Se décrivant lui-même comme une « haram queen », en référence au caractère « interdit » de son humour et à son identité d’homme arabe ouvertement queer et fabuleux, l’humoriste montréalais Andrew Khoury multiplie les apparitions à Fierté Montréal depuis des années.
Être en spectacle à Fierté Montréal, ça représente quoi à tes yeux?
Andrew Khour : Je me souviens très bien de ma première participation, en 2022, à la Place Émilie-Gamelin. Il y avait beaucoup de monde! Après coup, ça m’a frappé… Moi, je viens d’une petite banlieue en Nouvelle-Écosse et, quand j’étais jeune, il n’y avait presque personne d’ouvertement queer là-bas. Faire un coming out au secondaire, ç’aurait été l’équivalent d’un suicide social à Halifax. Je n’avais donc jamais imaginé vivre ce que j’ai vécu : être embrassé par autant de monde des années plus tard. C’était surréel!
Comment composes-tu avec les controverses de l’événement au cours des dernières années?
Andrew Khour : Je partage la mentalité selon laquelle il ne faut pas s’associer avec des entreprises qui ont des pratiques discutables. Je vais toujours soutenir la liberté et l’autodétermination de la Palestine. C’est important pour moi de pouvoir l’exprimer sur des plateformes importantes. Heureusement, je n’ai jamais été censuré à Fierté Montréal. On ne m’a jamais dit quoi dire ou ne pas dire. J’ai fait des déclarations politiques en soutien à certains groupes sur scène. J’ai toujours apprécié ça.
Tu te décris parfois comme une « haram queen ». À quoi cela fait-il référence?
Andrew Khour : En termes d’identité, je viens d’une culture – à moitié libanaise, à moitié syrienne – où être ouvertement queer n’est pas particulièrement accepté. Donc, le fait de parler de mon identité avec une forme d’audace, c’est un gros « statement ». Je ne pense pas que plusieurs personnes dans le reste de la population s’attendent à ce que nous soyons « out, loud and bold ». Elles pensent qu’on essaie de tout garder secret. Pourtant, j’aborde dans mes numéros plusieurs sujets dont on parle moins publiquement. Donc, tout cela peut être associé à une forme d’interdit. Cela dit, je ne « trash » pas ma culture. Je m’amuse avec les éléments de mon bagage culturel.
Quand as-tu commencé l’humour?
Andrew Khour : En 2018. J’ai toujours adoré faire rire mon entourage, mais être drôle avec ses amis, c’est très différent d’être drôle sur scène. Je voulais vérifier si je pouvais être bon en faisant du stand-up et voir si je pouvais communiquer avec le public. Même si je suis quelqu’un de très anxieux, faire de l’humour m’aide à gérer mon anxiété. Ça m’a aussi donné beaucoup de confiance en moi.
La représentation peut jouer un grand rôle quand vient le temps de rêver à un métier ou à un avenir. Durant ta jeunesse, y avait-il des humoristes auxquels tu t’identifiais?
Andrew Khour : Quand j’étais plus jeune, j’appréciais plusieurs humoristes, mais il n’y en avait aucun auquel je m’identifiais. Dans les films et les émissions de télévision au Canada et aux États-Unis, on ne voyait pas beaucoup de gens qui me ressemblaient. Et encore moins de personnes queers, à moins qu’elles soient représentées de façon négative ou tournées en dérision.
Cela dit, il y a une drag queen célèbre, Bassem Feghali, que j’ai vue pendant des années à la télévision, à partir de mon adolescence. Elle personnifiait plusieurs célébrités arabes. Même si être ouvertement queer n’est pas bien perçu dans ces sociétés, les gens adoraient la voir à la télévision, parce qu’on n’a jamais dit que Bassem était peut-être homosexuel. On voyait seulement une personne qui se costumait et qui s’amusait.
Faire de l’humour en anglais dans une ville bilingue et une province majoritairement francophone, ça se passe comment?
Andrew Khour : Hmm… Évidemment, il y a beaucoup plus de spectacles et d’opportunités dans le monde de l’humour francophone, donc plus d’argent à faire. J’aimerais beaucoup essayer de performer en français. Mon inquiétude, c’est que le français n’est pas la langue avec laquelle je suis le plus à l’aise, alors je ne sais pas si ma personnalité va être comprise de la même façon. J’en ai beaucoup parlé avec Tranna Wintour, qui réussit très bien dans les deux langues. Elle m’a conseillé de l’essayer au moins une fois. Plusieurs humoristes anglos qui s’essaient en français m’ont dit que les publics francophones étaient très chaleureux à leur égard, parce qu’ils font un effort.
Dirais-tu qu’il faut avoir une détermination à toute épreuve pour réussir?
Andrew Khour : Dans le monde anglophone, il y a beaucoup plus de lieux pour performer en anglais sur une base quotidienne que lorsque j’ai commencé, alors c’est moins difficile qu’avant. Cela dit, ma situation me permet parfois de me démarquer. Le fait d’être queer, arabe et anglophone m’aide à sortir du lot, car je suis différent de la plupart des humoristes. Par contre, je refuse de croire que je suis invité seulement pour ces raisons. Je suis drôle avant tout. Je ne suis pas là seulement pour cocher des cases.
Que souhaites-tu pour ton futur?
Andrew Khour : Continuer de performer, voir ma carrière grandir, être capable de
jouer dans d’autres villes et raconter mes histoires à de plus en plus de gens, à l’extérieur
de Montréal.
INFOS | https://fiertemontreal.com
Andrew Khoury sera sur scène dans le spectacle Des gags et des paillettes, le jeudi 6 août 2026, de 20 h à 22 h, dans le cadre de la programmation de Fierté Montréal.

