Jeudi, 6 août 2026
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    Les Boules reprendront leur envol au-dessus du Village… dès 2030

    L’administration Martinez Ferrada relance l’œuvre emblématique de Claude Cormier et revoit en profondeur le projet de réaménagement de la rue Sainte-Catherine Est. Plus qu’un retour nostalgique, la Ville affirme avoir choisi une solution plus durable, plus simple à entretenir et porteuse de l’identité du Village.

    Parmi toutes les annonces entourant la transformation de la rue Sainte-Catherine Est, celle qui devrait véritablement faire vibrer le Village est le retour des Boules. Disparue depuis 2019, l’installation imaginée par l’architecte paysagiste Claude Cormier est devenue, au fil des ans, beaucoup plus qu’un aménagement estival. Pour les commerçants, les résidents, les visiteurs et la communauté 2SLGBTQIA+, elle incarnait l’image même du Village.

    C’est cette œuvre que l’administration de la mairesse Soraya Martinez Ferrada entend faire renaître dans le cadre du réaménagement complet de l’artère. La mairesse a décrit cette décision comme un geste identitaire : « Le retour des Boules du Village redonne vie à un symbole profondément aimé, lié à l’identité du Village et de la communauté 2SLGBTQIA+. Cette œuvre aérienne emblématique rend hommage à l’héritage exceptionnel de Claude Cormier. »

    Le conseil municipal devrait voter, d’ici la fin août, l’attribution du contrat à la firme CCxA, qui poursuit aujourd’hui l’œuvre de Claude Cormier.

    Plus qu’un changement esthétique

    Le projet dévoilé le 6 août ne constitue pas une rupture complète avec celui présenté en août 2025. La Ville maintient le réaménagement de 1,3 kilomètre de la rue Sainte-Catherine Est, entre Berri et De Lorimier. Les infrastructures souterraines seront entièrement remplacées, près d’un kilomètre de rue sera réservé principalement aux piétons. Et 270 arbres seront plantés et quelque 300 places assises seront aménagées, ce qui est plus que le projet précédent

    Mais derrière ces grandes lignes se cache un changement de philosophie. L’administration Martinez Ferrada affirme avoir repris le projet en privilégiant des solutions plus robustes, plus faciles à entretenir et offrant davantage de prévisibilité, tant pour la Ville que pour les commerçants. Comme l’a résumé Soraya Martinez Ferrada : « Tout le monde parle encore des Boules. »

    Ainsi, les nouveaux revêtements de sol seront réalisés avec des matériaux jugés plus résistants aux rigueurs du climat montréalais du béton et du granit (sans les incrustations prévues. Le mobilier urbain ne sera plus constitué d’éléments spécialisés fabriqués à l’extérieur : il sera conçu et produit directement par les ateliers municipaux, ce qui doit permettre d’en assurer plus facilement l’entretien, la réparation ou le remplacement au fil des décennies.

    La Ville promet également une gestion plus serrée du futur chantier. L’administration insiste sur une meilleure planification des différentes phases des travaux, des communications plus soutenues avec les commerçants et les résidents, ainsi que sur des mesures visant à limiter autant que possible les répercussions économiques d’un chantier qui devrait s’échelonner de l’automne 2027 jusqu’en 2030.

    Gabrielle Rondy, directrice générale de la SDC du Village, s’est dite rassurée par la confirmation de l’échéancier, estimant qu’il permettra aux commerçants « de planifier, d’investir, de prendre des décisions pour l’avenir de leur entreprise ».

    Elle reconnaît toutefois que « les prochaines années ne seront pas simples », les travaux ayant « des impacts bien réels sur leurs opérations, leur clientèle [et] leur quotidien », tout en rappelant que « les commerçants du Village savent à quel point ce réaménagement est nécessaire ».

    Cette volonté de réduire les risques se retrouve aussi dans le choix de la signature visuelle du futur Village.

    Les Boules plutôt qu’un plafond technologique

    C’est probablement la différence la plus importante avec le projet présenté par l’administration Plante.

    En 2025, la Ville avait dévoilé un immense plafond lumineux permanent composé de centaines de modules réfléchissants et d’un système d’éclairage programmable. Les concepteurs parlaient alors d’un véritable « chandelier urbain » capable d’animer la rue toute l’année grâce à différentes séquences lumineuses. Or, cette technologie n’avait encore jamais été réalisée à cette échelle dans un environnement 4 saisons.

    Selon l’administration actuelle, plusieurs inconnues demeuraient quant au développement du système, à sa fiabilité, ainsi qu’aux coûts futurs d’entretien, de réparation et de remplacement.

    La nouvelle administration a donc choisi une autre avenue : revenir à une œuvre qui avait déjà fait ses preuves. La mairesse a résumé le raisonnement en une phrase : « Tout le monde parle encore des Boules. »

    Pour l’administration Martinez Ferrada, les Boules sont devenues bien davantage qu’une décoration suspendue. Elles représentent aujourd’hui un symbole identitaire du Village, reconnu bien au-delà de Montréal.

    Le choix est aussi chargé d’une forte valeur patrimoniale. Depuis le décès de Claude Cormier, en septembre 2023, plusieurs de ses réalisations (La Forêt rose au palais des Congrès, L’anneau à la Place Ville Marie, le réaménagement du Square Dorchester) sont désormais considérées comme des œuvres marquantes du paysage montréalais.

    Quelques autres projets à Montréal de CCxA (la firme confie par Claude Cormier et ses associés)

    Une œuvre qui a changé de visage

    Le retour annoncé invite également à revisiter l’histoire de cette installation devenue emblématique.

    Tout commence en 2011, lorsque Claude Cormier imagine les Boules roses pour accompagner la piétonisation estivale du Village à l’invitation de la SDC. Plutôt que d’occuper davantage l’espace au sol, déjà saturé de terrasses, d’animations et de circulation piétonne, il choisit de transformer le ciel.

