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États-Unis : les républicains ont dépensé 183 millions de dollars US en publicités visant les personnes trans

À quelques jours des élections américaines de mi-mandat du 3 novembre, les républicains ont consacré des sommes considérables à des publicités télévisées attaquant les démocrates sur les questions transgenres. Selon les données de la firme AdImpact, quelque 217 000 diffusions publicitaires ont coûté environ 183 millions de dollars américains. Une stratégie qui contraste avec les préoccupations exprimées par les électeurs, beaucoup plus préoccupés par l’économie et le coût de la vie.

Les personnes transgenres occupent une place disproportionnée dans la campagne électorale américaine. Alors que les électeurs s’apprêtent à renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat, les républicains multiplient les messages publicitaires sur les soins d’affirmation de genre destinés aux mineurs, la participation des athlètes trans aux compétitions sportives et les politiques scolaires concernant l’identité de genre.

Selon les chiffres de la firme spécialisée AdImpact, transmis à l’Associated Press, les candidats républicains et les organisations qui les soutiennent avaient dépensé environ 183 millions de dollars américains en publicités télévisées abordant ces questions en date du 25 octobre. Ces messages ont été diffusés quelque 217 000 fois à travers le pays, dans le cadre de campagnes fédérales, étatiques et locales.

Il s’agit d’une augmentation notable par rapport à l’élection présidentielle de 2024. À une période équivalente avant le scrutin, les dépenses républicaines pour des publicités comparables atteignaient 151 millions de dollars, soit 32 millions de moins.

À titre de comparaison, les démocrates ont consacré environ 11 millions de dollars à des publicités portant sur les mêmes enjeux, principalement pour répondre aux attaques de leurs adversaires.

Ces montants ne représentent pas nécessairement les dépenses directes des partis eux-mêmes. Ils comprennent également celles de comités d’action politique et d’organisations indépendantes qui peuvent investir massivement dans les campagnes électorales américaines.

Le Texas concentre les dépenses les plus importantes

C’est au Texas, où se déroule une importante course au Sénat, que les publicités républicaines sur les questions transgenres ont mobilisé le plus d’argent.

Selon AdImpact, environ 58 millions de dollars y ont été dépensés pour plus de 50 000 diffusions télévisées.

Une seule publicité produite par Texas PAC, une organisation soutenant le candidat républicain Ken Paxton et largement financée par Elon Musk, aurait été diffusée près de 17 000 fois, pour un coût supérieur à 23 millions de dollars.

Le message vise le candidat démocrate James Talarico, qu’il accuse de soutenir le financement public de chirurgies d’affirmation de genre pour les mineurs.

La publicité se termine par un avertissement aux électeurs : « Si vous vous souciez de vos enfants, ne votez pas pour James Talarico. »

Or, Talarico s’est lui-même déclaré opposé aux chirurgies de transition pour les mineurs. Les publicités républicaines ont néanmoins cherché à l’associer à des positions plus larges du Parti démocrate sur les droits des personnes trans.

Cette stratégie reprend une formule employée pendant la campagne présidentielle de 2024, lorsque des publicités favorables à Donald Trump opposaient les personnes utilisant les pronoms they/them aux électeurs ordinaires, dans le but de présenter les démocrates comme déconnectés de leurs préoccupations.

En Ohio, près de 26 millions de dollars ont été consacrés à des publicités attaquant le candidat démocrate au Sénat Sherrod Brown sur des questions similaires.

Son équipe a dénoncé des affirmations mensongères et accusé ses adversaires de chercher à détourner l’attention des problèmes économiques. L’organisme indépendant de vérification des faits PolitiFact a d’ailleurs jugé fausse une publicité du Senate Leadership Fund visant Brown.

Des campagnes semblables ont également été diffusées dans d’autres États, notamment au Kansas et en Caroline du Sud.

Donald Trump reprend les mêmes arguments

Cette offensive publicitaire s’inscrit dans une stratégie plus large du Parti républicain, dont Donald Trump demeure la principale figure.

Lors d’un rassemblement électoral tenu le 26 octobre à Corinth, au Mississippi, le président a accusé les démocrates de promouvoir ce qu’il a appelé la « mutilation transgenre de vos enfants ».

Quelques jours auparavant, pendant un rassemblement en Floride, il avait multiplié les références aux femmes transgenres dans les sports féminins et aux interventions médicales d’affirmation de genre.

Le 9 septembre, lors de la première convention nationale républicaine consacrée aux élections de mi-mandat, à Dallas, Trump avait également accordé une place importante à la participation des athlètes transgenres aux compétitions sportives.

Ces déclarations prolongent les orientations politiques adoptées depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025. Son administration a notamment pris des mesures limitant la reconnaissance fédérale des identités de genre et cherché à restreindre l’accès à certains soins d’affirmation de genre pour les personnes mineures.

Dans plusieurs États dirigés par les républicains, des lois encadrent ou interdisent déjà certains traitements médicaux, limitent la participation des élèves transgenres aux sports scolaires ou imposent des restrictions concernant les discussions sur l’identité de genre dans les établissements d’enseignement.

Les républicains présentent généralement ces initiatives comme des mesures destinées à protéger les enfants, à préserver l’équité dans les compétitions sportives et à garantir davantage de contrôle parental.

Les organismes de défense des droits LGBTQ+ contestent pour leur part ces restrictions, qu’ils considèrent comme discriminatoires et susceptibles de compromettre l’accès aux soins et la sécurité des jeunes transgenres.

Les électeurs parlent surtout d’économie

L’importance accordée aux questions transgenres dans les publicités républicaines contraste avec les résultats d’un sondage national réalisé en octobre par l’Associated Press et le centre de recherche NORC de l’Université de Chicago.

