Mercredi, 30 septembre 2026
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    Éric Dupont confronte son passé avec Les Princes charmants

    Dans Les Princes charmants, Éric Dupont se dévoile comme jamais auparavant. Dans ce récit court mais chargé, l’auteur de La Fiancée américaine écrit à son conjoint de longue date, un diplomate brésilien, au sujet d’un séjour — bref, mais marquant — passé à Toronto, où il a déjà habité. Homosexualité, relation avec le père, religion… l’auteur confronte son passé dans cet ouvrage paru le mois dernier aux éditions Marchand de feuilles.

    Qu’est-ce qui t’a amené à écrire Les Princes charmants?
    Éric Dupont : Je vais te le dire bien honnêtement : la fin de semaine que j’ai passée à Toronto en 2010 est restée dans ma mémoire. C’est un 48 heures qui m’a obsédé pendant très longtemps. Puis moi, j’écris de la fiction d’habitude. C’est pas mon premier livre, je suis l’auteur de plusieurs romans de fiction. Et puis je trouvais que… en fait, inventer des histoires, c’est du travail, c’est fatiguant. Et j’arrive à un âge où je me retourne, où je contemple le passé, puis je me rends compte qu’en fait, ma vie est au moins aussi romanesque que les histoires que j’invente. Et celle de mon conjoint aussi, de Leonardo. Et donc je me suis dit : « OK, le matériau est à mes pieds. »

    Ce livre est court, surtout si on le compare, par exemple, à La Fiancée américaine. Est-ce que ça a exigé un effort de concision d’écrire ce livre-là? Est-ce que ça aurait pu être aussi gros que La Fiancée américaine?
    Éric Dupont : Ça aurait pu être comme La Fiancée américaine, mais ça n’a pas pu arriver parce qu’il y a un an et demi, je me suis inscrit à des cours en ligne de portugais, des cours écrits. Et puis, chaque semaine, je devais rédiger un texte et le lire à voix haute devant mon enseignant, qui corrigeait mes fautes après, puis après je me faisais une version au propre. Avec cette contrainte-là, je ne peux pas faire 250 000 mots. J’avais 8 minutes pour lire l’histoire à Rodrigo, mon prof. Lui, il sortait de sa journée d’ouvrage, c’était un enseignant. Il fallait donc que ce soit intéressant, punché, et que ce soit des choses que je suis capable de raconter en portugais, parce que j’ai pas tous les outils du français à ma disposition en portugais. Mon horizon est réduit. Donc, il faut que j’aille tout de suite au vif du sujet, au cœur du sujet, et que je dise les choses qui sont très importantes.

    Tu as 20 minutes à vivre puis il faut que tu racontes une histoire, c’est ça. Fait que ce sont ces contraintes-là qui ont fait que les chapitres sont très, très courts.

    C’est un livre très intime. Est-ce que l’écrire, au final, a été un exercice facile ou difficile pour toi?
    Éric Dupont : Ça n’a pas été très difficile, honnêtement, parce que… tu sais, quand on dit qu’après la cinquantaine, on s’en fout? Ben c’est vrai! Je te le prédis, je te l’annonce, je te le promets, c’est vrai! Tu peux prendre ça pour du cash!

    Et puis, tu racontes tes souvenirs, les choses qui t’ont marqué… Est-ce que ça a été difficile? Il y a certaines parties où j’ai fait très attention pour essayer de présenter les choses sous une lumière de tendresse, pour que ça reste respectueux quand même envers tout le monde.

