Mercredi, 22 juillet 2026
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    La popularité de l’humour queer explose au Québec!

    Les humoristes queers se multiplient et le public québécois les embrasse de plus en plus. Pour mieux comprendre ce phénomène, Fugues a discuté avec Mona de Grenoble, Andrew Khoury, Tranna Wintour et Charlie Morin.

    Ai-je raison de croire qu’il y a plus d’humoristes queers que jamais?
    Mona : Ton impression est bonne. Il y avait déjà des soirées dans les bars avec des gens queers super drôles, mais socialement, on est plus prêts qu’avant à consommer de l’humour queer. Clémence Desrochers ne parlait pas de son orientation dans le temps. Aujourd’hui, on est plus au courant de ça chez les humoristes.

    Andrew : Avant, certains publics se rendaient à des spectacles sans savoir à quel genre de matériel ils auraient droit et s’ils allaient aimer ça, mais comme on a maintenant autant d’humoristes queers et de shows queers, on peut offrir à ces publics des espaces où ils vont se sentir plus confortables.

    Charlie : On a la chance d’avoir une industrie de l’humour qui existe depuis très longtemps au Québec. Les gens comprennent qu’ils vont voir différents points de vue. Tant que c’est drôle, ils sont prêts à
    t’écouter, et je pense qu’ils sont prêts depuis plus longtemps qu’on pense. Malheureusement, sur Internet, les personnes queers se font taper sur les doigts d’être qui elles sont, alors on pense que ça se transfère partout, mais Internet n’est pas la vie. Ce n’est pas parce que les algorithmes envoient des contenus à du monde pour les fâcher que ces gens-là sont légion.

    Tranna : Quand j’ai commencé en 2013, il n’y en avait vraiment pas autant et il y avait très peu de shows d’humour consacrés exclusivement aux humoristes queers et/ou féministes. Je suis très fière de faire partie des humoristes canadiens et québécois qui ont osé faire de l’humour queer à un moment où il fallait qu’on crée nos propres opportunités. À mes débuts sur la scène anglophone de Montréal, il y avait les humoristes queers Eman El-Husseini et Jess Salomon. Je pense aussi à l’open mic Gender Blender, produit par Kama La Mackerel, où plusieurs humoristes queers sont monté·e·s sur scène pour la première fois. Bref, le seul facteur qui explique ce phénomène, ce sont les humoristes queers qui ont osé en produisant leurs propres shows. Ils ont créé un safe space qui a encouragé plusieurs humoristes queers à tenter leur chance.

    Sentez-vous que les organisateurs de galas, de soirées d’humour et d’émissions d’humour se limitent à un·e humoriste queer par projet en oubliant que vous êtes différent·e·s?
    Tranna : Oui, et c’est une place qu’on doit souvent partager avec les femmes cisgenres qui se battent pour leur place aussi! Sur un show d’humour qui n’a pas une thématique queer et/ou féministe, il y a souvent un seul spot pour une femme OU une personne queer. Qu’est-ce que ça fait? Dans les cas extrêmes, ça peut créer un espace dangereux pour nous. Le public qui vient voir ces shows est généralement très hétéro. J’ai performé devant des foules de gars straights avec leur blonde qui sont transphobes, qui ne me regardent même pas et qui demeurent dans un silence agressif. C’est épeurant! C’est ce qui risque d’arriver quand on est la seule personne queer sur un line-up.

    Andrew — Quand je participe à des spectacles non queers, je suis généralement la seule
    personne queer de la distribution. Aussi, j’ai remarqué qu’en termes d’humoristes LGBTQ+, on voit surtout des homosexuels cisgenres à la télé et dans les médias mainstream. Pourtant, il y a tellement d’humoristes queers parmi lesquels choisir maintenant.

    Mona : Ça fait longtemps que je ne suis pas allée dans les soirées d’humour dans les bars. Je ne sais pas s’il y a un quota de queers par soirée. Les bookers cherchent la parité hommes-femmes, ce qui est une avancée. Peut-être que je suis très naïve : est-ce qu’on est réduit au créneau de l’humour queer et que les décideurs ne pensent pas qu’on est différents? J’en doute. Autant je suis trash, autant Anne-Sarah Charbonneau est complètement drôle, mais moins vulgaire. Les gens savent qu’on est très variés. S’il y a un quota, c’est de la pure merde. Il y a des émissions de télé où je me suis sentie invitée pour remplir une case, être le token queer : j’ai trouvé ça dégueux et je ne suis jamais retournée.

    Charlie : Ça ne reflète pas ce que je vis. Je suis souvent sur des galas avec plusieurs artistes queers. Je passe mon temps avec les lesbiennes et des filles bi. On ki-ki dans la loge.

