qu’est-ce que vous vouliez faire de votre vie?
Jay Quint : J’ai terminé mon diplôme et je suis parti en Australie. Mais j’étais perdu et confus sur le plan sexuel.
Vous n’aviez pas fait votre coming out?
Jay Quint : Non. Je n’avais pas fait mon coming out. J’étais très confus. Je suivais le droit chemin, faute de mieux. À l’époque, une carrière dans l’écriture ne me semblait pas réaliste. Alors, quand je suis revenu à Montréal en 2015, je suis retourné à Concordia et j’ai suivi un cours d’écriture. Comme c’est typique de moi, je n’ai pas terminé le cours, mais il m’a motivé à commencer à écrire et à lire. Les cinq ou six années suivantes, consacrées presque entièrement à la lecture, m’ont amené à découvrir le Village de Montréal par un samedi après-midi ensoleillé, ce qui est devenu la source d’inspiration de Village Dreams.
Vous avez trouvé votre voix avec Village Dreams.
Jay Quint : Oui, mais j’étais rendu à plus de 15 versions du manuscrit lorsque j’ai
commencé à le soumettre aux maisons d’édition.
Vous êtes incroyablement cultivé et vous mentionnez et citez dans Village Dreams de nombreux grands auteurs — parmi lesquels Susan Sontag, Proust et Edmund White. Une liste dont, j’imagine, vous ne seriez pas mécontent de faire partie. Comment vous définissez-vous?
Jay Quint : Je trouve ça bizarre quand les gens commencent à se qualifier eux-mêmes de poètes ou d’écrivains. Je trouve ça un peu prétentieux. Si je suis quelque chose, je suis d’abord un lecteur.
Aujourd’hui, vous vivez dans Shaughnessy Village, où habitaient de nombreux gais à l’époque où le Village gai de l’ouest de Montréal était florissant au centre-ville, dans les années 1960, 1970 et au début des années 1980.
Jay Quint : J’aime vraiment Shaughnessy Village. Je ne sais pas où ailleurs dans la ville je préférerais vivre.
Allez-vous toujours au Shaughnessy Café?
Jay Quint : Tous les jours!
Village Dreams explore le parcours qui a mené à la création de l’actuel Village de Montréal, dans l’est de la ville, et se termine sur une note généralement positive.
Jay Quint : Ce qui est intéressant avec Village Dreams, c’est que le livre parle du Village pendant la journée, alors qu’auparavant, pour moi, le Village avait toujours été un endroit où aller le soir. Je suis tombé par hasard sur la rue Sainte-Rose, dans le Village, en plein jour, pendant la COVID, alors que les rues étaient particulièrement tranquilles. Je ne m’attendais pas à apprécier le Village de jour, mais ça m’a plu, et cela m’a inspiré à écrire mon livre.
INFOS | Village Dreams: a critical view from the ’60s and ’70s, de Jay Quint, est publié par Guernica Editions.