    Dans Les Princes charmants, tu parles beaucoup de ta relation compliquée avec ton père. Aujourd’hui, as-tu des regrets concernant votre relation?
    Éric Dupont : J’ai pas vraiment de regrets par rapport à mon père. Mon père est décédé il y a 3 ou 4 ans, et puis c’est une chose qui est vraiment réglée. Je n’aurais pas pu, évidemment, écrire ce livre-là s’il n’avait pas été mort, et j’aurais pas pu écrire ce livre-là il y a 20 ans. Parce que… J’ai été voir un film, All of Us Strangers. Te souviens-tu de la scène où il est devant ses parents? Ses parents sont morts dans un accident de voiture quand il avait 12 ans. Puis là, lui, il se retrouve à mon âge, il a 55 ans, il est de la génération X, puis il a ses parents devant lui qui sont plus jeunes que lui. Il parle avec eux, il n’est pas condescendant du tout, mais il leur donne des paroles rassurantes. Il essaie de les rassurer, de leur dire : « Écoutez, moi, je suis bien, ça va bien. » Il devient un peu leur parent, si tu veux. Moi, cette scène-là dans le film, je l’ai trouvée d’une puissance… Parce qu’à un moment donné, quand tu te mets à penser aux choses que tes parents ont faites ou ont dites quand ils avaient 20 ans, 40 ans ou 45 ans…

    Mon père m’a eu quand il était très jeune. Toutes les histoires de thérapie de conversion, toutes les offres qu’il a pu me faire, il avait moins de 45 ans quand ça s’est produit. Moi, du haut de mes 50 ans et plus, je le regarde comme un garçon mêlé, qui sait plus quoi faire, qui est désespéré, qui veut sauver son fils des griffes de l’homosexualité, puis qui lui propose des choses ahurissantes. C’est dans cet esprit-là qu’il faut comprendre la relation que j’ai.

    Il est aussi question de religion dans ce livre. Est-ce que tu sens que la religion t’a aidé dans ton cheminement homosexuel ou, au contraire, qu’elle t’a mis des bâtons dans les roues?
    Éric Dupont : Les deux. C’est ce que j’écris dans le livre. Je la trouve très puissante, la religion, mais arrive un moment où elle écrase l’âme. Il m’arrive d’aller à la messe encore le dimanche, une fois par mois, à Notre-Dame-de-Bon-Secours, près de chez moi. J’adore assister à la messe, le rituel est magnifique. Après, quand je jase avec les gens qui sont là, je me rends compte qu’il faudrait pas trop que j’en dise…

    J’ai toujours trouvé un refuge dans les valeurs du Nouveau Testament, dans les Évangiles. J’aimais ces valeurs-là, ces histoires qui aident à vivre. Cependant, c’est tellement révoltant quand on entre dans l’Église et qu’on se mêle au clergé. Aussi, le dégoût et le mépris que mon père avait pour les homosexuels, c’est pas la religion qui lui a enseigné ça, comme tu pourrais le penser. Lui, il était anticlérical. Il détestait les prêtres, les curés, les sœurs, il voulait tous les voir partir parce qu’il a été abusé par des prêtres quand il était petit. Donc, dans sa tête, un homosexuel, c’est un prêtre qui abuse des enfants. On ne lui avait jamais expliqué la différence entre un pédophile et un homo.
    Quand on a voulu l’envoyer au séminaire, il disait : « Je peux pas aller là, c’est plein d’homosexuels. » Pour lui, c’étaient tous des gens dangereux. Là où j’en veux vraiment à ma religion, c’est d’avoir laissé les choses pourrir aussi longtemps pour qu’on finisse par être jetés, aux yeux de gens comme mon père, dans la même catégorie que des agresseurs ou des pédophiles.

    Que voudrais-tu dire à de potentiels lecteurs?
    Éric Dupont : Je pense que le livre se lit très facilement. Ma sœur m’a dit : « C’est comme un livre Instagram, tu lis un texte puis il faut que tu déroules l’autre, parce qu’il y a toujours un peu de dopamine qui vient avec chaque histoire. » Comme le disait Christian Saint-Pierre dans Le Devoir, c’est une lecture qui va droit au cœur. J’ai enlevé tous les artifices dont je me sers d’habitude pour aller vraiment à l’essentiel : ce moment de mon arrivée à la gare de Montréal, Léo qui est là, et faire en sorte que cet instant-là s’étire. Je suis très content de mon livre. C’est très moi, mais c’est comme un bonsaï de moi.

    INFOS | Les Princes charmants, Éric Dupont, Marchad de feuilles, 226 pages, 2026

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