Selon cette enquête, seulement 12 % des électeurs inscrits considèrent les questions transgenres comme l’un des enjeux les plus importants dans leur décision électorale.

Les préoccupations économiques arrivent très loin devant.

Ainsi, 85 % des répondants mentionnent l’économie parmi leurs principales priorités, tandis que 84 % citent le coût de la vie. Les soins de santé préoccupent 69 % des électeurs.

Le sondage, réalisé du 8 au 12 octobre auprès de 1 119 adultes américains, dont 925 électeurs inscrits, révèle également une insatisfaction importante à l’égard de la situation politique et économique du pays.

Pourquoi, dans ce contexte, consacrer autant d’argent à des publicités portant sur un enjeu que relativement peu d’électeurs placent au sommet de leurs préoccupations ?

Pour le sondeur républicain Chris Wilson, cité par l’Associated Press, les stratèges du parti considèrent que ces questions permettent de mettre en évidence un décalage culturel entre les candidats démocrates et une partie importante de l’électorat.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de convaincre les électeurs que les droits des personnes transgenres constituent le problème le plus urgent du pays.

Ces publicités cherchent plutôt à influencer la perception générale des candidats, en les associant à des positions que certains électeurs jugent trop éloignées de leurs propres valeurs.

Il s’agit d’une stratégie de polarisation culturelle déjà employée lors de précédentes campagnes américaines, notamment autour de l’avortement, de l’immigration et des droits des personnes LGBTQ+.

Des affirmations parfois trompeuses

Plusieurs publicités ont toutefois fait l’objet de vérifications journalistiques révélant des affirmations fausses ou trompeuses.

Dans une analyse publiée le 8 octobre, CNN a examiné des messages républicains diffusés au Texas, en Ohio, en Iowa et en Caroline du Sud.

Certains associaient les candidats démocrates à des chirurgies pratiquées sur des enfants sans préciser leurs positions réelles. D’autres présentaient des témoignages personnels de manière à laisser croire que certaines interventions avaient été réalisées pendant la minorité des personnes concernées, alors que leur parcours médical était plus complexe.

Les publicités amalgament également différentes formes de soins d’affirmation de genre.

L’accompagnement psychologique, les bloqueurs de puberté, les traitements hormonaux et les interventions chirurgicales constituent pourtant des pratiques distinctes, soumises à des indications médicales et à des règles qui varient selon les États.

Les débats sur les soins destinés aux adolescents demeurent réels, notamment en ce qui concerne les données scientifiques disponibles, les critères d’admissibilité et le consentement éclairé.

Mais ces questions médicales complexes se prêtent difficilement aux messages télévisés de quelques dizaines de secondes, particulièrement lorsqu’ils visent à susciter une réaction émotionnelle chez les électeurs.

Une stratégie qui trouve aussi des échos au Canada

Même si les élections américaines se déroulent dans un contexte politique et juridique différent de celui du Québec, les thèmes abordés dans ces publicités ne sont pas étrangers aux débats canadiens.

Au cours des dernières années, plusieurs provinces ont été le théâtre de controverses sur les politiques scolaires concernant les pronoms, l’identité de genre et les droits des parents.

Au Nouveau-Brunswick et en Saskatchewan, notamment, des politiques exigeant le consentement parental pour certains changements de prénom ou de pronoms à l’école ont suscité des contestations de la part d’organismes LGBTQ+ et de défense des droits.

En Alberta, le gouvernement provincial a également entrepris de restreindre certains soins d’affirmation de genre destinés aux mineurs et la participation des athlètes transgenres aux compétitions sportives féminines.

Au Québec, les discussions sur l’identité de genre à l’école, les soins destinés aux jeunes trans et la place des personnes transgenres dans le sport ont également pris de l’importance dans l’espace public.

Il serait toutefois excessif d’attribuer directement ces débats à l’influence américaine. Les contextes politiques, les législations et les acteurs concernés diffèrent d’une province à l’autre.

Les campagnes électorales américaines contribuent néanmoins à la circulation de certains arguments et messages, notamment par l’intermédiaire des réseaux sociaux et des médias numériques.

Pour les organismes LGBTQ+ québécois, l’évolution de ces discours constitue donc un phénomène à surveiller, particulièrement lorsque des questions touchant une population relativement restreinte prennent une place considérable dans les débats politiques.

Un pari électoral dont l’efficacité reste à démontrer

À deux jours du scrutin du 3 novembre, rien ne permet encore de déterminer si cet investissement publicitaire massif aura l’effet recherché par les républicains.

Les 183 millions de dollars dépensés témoignent de l’importance stratégique accordée aux questions transgenres, mais ils ne prouvent pas que ces messages convaincront les électeurs indécis.

Ils pourraient mobiliser certains sympathisants conservateurs, renforcer des opinions déjà établies ou, au contraire, laisser indifférents des électeurs davantage préoccupés par leurs finances personnelles.

Le résultat dépendra notamment de la manière dont les électeurs hiérarchiseront leurs préoccupations au moment de voter.

Une chose est cependant établie : les personnes transgenres, qui représentent une faible proportion de la population américaine, sont devenues l’un des sujets les plus présents dans la publicité électorale républicaine de 2026.

Au-delà des résultats du scrutin, cette campagne illustre la place prise par les questions d’identité de genre dans les affrontements politiques américains, alors même que la majorité des électeurs affirme accorder beaucoup plus d’importance à l’économie et au coût de la vie.

Sources : enquête de l’Associated Press fondée sur les données d’AdImpact, publiée le 28 octobre 2026  AP News ; sondage AP-NORC du 15 octobre 2026 

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