Un nouveau rapport révèle que les États américains les moins accueillants pour les personnes LGBTQ+ continuent de reculer, tandis que les États les plus progressistes renforcent leurs protections. Résultat : le fossé entre les deux Amériques n’a jamais été aussi grand.
Publié début juin par Out Leadership, un réseau international de dirigeants et d’entreprises LGBTQ+, le huitième State LGBTQ+ Business Climate Index dresse un portrait préoccupant de l’évolution des droits LGBTQ+ aux États-Unis. L’étude conclut que le climat social, juridique et politique à l’égard des minorités sexuelles et de genre se détériore pour une quatrième année consécutive.
Le rapport évalue les 50 États américains selon cinq grands critères : les protections juridiques, le soutien aux familles, les attitudes politiques et religieuses, l’accès aux soins de santé et les conditions d’emploi. Les résultats sont compilés sur une échelle de 100 points destinée à mesurer le niveau d’inclusion des personnes LGBTQ+.
Cette année, les derniers rangs du classement sont occupés, dans l’ordre, par l’Arkansas, le Tennessee, l’Idaho, la Caroline du Sud et la Floride.
Une fracture qui se creuse
Selon les auteurs du rapport, la situation ne se résume plus à une simple différence régionale. Les États les plus progressistes continuent d’améliorer leurs politiques d’inclusion, tandis que les États conservateurs accélèrent l’adoption de mesures restrictives.
« L’écart entre les États inclusifs et les États hostiles est plus important qu’il ne l’a jamais été, et il continue de s’élargir », écrit Todd Sears, président-directeur général d’Out Leadership, dans l’introduction du rapport.
Cette polarisation s’observe notamment dans la multiplication des lois visant les personnes transgenres. Au cours des dernières années, plusieurs États républicains ont adopté ou proposé des mesures limitant l’accès aux toilettes correspondant à l’identité de genre, la participation des jeunes trans aux activités sportives, l’utilisation des pronoms choisis ou encore l’accès aux soins d’affirmation de genre.
Selon l’American Civil Liberties Union (ACLU), plus de 530 projets de loi anti-LGBTQ+ ont déjà été déposés dans les législatures des États américains depuis le début de l’année 2026.
La Floride, symbole d’un virage conservateur
Parmi les États les plus mal cotés, la Floride attire particulièrement l’attention. Longtemps perçue comme une destination populaire pour les retraités LGBTQ+ et comme l’hôte de grandes célébrations de la Fierté, elle est devenue ces dernières années l’un des principaux laboratoires des politiques conservatrices.
Sous l’administration du gouverneur Ron DeSantis, plusieurs mesures ont été adoptées pour limiter l’enseignement des questions liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre dans les écoles, restreindre certains soins destinés aux jeunes trans et encadrer davantage les spectacles de drag.
Des initiatives similaires ont vu le jour au Tennessee, en Arkansas et dans plusieurs autres États du Sud et du Midwest.
Les entreprises devant des choix difficiles
Le rapport ne s’intéresse pas uniquement aux droits civiques. Il vise également à aider les entreprises à évaluer les risques liés à leurs activités dans certains territoires.
Les auteurs soulignent que les multinationales font face à des défis grandissants lorsqu’elles doivent recruter, retenir ou déplacer du personnel LGBTQ+ dans des États où les protections juridiques sont limitées.
« Les entreprises internationales s’exposent à des risques opérationnels et réputationnels lorsqu’elles exercent leurs activités dans des endroits où le contexte légal et social rend difficile pour les personnes LGBTQ+ de vivre ouvertement », souligne le document.
Cette réalité influence désormais les stratégies d’investissement, le choix des bureaux régionaux ainsi que les politiques de recrutement de plusieurs grandes entreprises américaines.
De nouveaux critères pour mesurer la réalité actuelle
Pour refléter l’évolution rapide du contexte politique américain, Out Leadership a élargi cette année les critères d’évaluation de son indice.
L’étude prend désormais en compte des enjeux comme les interdictions d’accès aux toilettes selon l’identité de genre, les restrictions visant certains livres dans les bibliothèques scolaires, les lois encadrant les spectacles de drag ainsi que la collecte de données gouvernementales inclusives à l’égard des personnes LGBTQ+.
« Si nous avions conservé l’indice dans sa forme originale, nous mesurerions un pays qui n’existe plus », expliquent les auteurs.
Les États progressistes consolident leurs acquis
À l’opposé, plusieurs États continuent de renforcer leurs protections. Le Massachusetts arrive en tête du classement pour une nouvelle année, suivi de New York, du Connecticut, du New Jersey et de l’Illinois. Ces cinq États figurent parmi les meilleurs élèves depuis la création de l’indice il y a huit ans.
Ils se distinguent notamment par leurs lois antidiscrimination, leurs protections pour les personnes transgenres, leur accès aux soins de santé inclusifs ainsi que leur soutien aux familles LGBTQ+.
Pour les auteurs du rapport, cette divergence croissante entre les États américains pourrait avoir des conséquences bien au-delà des enjeux liés aux droits LGBTQ+. Elle risque également d’influencer les mouvements migratoires internes, les investissements économiques et la capacité des entreprises à attirer une main-d’œuvre diversifiée.
Dans une Amérique de plus en plus divisée sur les questions d’identité, de diversité et d’inclusion, le lieu où l’on habite devient ainsi un facteur déterminant dans l’exercice de ses droits fondamentaux.

