Dans ces temps incertains, nous avons besoin de bonnes nouvelles pour nourrir notre espérance — et nous souhaitons en obtenir d’autres pour l’année qui s’en vient.
Il est loin, le temps où, presque chaque mois, nous pouvions annoncer que tel ou tel pays légalisait les relations entre conjoint·e·s de même sexe ou abandonnait des lois condamnant l’homosexualité. Ce n’est, hélas, plus le cas aujourd’hui. Retour d’un religieux extrêmement conservateur, montée de mouvements d’extrême droite qui ciblent divers groupes sociaux comme étant responsables de tous les maux auxquels nos sociétés sont confrontées : les immigrant·e·s, les « wokes » qui dévieraient la jeunesse, les féministes… Rien de nouveau sous le soleil : même rhétorique que celle utilisée au début du vingtième siècle et qui a vu éclore les dictatures en Europe. L’histoire a parfois tendance à resservir les mêmes plats — seule la garniture change.
Peut-on se fermer les yeux et se boucher les oreilles pour continuer notre petite vie tranquille, en demeurant indifférent·e·s à tout ce qui se trouve de l’autre côté de la clôture de notre jardin ? Pas sûr. Mais après tout, pourquoi devrions-nous nous soucier de la misère du monde et ne pas plutôt profiter béatement de notre petit confort ?
Ne jouons pas les Cassandre, et réjouissons-nous de trois bonnes nouvelles. La légalisation du mariage entre personnes de même sexe confirmée aux États-Unis À côté de chez nous, à un jet de pierre de la clôture de notre jardin, la Cour suprême des États-Unis — à majorité conservatrice, rappelons-le — a refusé d’examiner, en novembre dernier, un recours contestant la constitutionnalité du mariage entre personnes de même sexe. Alors que de nombreux États américains conservateurs usent de tous les moyens pour réduire les droits et la présence dans l’espace public des personnes queers, particulièrement des personnes trans, on ne peut qu’espérer que des décisions judiciaires viennent freiner la montée de l’homophobie et de la transphobie chez nos voisin·e·s du Sud.
Un premier ministre ouvertement gai élu aux Pays-Bas
Les Pays-Bas viennent d’élire un premier ministre ouvertement gay et en couple, Rob Jetten. Passons rapidement sur le côté glamour : il est jeune (37 ans), beau, en couple avec un ancien athlète olympique. Retenons surtout que, durant sa campagne, il a réaffirmé son attachement aux droits LGBT, à l’écologie et à l’engagement social. Ce n’est pas un révolutionnaire, bien au contraire, mais un modéré progressiste. Il faisait face à un candidat d’extrême droite, Geert Wilders, farouchement anti-immigration, entre autres.
Rob Jetten n’est pas le premier premier ministre gai à atteindre ce poste. D’autres avaient déjà défoncé le plafond de verre. Pensons à Jóhanna Sigurðardóttir, ouvertement lesbienne, qui accède en 2009 au plus haut poste en Islande ; à Elio Di Rupo, premier ministre de la Belgique de 2011 à 2014 ; ou encore à Leo Varadkar en Irlande, deux fois rappelé à ce poste après élection.
Certain·e·s pourraient évoquer le court passage de Gabriel Attal comme chef de gouvernement en France — un peu plus de sept mois — mais ce dernier dépendait du président de la République, ce qui est moins remarquable que pour celles et ceux cité·e·s précédemment. Peut-être pouvons-nous voir dans ces deux bonnes nouvelles un sursaut contre les vents contraires et leurs messages de haine, qui voudraient nous renvoyer dans le placard… et y mettre le feu ensuite.
Un élu gay-friendly à la mairie de New York
Zohran Mamdani est musulman, progressiste et allié des communautés 2SLGBTQ+. Il est devenu la coqueluche de plusieurs de leurs membres, tout en ralliant une partie des Démocrates. Le jeune élu est aussi devenu la bête noire de Donald Trump, qui l’a traité de « petit communiste », soulignant ainsi — une fois de plus — l’ignorance politique et historique de l’actuel président des États-Unis. Pour 2026, on souhaite que des nouvelles comme celles-ci se multiplient. Encore faut-il faire entendre notre voix plus fortement sur la place publique, afin de contrecarrer les discours de certain·e·s politicien·ne·s, les propos haineux déversés sur les réseaux sociaux, et presser nos élu·e·s d’être plus attentifs à ces menaces — sans que nous soyons obligé·e·s d’en passer par le pouvoir judiciaire pour être protégé·e·s, reconnu·e·s et respecté·e·s.
C’est d’ailleurs ce que souhaitaient aussi les organismes présents en octobre dernier à Genève lors de la 60e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dans le cadre d’un événement parallèle organisé par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et par ILGA World. Une rencontre qui a fait le point sur l’état des droits des personnes 2SLGBTQ+ dans le monde. Les représentant·e·s présent·e·s ont constaté des avancées dans certains pays, mais ont aussi signalé des reculs alarmants dans d’autres : lois discriminatoires, campagnes de désinformation sur les questions de genre, restrictions à la liberté d’expression, et criminalisation accrue des personnes LGBTQIA+.
Très bonne fin d’année à toustes. Et n’oubliez pas d’accrocher une étoile aux couleurs de l’arc-en-ciel en haut du sapin.

