Jeudi, 23 juillet 2026
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    Les rois du drags ont arrivés

    Les rois du drag seront présentés à leurs sujets en grande pompe cet été à Fierté Montréal et à Fierté de Québec. À Montréal, où ces personnificateur·ices masculins prennent progressivement leur place depuis plusieurs années, onze kings monteront sur scène lors du Show du 20e, le grand gala du 20e anniversaire de Fierté Montréal, et quatorze participeront à différents événements officiels durnat les festivités. À Québec, la Fierté accueillera pour la première fois un gala 100 % Kings. « C’est une demande qu’on entendait souvent dans les dernières années, et on trouvait que c’était le bon moment », explique le directeur de la programmation de Fierté Québec, Gabriel Meagher-Gaudet. Le programme promet que plusieurs nouveaux kings y vivront leur baptême de scène, dans une discipline en plein essor.

    Roch Bière et RV Métal — Mélodie Noël Rousseau et Geneviève Labelle dans leurs vies hors scène — sont des piliers de la scène drag québécoise depuis plusieurs années. Coanimateurs du gala MajestiX à Montréal pendant plusieurs années (et responsables du Show du 20e), ils coanimeront également, le 6 septembre prochain, le gala Glamoustache à Québec.

    Il y a une dizaine d’années, quand Geneviève explorait l’univers du drag pour la première fois, elle ne trouvait presque rien sur les kings au Québec. Elle a finalement découvert le concours King of Kings au Café Cléopâtre, où elle a été séduite par la créativité des artistes, dont l’animateur Charlie DeVil et « un king qu’on n’a jamais revu, qui s’était fait un six-pack avec des patates et de la sauce à poutine sur le corps ».

    Le couple Labelle-Rousseau a ensuite découvert le concours Drag-Moi du Cabaret Mado en 2018, et c’est dans la préparation de ce concours que Roch Bière est né. Les deux éditions suivantes ont été remportées par RV Métal et Walter Ego — Anmarie-Paule Legault hors scène, le « fils drag » de Roch et RV. L’ascension des kings était entamée.

    Geneviève et Mélodie se passionnent pour l’histoire de cet art, qui remonte au XVIIIe siècle et qui a été popularisé dans les music-halls du XIXe siècle. Les drag kings modernes ont émergé à Londres et à New York dans les années 1980 et 1990. À Montréal, le collectif King Size, devenu plus tard Dukes of Drag, a été fondé en 2007. « Il y a plusieurs collectifs de drag kings qui ont existé avant nous. On n’a pas inventé ça, mais on est fiers de l’avoir implanté davantage du côté francophone », note Geneviève. « Pour nous, ça a été plutôt facile, mais on a entendu des témoignages de kings qui se faisaient carrément fermer la porte dans les cabarets », commente Mélodie. « Encore aujourd’hui, les gigs sont moins payés. Il faut toujours en parler pour que des kings soient bookés. »

    La danseuse et chorégraphe Angel est agente de deux kings montréalais, dont son propre alter ego, Clay Thorris. « On est dans un monde de queens, donc c’est plus facile de booker une queen parce que les gens les connaissent », observe-t-elle. Selon elle, il est plus difficile de booker un king parce qu’ils sont moins connus du grand public. « Pourquoi ne pas faire plus de shows mixtes, pour que les gens les découvrent? On veut que les kings sortent, on en veut plus! » Plusieurs kings ont fait le même constat : les bookings, la visibilité et l’information demeurent plus accessibles pour les queens, mais le monde du drag est en pleine expansion, et les kings comme les créatures — ces artistes drag qui incarnent des personnages non genrés, tels des extraterrestres ou des animaux marins — en bénéficient.

    Se découvrir grâce au drag
    Dès son enfance, Ariane Laguë-Barret voulait être comédienne. « Du cirque, de la danse, du théâtre… tant que je performais. » Mais quand elle a commencé à faire des auditions professionnelles, elle s’est rendu compte que quelque chose lui manquait. « J’avais du talent, mais je ne croyais pas assez en mon rêve. » Ariane a mis son rêve sur la glace avant de rejoindre une équipe de figurants amateurs lors des soirées drag du Cabaret Mado. Elle a été si intriguée qu’elle a demandé à la légende du drag Marla Deer si elle pouvait essayer.

    « Dans ma tête, comme femme cis, ce n’était pas possible. Mais Marla a dit oui. » Marla Deer a invité Ariane à participer au concours Drag-Moi de 2016, où est né son personnage de drag queen, Velma Jones. En développant le personnage de Velma, Ariane naviguait entre les stéréotypes féminins, son amour pour son art et les préjugés envers les femmes cis dans le milieu. « Quand Velma est née, en 2016, on n’était pas beaucoup de femmes cis qui faisaient du drag. C’est encore Marla qui m’a dit : “Tu pourrais essayer de faire du king.” »

    Johnny Jones — un séducteur qui ne se prend pas trop au sérieux — est né. « J’ai retrouvé ma féminité grâce à Johnny », relate Ariane. « Au début, je suis allée très fort dans les stéréotypes masculins, mais à un moment donné, tu en as fait le tour. Pourquoi un homme ne pourrait-il pas être flamboyant? » Quand elle a été sélectionnée pour la sixième saison de Canada’s Drag Race, on lui a demandé d’amener les deux personnages. La comédienne qui manquait autrefois de confiance est devenue la première femme cis et le premier drag king à participer à l’émission pancanadienne. Les deux personnages sont devenus des canevas pour l’artiste qu’Ariane est aujourd’hui.

    Repenser le genre sur scène
    Comme Ariane, Alex Schunder de Rosnay, le Montréalais derrière le personnage de Casanova The Drag Fool, explore son propre genre à travers son personnage. Alex est un homme trans qui s’est longtemps méfié des stéréotypes masculins. Dans un cours au Cégep du Vieux Montréal donné par Daisy/Derek Wood, autre pionnier montréalais du drag genderfluid, il a pu explorer son rapport au genre et créer Casanova.

    Il décrit son personnage comme un charmeur « plein d’amour », un homme qui n’a pas peur de bousculer les codes de la masculinité en portant des volants de dentelle. « C’est moi, mais en plus confiant », résume-t-il, avant d’ajouter : « Je veux montrer que les hommes peuvent être vulnérables, et doivent avoir accès à leurs émotions. C’est tellement important pour la société. »

    « On a assez d’exemples de masculinité toxique dans ce monde », ajoute Felicia Latour, la personne derrière le king montréalais Fabien Lamour. « J’essaie d’offrir une version de la masculinité qui est saine et imparfaite, mais qui me ressemble. » Au-delà des paillettes, des couleurs vives et du lipsync, le drag peut être réfléchi, politique, confrontant et émotif. Pour Alex, Ariane et Anmarie-Paule Legault — qui a elle aussi deux personnages drag, Walter Ego et une créature nommée CAP$LOCK— le drag évolue en parallèle avec la communauté queer au sens large, une communauté où les barrières entre les genres sont aujourd’hui beaucoup plus perméables. « Le conseil que je donne aux jeunes drags, c’est : arrêtez de vous limiter! », conclut Ariane.

    INFOS | https://fiertemontreal.com

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