Mercredi, 30 septembre 2026
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    Alain Labonté, éloge de l’amitié en temps de sida

    Il est difficile d’esquisser un portrait du livre Mourir, pointé du doigt d’Alain Labonté, tant il entremêle avec justesse et limpidité des thèmes dans lesquels nous nous retrouverons tous. Le sida et sa période la plus sombre, le rejet et la stigmatisation qu’ont subis les premières personnes atteintes, mais aussi l’importance de la solidarité et du soutien, que l’on pourrait résumer ainsi : la force de l’amitié. Un témoignage souvent poignant, mais sans pathos, qui pose un regard clinique sur cette période et se lit comme un roman d’apprentissage pour l’auteur, alors dans la vingtaine, qui débarque à Montréal et découvre ce que l’on appellerait aujourd’hui une nouvelle famille, une famille choisie.

    Autour d’un café, Alain Labonté revient sur la genèse de ce livre. Il le portait en lui, mais peut-être que, pour ne pas revisiter ces souvenirs douloureux, il ne l’avait jamais couché sur le papier. « C’est avec la COVID que nous avons traversée, mais aussi sous la pression de connaissances qui, lorsque j’évoquais l’épidémie du sida et ce que j’avais vécu, me disaient que je devais raconter cela pour que l’on n’oublie pas, que l’on n’oublie pas ceux qui sont tombés à cause de cette maladie. »

    Il fallait donc commencer par le début. « Quand j’arrive à Montréal en 1989, j’ai 23 ans et je ne connais personne. Pourtant, dès la première journée, en soirée, je rencontre Stanley, qui me fera découvrir le monde gai, le Village et me présentera à son groupe d’amis. Un groupe d’amis dont j’ai fini par faire partie. J’ai alors découvert un monde nouveau pour moi, mais aussi les joies de l’amitié. Nous étions un groupe d’une dizaine de gars. On se voyait régulièrement et, environ une fois par mois, on se retrouvait autour d’un souper, avec des rires et de la joie. J’étais fasciné et heureux : je pouvais enfin m’assumer totalement. »

    Le livre Mourir, pointé du doigt est construit comme les deux faces d’une même pièce. Une première partie est consacrée à cette découverte de l’amitié et de la vie gaie, puis une seconde, plus sombre, à l’accompagnement des amis atteints du sida jusqu’à leur mort.

    « Très jeune, j’avais vu des gens malades autour de moi. J’avais côtoyé la mort de personnes chères, comme mon grand-père ou encore un cousin très proche. Mais, dans mon village, ils étaient entourés jusqu’à la fin, alors que les malades du sida devaient faire face au rejet, à la stigmatisation et à la peur qu’ils puissent contaminer les autres. Beaucoup mouraient dans la solitude. Les plus chanceux étaient entourés de quelques amis proches, se rappelle Alain Labonté. Les familles n’allaient plus les voir, les collègues les évitaient, ne prenaient plus de leurs nouvelles, sans compter la honte qui s’ajoutait à la souffrance de la maladie. Mon ami Stanley, quand il apprend sa séropositivité, vient chez moi après le diagnostic et me dit tout de suite qu’il se sent comme de la vermine, qu’il craint maintenant le regard des autres. »

    Une anecdote simple, mais qui pourrait se décliner en milliers d’autres, parmi celles racontées par ceux et celles qui ont été témoins de ces rejets.

    Alain Labonté, malgré tous les avertissements qu’il reçoit, n’abandonnera pas ses amis. « On nous mettait en garde dans les hôpitaux : il ne fallait pas toucher les malades, les prendre dans nos bras ou encore les embrasser. Il est vrai qu’au tout début, les modes de transmission n’étaient pas très clairs et que de fausses informations circulaient, mais moi, je ne me posais pas la question. Il fallait agir, être là. »

    Cela ne relève pas, pour l’auteur, du courage, ni même de l’insouciance, mais simplement du legs de son éducation, fondée sur des valeurs d’entraide et le souci de l’autre. Et ce sont ces valeurs qui vont prévaloir et le pousser à rester auprès de ses amis jusqu’à leur dernier souffle.

    Dans ce témoignage, Alain Labonté use d’un style épuré, sans fioritures, fait de phrases
    courtes. Cette retenue n’en est que plus bouleversante, puisque l’émotion surgit entre les lignes et les mots.

    Nombreux et nombreuses sommes-nous à avoir traversé ces années noires où la maladie frappait de jeunes hommes. Ce livre devient alors une histoire collective. Nous avons perdu des Stanley. Mais l’espoir se cache à la toute fin. Ces années formatrices, vécues dans la joie puis dans la douleur, ont aussi contribué à construire l’auteur. Et puis, on ne peut s’empêcher, en refermant le livre, de penser qu’il s’agit là d’un bel éloge de la force de l’amitié, voire de l’amour des autres.

    INFOS | Mourir, pointé du doigt d’Alain Labonté, Édito, 2026.

    Rencontrer l’auteur lors des lancements : Mardi 22 septembre : L’Avenir, Maison de la culture. Mercredi 23 septembre : Montréal, librairie Gallimard. Jeudi 24 septembre : Drummondville, Renaud-Bray. Vendredi 25 septembre : Sherbrooke, Librairie Appalaches. Dimanche 27 septembre : Saint-Jérôme. Mardi 29 septembre : Québec, pub Le Bivouac, en association avec l’Association des aînés gais de la capitale. Jeudi 1er octobre : Trois-Rivières, Librairie Poirier. Mardi 6 octobre : Saint-Hyacinthe (lieu à déterminer). Jeudi 8 octobre : Rimouski, Librairie Vénus. Dimanche 25 octobre : Maroc

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