Mercredi, 22 juillet 2026
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    Jeremy Dutcher, en pleine saison arc-en-ciel  

    Moins de trois semaines après sa performance dans le cadre d’Acadie Love à Caraquet, Jeremy Dutcher fera vibrer la foule de Fierté Montréal. Premier artiste de l’histoire à remporter le prestigieux Prix Polaris deux fois, le chanteur wolastoqiyik sera la tête d’affiche de la soirée Lumière des Nations (31 juillet au National), avec Laura Niquay.

    Qu’est-ce que ça signifie pour toi de chanter durant des événements queers?
    Jeremy Dutcher : Performer quand nos communautés se réunissent, c’est un sentiment
    particulier. J’ai l’habitude d’être en tournée dans plusieurs salles et festivals, mais quand on se retrouve dans un rassemblement autour de l’amour et de la fierté, c’est autre chose. D’ailleurs, je suis entouré de musicien.nes queers sur scène. Pour moi, ces événements sont des célébrations de notre résilience et de tout ce que nous avons à offrir. C’est la saison arc-en-ciel quand toutes les couleurs sortent en même temps!

    Adaptes-tu ton spectacle devant des foules majoritairement queers?
    Jeremy Dutcher : Le spectacle montréalais sera un peu différent de ce que je fais habituellement. Je travaille sur un cover d’une pièce créée par le québécois Daniel Lanois. Je vais aussi présenter une vieille chanson folk, Johnny Be Gay, qu’on va queeriser. Je sais que la foule va venir nous voir pour s’amuser, alors que mes concerts habituels sont souvent donnés dans des salles avec des orchestres et un certain type de public.

    Que dirais-tu aux gens qui craignent de ne pas avoir leur place à un concert classique?
    Jeremy Dutcher : Je les encourage à réaliser que la division des genres musicaux appartient au passé. De nos jours, quand on écoute la musique qui se produit à travers le pays, plusieurs artistes sortent des petites cases. Je ne fais pas du classique pur et dur. Je m’inspire des racines propres à certains créneaux musicaux, mais je les transforme en autre chose. Durant mes concerts, le public ne se fait pas dire « chut » parce qu’ils dérangent. Tout tourne autour de l’amour et de la liberté d’expression. Je joue au piano, avec des musiciens à la batterie, à la basse, à la guitare et plus encore.

    Que penses-tu de l’idée d’écouter des chansons dans une langue qu’on ne connaît pas?
    Jeremy Dutcher : Lorsque j’étudiais pour devenir chanteur d’opéra, je ne chantais presque jamais en anglais, mais bien en italien, en allemand, en russe et parfois en français. Ça m’a permis de comprendre que la musique est un langage universel. Et la plupart des spectateurs qui assistent à un opéra ne lisent pas les surtitres du début à la fin. On se laisse transporter par le pouvoir de la musique. La plupart du temps, à mes concerts, personne ne parle la langue dans laquelle je chante. Je suis habitué. Et je suis excité de partager le spectacle avec Laura Niquay qui chante dans une autre langue autochtone qui était présente sur le territoire bien avant que le Québec devienne le Québec. Ce sera une célébration de langues et de queerness autochtones.

    Après des années à marier la musique traditionnelle autochtone et la musique classique et jazz occidentale, vois-tu apparaître une nouvelle phase de création à l’horizon?
    Jeremy Dutcher : Je suis en train de travailler sur un album qui fait partie d’un nouveau cycle de création. Je vais d’ailleurs chanter certaines de mes nouvelles chansons au concert à Montréal. La nouvelle musique touche davantage à l’univers « dance ». Je prends des chansons avec lesquelles j’ai grandi, je m’assois au piano et je pars à la recherche de tout ce qui se cache dans l’univers autour de la mélodie. Très jeune, une ancienne de ma communauté m’a aidé à connecter avec mes racines. Je sais que plusieurs jeunes de nos communautés ont faim de vivre ce genre d’expériences.

    Au Québec, des artistes comme Elisapie, Kashtin, Samian, Anachnid, Laura Niquay et Soleil Launière sont de plus en plus aimés. Quel est l’intérêt du reste du Canada envers les artistes musicaux autochtones?
    Jeremy Dutcher : C’est massif au Québec! Ça se produit aussi ailleurs au Canada, même si certaines régions s’intéressent à nous plus lentement que d’autres. Disons que la côte Est n’a pas la réputation de lancer des modes! Comme j’ai la chance de tourner à travers le pays depuis longtemps, je sais à quel point chaque région est différente. Ce qui fonctionne en Colombie-Britannique ne va peut-être pas plaire aux gens du Nunavut, du Québec ou du Nouveau-Brunswick. Mais bon, il y a toujours eu des personnes autochtones qui faisaient de la musique, bien avant l’arrivée des colonisateurs européens, et qui ont gardé nos traditions vivantes. Je trouve ça fantastique qu’après plus de 500 ans de colonisation, il y a encore des gens qui chantent dans nos langues, qui dansent selon nos traditions et qui racontent nos histoires. Ça témoigne de notre résilience. Peu à peu, le reste de la population nous donne de plus en plus d’attention. En tant que personne indigiqueer, je suis content d’exister à notre époque. Ça aurait été difficile pour quelqu’un comme moi il y a 25 ou 30 ans.

    T’identifies-tu en tant que personne two-spirit?
    Jeremy Dutcher : Ça dépend. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui ont été élevées comme two-spirit dès leur enfance, ce qui influence le reste de leur vie. De mon côté, j’ai fait mon coming out homosexuel à treize ans, parce que c’est le seul vocabulaire que j’avais à l’époque. C’est seulement vers 18-19 ans que j’ai entendu l’expression « two-spirit » et que j’ai rencontré des gens qui se trouvaient au cœur de cette conversation sur le genre. Tout cela pour dire que oui, je trouve ça important de m’identifier comme two-spirit dans certains contextes. Mon autochtonie influence énormément ma queerness. Par exemple, dans ma langue, il n’y a pas de pronoms genrés à la base. Je trouve ça magnifique!

    Sans oublier que l’expression « two-spirit » vient du monde anglophone.
    Jeremy Dutcher : Exact! C’est apparu dans les années 1990 à Winnipeg, au Manitoba. Plusieurs personnes autochtones queers s’étaient rassemblés pour parler de ces enjeux, en cherchant comment créer un vocabulaire commun. Grâce à elles, « two-spirit » est devenu une expression utile. Mais, selon ma compréhension, c’était aussi un appel pour que ces personnes retournent à leurs langues respectives afin de trouver le terme qui résonnait avec leur histoire. Au fond, « two-spirit » est une expression anglo-autochtone qui est accolée aux gens, mais quand on replonge dans l’histoire, on réalise que l’homophobie n’existait pas sur le territoire avant l’arrivée du christianisme. Dans ces petites communautés si interdépendantes, on ne pouvait tout simplement pas se permettre d’exclure des individus pour ce genre de raisons. Tout le monde a un don et on est tous là pour travailler ensemble. Je crois qu’on a besoin de plus de cette vision du monde. C’est pour cette raison que j’accepte l’étiquette « two-spirit » et que j’en parle souvent, mais sans jamais oublier que je n’ai pas été élevé ainsi dès le début de ma vie.

    INFOS | https://fiertemontreal.com
    Dans le cadre de Fierté Montréal, Jeremy Dutcher sera la tête d’affiche de la soirée Lumière des Nations, le 31 juillet au National, avec Laura Niquay. Une présentation de Fugues

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