Samedi, 24 janvier 2026
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    Au Japon, les dix ans en demi-teinte du «certificat d’union» pour les couples homosexuels

    Ce certificat, délivré souvent par la mairie, a eu le mérite de donner une meilleure visibilité aux minorités sexuelles au sein de la société japonaise. Mais le chemin qui mène à la légalisation du mariage pour tous reste semé d’embûches, selon la presse nippone.

    Le 5 novembre 2015 est entrée en vigueur, dans les arrondissements de Shibuya et de Setagaya, à Tokyo, une mesure hautement symbolique pour les personnes LGBTQI. À cette date, ces collectivités ont mis en place un système de certificats de partenariat civil pour les couples de même sexe.

    “C’est un grand jour pour nous, je tiens à remercier celles et ceux qui ont rendu ce dispositif possible”, déclarait à l’époque, tout sourire, Koyuki Higashi au journal Nihon Keizai Shimbun, en sortant de la mairie de Shibuya. Avec sa compagne Hiroko Masuhara, elle venait de devenir la première personne à bénéficier de ce certificat dans l’histoire du Japon. 

    “Bien que juridiquement non contraignant, le décret municipal [sur lequel le dispositif s’appuie] demande aux hôpitaux et aux agences immobilières de traiter les couples de même sexe au même titre que les autres. Ils sont désormais autorisés à bénéficier d’un logement public géré par l’arrondissement”, détaillait le journal.

    Dix ans se sont écoulés depuis. Au cours de cette décennie, le dispositif s’est étendu dans le pays – au total, en mai 2025, pas moins de 532 collectivités territoriales, y compris des préfectures, l’avaient adopté. “Plus de 90 % de la population japonaise est couverte par ce dispositif, et 9 837 couples en ont bénéficié jusque-là”, énumère le journal Asahi Shimbun.

    Une situation «inconstitutionnelle»
    Le mariage pour tous n’a cependant pas été légalisé au Japon, et les couples de même sexe subissent des discriminations en matière fiscale et rencontrent des difficultés concernant les questions d’héritage. Ces certificats d’union permettent tout de même notamment aux personnes homosexuelles d’être considérées comme un membre de la famille lorsqu’elles rendent visite à leur conjoint ou conjointe à l’hôpital, ou bien à l’occasion de la location ou de l’achat d’un bien immobilier.

    Ken Suzuki, juriste et professeur à l’université Meiji, salue les efforts de ces collectivités, qui ont selon lui “rendu visible l’existence des personnes homosexuelles aux yeux des responsables politiques et de l’administration publique”. Cependant, “il s’agit d’un dispositif transitoire en attendant la légalisation du mariage pour les couples de même sexe”, souligne-t-il auprès du journal.

    Dans les procès réclamant la légalisation du mariage pour tous, les cinq hautes cours concernées ont quant à elles jugé que la non-reconnaissance par la loi nippone de l’union des personnes de même sexe était contraire à la Constitution, laquelle stipule l’égalité des droits, rapporte le Nihon Keizai Shimbun. Dans ce contexte, l’opinion publique soutient également la légalisation : d’après un sondage réalisé par l’agence de presse Kyodo Tsushinen 2023, près de deux Japonais sur trois y étaient favorables.

    Opposition de Sanae Takaichi
    Or, en ce mois de novembre 2025, le chemin semble pour le moins semé d’embûches : la Première ministre, Sanae Takaichi (conservatrice), qui vient d’arriver au pouvoir, est connue pour son opposition à la légalisation des couples de même sexe.

    Souchi Matsuoka, représentant d’une association promouvant les droits des minorités sexuelles, explique dans un article publié sur la plateforme Yahoo.jp que la décision de la Cour suprême dans les procès en cours, prévue pour être rendue en 2026, sera capitale. “Si les juges confirmaient clairement le caractère inconstitutionnel de la situation actuelle, les parlementaires seraient contraints d’agir pour instaurer l’égalité dans le mariage”, explique-t-il. Cependant, si le jugement était moins net, “la Première ministre pourrait chercher à instaurer une forme limitée de partenariat entre personnes de même sexe […], tout en préservant la discrimination entre couples hétérosexuels et homosexuels”,avertit Matsuoka.

    À ce stade, la nouvelle Première ministre bénéficie d’une opinion très favorable de la part des Japonais, 82 % d’entre eux la soutenant, selon le dernier sondage du réseau de télévision JNN, daté du 3 novembre. “Elle est devenue la première femme à occuper le poste de Premier ministre et cela pourrait donner l’impression que nous avons réalisé l’égalité des sexes. D’où l’importance de surveiller que le gouvernement promeuve les droits et les égalités qui ne conviennent pas à son idéologie”, conclut Matsuoka.

    Source : Stop Homophobie

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