    Le milieu de l’humour québécois devrait-il s’inspirer d’autres pays?
    Charlie — On fait mieux qu’ailleurs, car ça fait longtemps qu’on a une représentation queer. On a toujours eu Alex Perron à un moment où il y avait beaucoup moins d’ouverture. Comme il est fucking drôle et sans compromis, les gens n’ont pas eu le choix de le prendre comme tel. Cela dit, on pourrait s’inspirer de la France ou des États-Unis qui ont des émissions très grand public où ils n’ont pas peur d’inclure des références culturelles queers. Ça se fait de plus en plus au Québec, mais ils sont rendus un peu plus loin.

    Andrew : Je ne suis pas très familier avec les scènes queers des autres villes et ailleurs dans le monde. Je sais que ce qui aide le Québec, c’est que les artistes ont leur propre star-système très développé. C’est comme un incubateur de talents, alors qu’ailleurs au Canada, ça se joue davantage sur la scène nationale.

    Tranna : Les diffuseurs devraient s’inspirer d’autres pays. Au Québec, particulièrement à la télé, on est vraiment en arrière. Il y a très peu de représentation queer drôle ou joyeuse. L’industrie croit encore que les messieurs et mesdames Tout-le-Monde ne veulent pas nous voir. Je ne crois pas que c’est vrai.

    Mona : L’humour queer, on le fait crissement mieux. On est moins polarisés, criards et chialeux qu’aux États-Unis, où le fait de parler de sa réalité queer devant monsieur et madame Tout-le-Monde peut choquer. Surtout en ce moment, puisque le climat est dégueulasse. Au Québec, l’humour queer se développe plus vite et mieux. Il est plus varié. On va bien au-delà des jokes de base de gais.

    Charlie / Crédit : Fierté Montréal

    Adaptez-vous vos performances devant un public majoritairement queer ou hétéro?
    Charlie : Non, car je veux que mon stock rentre partout. En rodage, je fais un travail pour que toutes les références soient claires, sans les édulcorer. Je donne les outils aux gens pour qu’ils rient du gag : ceux qui ont déjà les outils vont simplement rire, les autres vont apprendre quelque chose et rire aussi. L’idée, c’est d’avoir des numéros qui font rire autant les straights que les queers.

    Mona : Oui et non. Devant un public 100 % queer, j’enlève des blagues et des numéros qui sont plus explicatifs sur un sujet très bien maîtrisé, alors que ça fait rire les straights, en plus de leur faire comprendre des affaires. En faisant le tour des salles au Québec, il y a des choses que je n’ai pas le choix de nommer et d’expliquer avant de les aborder.

    Tranna : Je n’adapte pas mes sujets, mais quand je suis devant un public majoritairement straight, je dois toujours commencer mon numéro en m’identifiant comme trans, sinon ils n’embarquent pas. Plusieurs straights veulent nous mettre une étiquette, c’est la seule façon qu’ils ont de te comprendre. Je vous garantis qu’en humour, un homme blanc cisgenre n’a JAMAIS besoin d’expliquer ni de justifier son existence quand il embarque sur scène, et je suis très jalouse.

    Andrew : Je ne change rien à mon audace, parce que c’est simplement qui je suis. It is what it is. Take it or leave it. Ce que j’adapte parfois, c’est mon vocabulaire : je n’ai pas besoin de tout expliquer avec un public queer, alors que je dois vulgariser certaines choses avec les hétéros.

    Les humoristes et les drags sont-iels les artistes queers avec qui le grand public hétéro connecte le plus facilement?
    Mona : Oui, 100 %. Parce que la drag est devenue mainstream et l’humour est ce que le public québécois consomme le plus. Comme l’humour est un terrain connu, les personnes queers qui œuvrent dans ces milieux-là ont plus de facilité à connecter avec le public. Plus il y a d’humoristes queers et de drags qui ouvrent des portes et qui contribuent à débarrer du monde, mieux c’est.

    Tranna : Oui, parce que l’humour a le pouvoir de désarmer. Le rire peut créer une ouverture d’esprit qu’une œuvre sérieuse peut rarement accomplir.

    Andrew : Peut-être, car les gens savent déjà qu’ils aiment rire et assister à des shows
    d’humour, ce qui les aide à connecter avec les humoristes.

    Charlie : Comme l’humoriste est sa propre matière première et qu’il s’adresse directement au public, c’est une forme d’art où les gens ont plus accès à toi. Les humoristes doivent se livrer en établissant une connexion avec le public.

    INFOS | https://fiertemontreal.com
    Où voir ces humoristes pendant Fierté Montréal 2026;

    Mona de Grenoble, Andrew Khoury et Charlie Morin seront de la distribution de Des Gags et des paillettes, la grande soirée d’humour queer de Fierté Montréal, présentée le jeudi 6 août à 20 h au Théâtre Le National. Mona de Grenoble en assurera également l’animation.

    Charlie Morin participera aussi à Sami et ses ami·e·s, le mardi 4 août, à 18 h et 22 h, aux Jardins Gamelin (Place Émilie-Gamelin).

    Tranna Wintour présentera The Tranna Wintour Show, le mardi 4 août, à 19 h et 20 h, sur la Scène Loto-Québec, située sur la rue Sainte-Catherine Est, à l’angle de l’avenue Papineau.

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