L’acteur de films pour adultes Milo Miles affirme avoir vécu une expérience troublante avec les autorités frontalières américaines, qui s’est soldée par une interdiction de territoire de dix ans. Un cas qui soulève des questions sur le profilage, la vie privée et le traitement des personnes LGBTQ+ à la frontière.
Originaire du Canada et d’ascendance latino, Miles se rendait en janvier dernier de Toronto à Las Vegas pour assister aux GayVN Awards, un événement majeur de l’industrie du divertissement pour adultes gai, où il était nommé à six reprises.
Mais son voyage a rapidement basculé. Intercepté à l’aéroport, il affirme avoir été détenu, interrogé et fouillé pendant plusieurs heures par les agents des douanes américaines.
« Ma vie privée a été violée. On m’a soumis à des commentaires dégradants, avec une attention troublante portée à mon orientation sexuelle et à ma vie intime », raconte-t-il. Épuisé, affamé et déshydraté, il dit s’être senti « traité comme un criminel » sans avoir commis d’infraction.
Fouilles intrusives et soupçons d’escorting
Selon son témoignage, les agents ont fouillé ses bagages et ses téléphones, s’attardant notamment à ses vêtements — qualifiés de « vêtements gais » — ainsi qu’aux médicaments qu’il transportait, dont la PrEP, des suppléments alimentaires et des fibres.
Les autorités l’auraient également accusé de pratiquer l’escorting, sans preuve initiale. Après un premier interrogatoire, Miles a été autorisé à voyager, mais a manqué son vol. Le lendemain, un second contrôle plus approfondi aurait permis aux agents de consulter des messages confirmant des échanges avec des clients passés.
Ces éléments ont suffi à justifier, selon les autorités, une interdiction d’entrée aux États-Unis pour une durée de dix ans.
Une distinction contestée
Milo Miles insiste toutefois sur une nuance importante : celle entre escorting et prostitution. « L’escorting, c’est être payé pour passer du temps avec quelqu’un — souvent pour une expérience de type “petit ami” ou pour accompagner quelqu’un à un événement. La prostitution, c’est un échange direct pour des services sexuels », explique-t-il, affirmant qu’aucune preuve de prostitution n’a été trouvée.
Des groupes de défense des travailleuses et travailleurs du sexe rappellent que les autorités américaines disposent d’un large pouvoir discrétionnaire. Une simple suspicion d’activité liée au travail du sexe peut suffire à refuser l’entrée sur le territoire, même sans condamnation ni intention de travailler durant le séjour.
Un climat préoccupant
Au-delà de son cas personnel, l’affaire soulève des inquiétudes quant au traitement des personnes LGBTQ+ — en particulier celles associées à des industries marginalisées — dans les processus migratoires.
Pour plusieurs observateurs, cette situation illustre les zones grises où se croisent moralité, sécurité frontalière et discrimination, dans un contexte où les droits et la dignité des personnes LGBTQ+ demeurent fragiles, même dans des démocraties occidentales.

