Habituée à faire vibrer le public en solo, Alexandra Stréliski montera sur scène avec huit acrobates du Cirque Le Roux dans le spectacle « Entre chiens et louves », présenté à la Place des Arts du 4 au 15 novembre prochain. Derrière cette création sur les relations amoureuses et la quête de liberté, on découvre une fabuleuse amitié entre trois créateurs queers : la pianiste et ses amis Greg Arsenal et Philip Rosenberg, qui ont pris plaisir à remonter le temps avec Fugues.
Comment êtes-vous devenus amis?
Alexandra : Il y a environ 18 ans, on s’est connus quand on habitait Villeray dans des colocations avec des musiciens et des artistes de cirque. J’ai d’abord rencontré Greg aux tam-tams du
Mont-Royal.
Greg : On a connecté dès le départ. Philip était dans ma promo à l’École nationale de cirque.
Philip : On s’est mis ensemble et, du coup, j’ai rencontré Alex.
Quels souvenirs retenez-vous de cette période?
Greg : Pendant nos années d’études, on passait tous nos week-ends ensemble, dès qu’on
pouvait se voir pour des brunchs, des soirées ou des après-midis dans les parcs. Alex m’a appris à jouer du piano, plus ou moins.
Alexandra : Imaginez les pantalons thaïlandais achetés aux tam-tams, des colliers de billes en bois et beaucoup de bières Tremblay. On rapportait des caisses vides dans la ruelle pour aller chercher 5,50 $ au marché. Il y avait des gens qui jonglaient dans la cour avec des quilles en feu et des jam-partys. Parfois, la police se présentait.
Alexandra, veux-tu présenter le Cirque Le Roux au public québécois?
Alexandra : C’est une compagnie moderne. Leurs spectacles sont très esthétiques.
Je dirais aussi que c’est très français dans la scénographie, ce qui vient avec quelque chose
d’organique dans les décors. Les éclairages sont magnifiques. Et ce sont évidemment de très grands athlètes.
Greg : Le Cirque Le Roux est parti d’une envie de réunir toutes nos expériences. Philip a travaillé deux ans avec Les 7 Doigts de la main sur le spectacle Traces. Moi, j’ai déjà bossé avec eux. On connaît bien le Cirque Alfonse, car on a créé un spectacle avec eux il y a plusieurs années. On développe notre vision du spectacle vivant. C’est très cinématographique et virtuose. Nos spectacles sont assez actuels, sans être politiquement engagés. On veut questionner
des choses.
Vous avez une approche « ciné-cirque ». Qu’est-ce que c’est?
Philip : On aime suivre un fil conducteur avec une narration, on développe des personnages qui sont très charismatiques et on aime que nos scénographies réagissent un peu comme des caméras : avec la lumière et les jeux d’espace, on crée des focus, des zooms et des travellings.
Greg : On veut que le public ressente un attachement réel envers nos personnages. Quand on ajoute le cirque à cela, les spectateurs vivent une empathie encore plus réelle, car il y a la peur et le risque. Ils sont encore plus en haleine quand un comédien qu’ils aiment exécute un salto.
Les gars, pourquoi demandez-vous à Alexandra de composer la musique de tous
vos spectacles?
Greg : La relation créative entre nous est exceptionnelle. On n’a qu’à regarder l’autre dans les yeux pour comprendre ce qu’il pense. Grâce à notre amitié, on arrive à aller plus loin dans la création. Et ce qu’elle fait comme musique nous touche énormément. Elle travaille sur l’image dans la même veine que nous. C’est la sensibilité qu’il nous fallait.
Alexandra, pourquoi leur as-tu confié la mise en scène de tes concerts?
Alexandra : Il y a un respect artistique mutuel et une confiance aveugle dans nos choix créatifs respectifs. Ça joue pour beaucoup. Quand tu ne fais pas confiance à tes collaborateurs, tu remets en question chaque décision. Aussi, à l’époque d’Inscape, j’étais terrifiée à l’idée de monter sur scène. J’avais littéralement besoin de mes meilleurs amis pour m’aider, de leur bienveillance et d’une confiance absolue dans leur regard.
Parlez-nous de la création du spectacle « Entre chiens et louves ».
Greg : C’est un show pour lequel Alex a composé plusieurs musiques originales. À la base, il n’a pas forcément été conçu pour qu’elle monte avec nous sur scène. Le spectacle est une commande d’un magasin à Paris, Le Bon Marché Rive Gauche. Elle est déjà venue jouer en live. Ça nous a replongés dans nos souvenirs du Festival de Jazz en 2008, quand on offrait des spectacles de rue et qu’elle nous accompagnait au piano pendant qu’on faisait des acrobaties. Du coup, c’est fou d’imaginer se retrouver sur scène à la Place des Arts et à Paris en décembre prochain!
Huit acrobates vont incarner des personnages en 1850, en 1960 et en 2026. Qu’est-ce qui les relie?
Greg : On suit trois couples qui vivent des enjeux similaires à trois époques différentes.
On montre au public qu’on répète encore les erreurs du passé. On est tous en train de combattre pour la liberté, contre l’oppression du couple et de la société en général. Il y a deux personnages principaux qui sont queers en 1960 et en 2026. On traite leurs histoires de façon différente.
Il y a une réflexion sur les dynamiques de genre.
Philip : Le couple qu’on représente sur scène expose un peu notre propre dynamique dans la vraie vie. On voulait montrer que notre relation pourrait être queer ou hétéro. Mon personnage pourrait être remplacé par une femme et ça ne changerait rien. On est tous en train de se battre et de vivre à peu près les mêmes choses.
Alexandra, est-ce que la terreur de la scène a disparu?
Alexandra : Complètement! C’est cliché de dire qu’en faisant les choses, on combat nos peurs, mais ça reste vrai. En plus, Philip a un côté perfectionniste que j’ai moi aussi et Greg a tendance à croire que ça va bien aller, tant qu’on est sur la bonne voie. Ces deux tempéraments m’ont vraiment aidée à trouver un équilibre.
INFOS | ENTRE CHIENS ET LOUVES du Cirque Le Roux avec la participation d’Alexandra Stréliski, du 4 au 15 novembre, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