    La vidéo promotionnelle pour le premier projet des «Boules roses» a fait découvrir le Village autour du monde

    Quelque 170 000 sphères de résine, réparties en cinq nuances de rose et suspendues sur près d’un kilomètre entre Saint-Hubert et Papineau, créent alors une immense canopée colorée. Selon CCxA, les boules sont offertes en trois dimensions différentes (dès la seconde saison) afin de produire un effet de profondeur et de mouvement.

    L’installation remporte rapidement plusieurs prix internationaux et est devenu l’une des 5 images les plus diffusées de la métropole, confirme Tourisme Montréal. L’office touristique a même conçu une de ses campagnes promotionnelles pour l’Amérique du Nord, autour des «Boules de Montréal»

    Campagne à New York de Tourisme Montréal / photo d’archives fournie par l’agence de Tourisme Montréal

    En 2017, Claude Cormier décide toutefois de faire évoluer son œuvre. Le Village célèbre alors son 35e anniversaire, Montréal fête son 375e anniversaire et accueille Fierté Canada. Et, pour l’occasion, les Boules roses deviennent 18 Nuances de gai.

    Cette nouvelle version comprend environ 180 000 sphères réparties en six couleurs inspirées du drapeau arc-en-ciel, chacune déclinée en trois tonalités distinctes. L’objectif est de traduire l’évolution des communautés LGBTQ+, désormais plus diverses, plus inclusives et plus nuancées.

    L’œuvre est accompagnée cette année-là d’une centaine de saules pleureurs installés dans de grandes jardinières, transformant encore davantage l’expérience de la rue. La dernière saison des Boules a eu lieu en 2019.

    Contrairement à ce que plusieurs ont cru, leur disparition n’était pas liée à une défaillance technique. À l’époque, comme l’administration Plante ne voulait pas s’engager au remplacement régulier des boules, Claude Cormier souhaitait que son œuvre demeure éphémère pour donner la possibilité à d’autres artistes de lui succéder. Cela dit, le projet envisagé pour la suite par la SDC n’a jamais vue le jour pour des raisons techniques, puis l’arrivée de la COVID a mis bien des travaux en mode pause.

    Le projet de nuages, envisagé pour succéder, en 2020 ou 2021, «Les 18 nuances de gay», a été abandonné pour des raisons techniques. Illustration tirée des archives de Fugues, fournie à l’époque par la SDC.

    Le retour du concept tel quel de «18 Nuances de gai»… ou d’une nouvelle version?

    Les documents rendus publics par la Ville mentionnent explicitement le retour des 180 000 boules colorées de l’installation 18 Nuances de gai. Les illustrations présentées rappellent d’ailleurs clairement la version installée entre 2017 et 2019. Mais plusieurs inconnues demeurent.

    Au moment d’écrire ces lignes, ni la Ville ni CCxA n’ont dévoilé les plans détaillés de la future installation. On ignore donc encore si le Village retrouvera exactement l’œuvre de 2017, si certains matériaux seront modernisés ou si CCxA profitera du nouveau contexte urbain pour proposer une adaptation du concept original. Cette nuance est importante.

    Le futur aménagement devrait être permanent et devra cohabiter avec un nouvel éclairage hivernal, des infrastructures entièrement reconstruites et une rue conçue pour durer plusieurs décennies.

    Il est donc possible que l’installation soit fidèle à l’esprit de 18 Nuances de gai tout en intégrant des ajustements techniques invisibles pour le public à ce moment-ci.

    Une rue qui change aussi de caractère

    Le retour des Boules ne constitue qu’un volet d’un chantier beaucoup plus vaste. Par rapport au projet de 2025, la Ville a également apporté plusieurs modifications au projet que l’administration précédente avait présenté à la fin aout 2025.

    La piétonnisation, qui devait être permanente selon la version de l’administration Plante, devient plus flexible. Entre Berri et Papineau, la rue sera principalement réservée aux piétons, mais l’aménagement permettra, au besoin, une circulation limitée de véhicules.

    Le projet prévoit aussi davantage d’arbres — 270 plutôt que les quelque 225 annoncés l’an dernier — ainsi que plus du double des places assises, qui passent de 125 à environ 300.

    Le revêtement en béton terrazzo très graphique imaginé en 2025 laisse place à des pavés de béton et de granit, des matériaux jugés plus robustes et plus faciles à entretenir. En effet, plusieurs projets récents (de moins de 5 ans) utilisant le béton terrazzo (dont sur le Plaeau Mont-Royal) se sont très rapidement dégradés

    En revanche, la réfection complète des infrastructures souterraines demeure inchangée, tout comme l’objectif de faire du Village un espace plus convivial, plus vert et animé toute l’année.

    Un symbole qui dépasse l’aménagement urbain

    Le succès des Boules ne tient sans doute pas seulement à leur beauté. En quinze ans, elles ont réussi à devenir simultanément une œuvre d’art public, une attraction touristique, un outil de développement économique et un symbole de la visibilité LGBTQ+ montréalaise.

    Peu d’aménagements urbains — à Montréal et ailleurs — peuvent se vanter d’avoir façonné à ce point l’image d’un quartier. C’est sans l’ombre d’un doute ce qui explique le choix de l’administration actuelle. Plutôt que de miser sur une nouvelle installation technologique dont plusieurs aspects restaient à développer, elle préfère remettre au cœur du Village une œuvre dont la capacité à attirer les visiteurs, à susciter l’attachement de la communauté et à faire rayonner Montréal est déjà largement démontrée.


    Sauf mention : les photos des «Boules Roses», des «18 nuances de gai» et des autres projets sont de CCxA

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