Dimanche, 25 septembre 2022
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    Pour souligner le 25e anniversaire de Lilies

    En 1996, le réalisateur John Greyson adaptait au cinéma la pièce Les Feluettes que Michel Marc-Bouchard avait créé en 1985. Tourné en anglais, le film Lilies est devenu dès sa sortie un film gai culte, à voir et à revoir. Cette histoire d’amour entre deux adolescents au début du XXe siècle dans une société marquée par le catholicisme est le troisième long-métrage de John Greyson qui offrait deux ans plus tôt un film d’art et essai poignant et qui fera date, Zero Patience.
     
    Profitant du texte magnifique de Bouchard, Lilies est un film remarquable, hautement symbolique, basée sur les métaphores et les principes de la tragédie sans toutefois oublier son caractère ludique. Toute la difficulté de la réalisation de Lilies résidait dans le défi de conserver non seulement le sujet et l’esprit de cette pièce de théâtre, qui intègre différentes strates de narration, mais d’en faire une réelle proposition cinématographique.

    Synthèse réussie de l’esprit classique et du questionnement moderniste, le film choisis avec justesse le meilleur des deux mondes pour notre plus grand plaisir, tant intellectuel qu’émotif. À l’automne 1952, Monseigneur Bilodeau rend visite à un vieux détenu, Simon Doucet, pour entendre sa confession. Ce dernier lui raconte alors l’histoire de trois adolescents, histoire qui est survenue quarante ans plus tôt. Dès qu’il entend le nom des trois garçons, l’évêque comprend que sa vie est peut-être en danger.

    Nous sommes dans un lieu clos, une prison dans laquelle les prisonniers recréent une histoire vécue par l’un d’entre eux, et pour un invité bien spécial. La caméra nous replonge quelques quarante ans plus tôt, dans une ville du Lac-Saint-Jean, dans un univers marqué par la tradition et le catholicisme, une société fermée qui peine à s’ouvrir sur la modernité. Comment alors pouvoir s’aimer pour deux adolescents en sachant l’interdit qu’ils transgressent et la réprobation qu’ils risquent de susciter non seulement de leur famille, de l’église, mais aussi de la communauté. 
     
    «Pour les besoins du scénario, la pièce a été amputée d’environ la moitié», déclarait en entrevue à Fugues Michel Marc Bouchard à l’époque. «Certains personnages ont dû être réduits parce qu’il fallait donner un point de vue au récit». Pour autant, les oppositions aussi bien dans les lieux, la prison et la région, dans le temps, comme dans les caractères des personnages, aident finalement à défaire ce qui aurait pu apparaître comme une difficulté, la preuve du talent du scénariste (Bouchard) et du réalisateur (Greyson). Comme dans la pièce originale, tous les rôles sont interprétés par des hommes, puisque tous les protagonistes sont des prisonniers qui s’improvisent comédiens et pour certains revêtent des costumes de femmes.  Il faut mentionner qu’il s’agit d’une évocation d’un drame vécu par l’un des prisonniers qui à l’aide de ses co-détenus tentent de nous faire revivre sa plus belle histoire d’amour. Sa rencontre, adolescent, avec un jeune de son âge. Et comme toute histoire d’amour, elle doit comporter sa part de tragique. Il y est question de jalousie, de frustration et bien évidemment de l’oppression des carcans sociaux et religieux qui viendront multiplier les obstacles entre les deux amoureux. En fait, John Greyson et Michel Marc Bouchard s’inscrivent dans la grande tradition des couples romantiques et tragiques qui traversent l’histoire de la littérature, de l’opéra, du théâtre mais cette fois-ci avec un couple au masculin, mais aussi en y introduisant aussi des accents plus contemporains, puisqu’avec le monde carcéral, le travestissement, on ne peut s’empêcher à l’oeuvre de Genet.
     
    Mais aussi, on y retrouve un hommage à des textes anciens puisque les deux jeunes découvrent le désir qu’ils ont l’un pour l’autre à travers la répétition du Martyre de Saint-Sébastien de Gabriele d’Annunzio, pièce que le prêtre de la paroisse veut leur faire jouer. Une autre mise en abyme d’un film qui les multiplie. En fait, Lillies ne cesse de proposer des lectures à l’infini, ce qui est en soi la preuve d’une grande œuvre, et les images nous suivent longtemps après la projection, et même mieux, supportent facilement qu’on les revoit encore et encore. À voir ou à revoir…!


    INFOS | LE FILM LILIES SERA DIFFUSÉ SUR ENCOREPLUSMEDIA.CA

    LE 28 NOVEMBRE 2021 À 19 H

    JOHN GREYSON ENCORE ET ENCORE

    Le 28 novembre, image+nation et Encore+, la chaîne YouTube du Fonds des médias du Canada, présentent gratuitement et en ligne le long-métrage de John Greyson Les Feluettes (titre original Lillies). Le film est une adaptation de la pièce éponyme, considérée comme l’une des œuvres phares de Michel-Marc Bouchard. Pour marquer le 2e anniversaire du film, une entrevue exclusive avec le dramaturge sera présentée avant la projection.

    Cette première TouTube sera diffusée sur encoreplusmmedia.ca, le 28 novembre 2021, à 19h.

    Si vous souhaitez découvrir d’autres œuvres du cinéaste, nous vous invitons à visionner gratuitement Zero patience sur Encore+, qui sera disponible dès le début de décembre.

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