Étienne est un routier solitaire. Lorsqu’il rencontre Bartosz, un confrère polonais, le coup de foudre est immédiat. Mais comment envisager une relation amoureuse quand les longues absences, les horaires imprévisibles et les itinéraires imposés par le métier compliquent les rencontres? Pour son premier film comme réalisateur, Pierre Le Gall a choisi de raconter une histoire d’amour entre deux camionneurs, avec tout ce qu’elle comporte de désir, de frustrations et d’espoirs.
D’où est venue l’idée de raconter une histoire d’amour entre deux camionneurs?
L’idée du milieu routier m’est venue pendant la pandémie. Nous étions tous enfermés, mais beaucoup de professions étaient encore sur le terrain, dont les routiers. J’ai été très sensible à ces hommes et ces femmes qui mettaient de côté leur vie affective, familiale, amicale, voire amoureuse, au profit de leur métier. Je vivais aussi une relation amoureuse à distance et j’ai eu envie de parler de solitude et de manque amoureux. Le milieu routier est un univers ouvrier peu représenté au cinéma, qui permettait de réunir deux thèmes que j’aime particulièrement : le temps et l’amour.
Dès le départ, j’ai envisagé Du fioul dans les artères comme une romance. Je voulais offrir à ces deux routiers un droit à la beauté et à la liberté de vivre une grande histoire d’amour. Je voulais que tous ces non-lieux propres au milieu routier, initialement inventés pour encadrer le flux de marchandises, soient colonisés par la fièvre amoureuse de mes personnages. La scène d’amour dans le camion est d’ailleurs arrivée très tôt dans l’écriture. Étienne et Bartosz qui profitent de leur outil de travail pour s’envoyer en l’air : j’y voyais une vraie révolte humaine!

Étienne semble convaincu que son métier l’empêche de trouver l’amour. Comment avez-vous imaginé ce personnage?
Il représente une forme de solitude contemporaine assez universelle, une mélancolie. Étienne se dit que son métier l’empêche potentiellement, en tant que routier homosexuel, de rencontrer l’amour. C’est ce que j’avais envie de traiter, car je crois que beaucoup de gens, aujourd’hui encore, ne se permettent pas d’être eux-mêmes et de vivre la vie ou les amours qu’ils souhaiteraient. Je voulais que le comédien qui l’incarne soit comme un territoire mystérieux. C’est pour cette raison que j’ai choisi Alexis Manenti. Avec son visage entre adolescence et virilité, on a souvent du mal à savoir à quoi il pense. On peut alors projeter sur lui nos propres peurs et nos angoisses de solitude.
Vous avez choisi de montrer les relations sexuelles sans détour…
J’ai toujours voulu filmer les scènes de sexe de manière frontale, comme on filme le travail. Il fallait être juste dans cette représentation et je ne voulais surtout pas l’édulcorer. Mais il n’était pas non plus question d’homoérotiser le milieu routier, ce qui n’aurait pas été juste. Je voulais aussi que ces scènes comportent une dimension humoristique. Cette idée a nourri l’écriture du film, qui est devenu davantage une quête de tendresse. Dans la deuxième partie, on découvre que ce dont rêve le plus Étienne, c’est d’une simple étreinte.
Comment avez-vous travaillé avec Alexis Manenti et Julian Świeżewski pour rendre leur relation aussi crédible?
J’ai emmené Alexis Manenti à Varsovie pour qu’il rencontre Julian Świeżewski. Dès les premières secondes d’essai, c’était une évidence. Leurs énergies étaient complémentaires et je sentais une vraie malice entre eux, un désir de jouer ensemble et de se surprendre. Avant le tournage, nous avons travaillé avec une coach d’intimité pour chorégraphier les scènes de sexe. Ces séances leur ont permis de découvrir leurs corps et leurs sensibilités. Chacun avait son endroit de fragilité : Alexis était très pudique et Julian ne parlait pas un mot de français. Ils se sont rassurés et épaulés. Comme dans un vrai couple.
Entretien réalisé par Fabien Lemercier (collaboration spéciale)
INFOS : À voir lors du 39e festival image+nation, qui se déroulera du 19 au 29 novembre
Billetterie : https://image-nation.org