Jeudi, 23 juillet 2026
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    The Vampire Lestat : Le supplice d’être porteur d’une érection éternelle !

    Lestat découvre avec horreur qu’il est devenu le personnage central d’un best-seller qui lève le voile sur l’univers des vampires, tout en le présentant sous un jour très peu flatteur. Il opte aussitôt pour une revanche aussi flamboyante qu’inattendue : devenir une rock star et livrer la vérité à travers des chansons. Mais faire ressurgir le passé n’est jamais sans danger…

    Les deux premières saisons de Interview with the Vampire (Entretien avec un vampire) adoptaient le point de vue de Louis de Pointe du Lac (Jacob Anderson), qui y relatait sa rencontre avec Lestat de Lioncourt (Sam Reid) et sa transformation en vampire. Au fil des entretiens, le journaliste Daniel Molloy (Eric Bogosian) relevait toutefois plusieurs incohérences, laissant entendre que la perception des événements n’était pas toujours fiable. Lestat est donc sous le choc lorsqu’il découvre que son existence s’étale désormais dans les vitrines des librairies dans un ouvrage qu’il considère n’être qu’un tissu de mensonges.

    La scène, délicieusement outrancière, se déroule dans une librairie de Montréal puisque, oui, Lestat y réside dorénavant. Il décide donc de reprendre le contrôle du récit et de rendre justice à « sa » vérité. Ce passage d’un narrateur à l’autre s’inscrit pleinement dans l’esprit du deuxième roman de la série d’Anne Rice, où la parole passe de Louis à Lestat. Sa décision de s’exposer aux projecteurs peut surprendre, mais elle reste fidèle à son tempérament excessif, d’autant qu’au XVIIIe siècle il avait connu le plaisir des planches. Chansons, extraits de mémoires et nouveaux entretiens avec Daniel Molloy, qui l’accompagne en tournée pour réaliser un film en noir et blanc d’une prétention assumée, deviennent autant de moyens de raconter sa version des faits.

    La vérité, toute la vérité et rien que la vérité? Si vous croyez que Lestat se dévoilera complètement, passez Go et ne réclamez pas 200 $! À chaque fois que l’on croit saisir son passé ou son présent, il effectue une pirouette et laisse planer le doute. L’épisode 3 en offre un exemple savoureux, alors qu’il manipule avec jubilation autant les personnages que les spectateurs. Même si la plupart de ses admirateurs prennent peu au sérieux cette histoire de prince des ténèbres, il en va tout autrement chez les vampires : certains le considèrent comme une menace, d’autres comme un sauveur. Pendant ce temps, Louis tente de calmer son ancien amant, tandis que la mère de Lestat ressurgit d’outre-tombe et que Claudia refait une apparition inattendue.

    Les épisodes alternent entre le présent — au fil des villes de la tournée, dont un intrigant épisode intitulé « Montréal » — et la jeunesse de Lestat au sein d’une famille qui méprise son hypersensibilité. La série revisite plusieurs moments fondateurs de son existence : une chasse au loup inspirée de la Bête du Gévaudan, sa relation avec Nicolas de Lenfent (Joseph Potter) et sa rencontre avec Magnus (Damien Atkins), son créateur. Cette structure bouscule les temporalités et les frontières entre vérité et mensonge, mais compose progressivement une fascinante mosaïque. Comme Lestat demeure le narrateur, rien ne garantit que ce qui nous est montré corresponde réellement aux événements. Il réécrit d’ailleurs à plusieurs reprises les circonstances de sa rencontre avec Magnus avant qu’une réalité beaucoup plus brutale ne s’impose.

    En paroles et en musique
    Qui dit rock star dit forcément répertoire musical, et les compositions de Daniel Hart n’ont pas à rougir. Why Do I Have to Feel?, Big Boss et Stained Glass Eyes comptent parmi les grands moments de la saison, portés par une mise en scène inventive et des textes parfois d’une réelle poésie. Malgré un registre vocal relativement limité, Sam Reid offre des performances captivantes. Il faut aussi souligner, dans l’épisode 2, une adaptation du poème La Fontaine de sang, de Charles Baudelaire. Si la mélodie est superbe, la maîtrise du français de Sam Reid demeure approximative. Sans sous-titres, plusieurs passages sont difficiles à comprendre pour un public francophone, et l’on ne peut qu’espérer que le doublage français choisira d’adapter la chanson.

    Je suis porteur d’une érection éternelle
    On pourrait croire que le « I carry an immortal erection » lancé par Lestat n’est qu’une provocation. Il exprime pourtant l’état permanent de tension qui le traverse. L’immortalité agit comme un amplificateur des sens : faim, désir, plaisir et besoin de ressentir s’y trouvent exacerbés. Cette formule résume la malédiction qui l’habite : être condamné à tout éprouver avec une intensité démesurée, sans jamais trouver d’apaisement. Cette nouvelle saison se révèle à la hauteur des deux précédentes, alliant intrigue prenante, personnages complexes, dialogues savoureux, mise en scène inventive, chansons marquantes et, pour faire bonne mesure, quelques généreuses éclaboussures d’hémoglobine. On ne peut déjà qu’espérer une quatrième saison.

    INFO| Les sept épisodes de The Vampire Lestat sont offerts en anglais sur AMC. Les deux premières saisons de Interview with the Vampire (Entretien avec un vampire) sont disponibles, en anglais et en français, sur Crave. La troisième saison devrait s’y ajouter au cours de l’année.

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